Dans la nuit du vendredi 29 août 2025, la police municipale de Ouagadougou a mené une opération de contrôle inopiné visant les équipements marchands et les installations anarchiques. Cette mission, conduite par la Direction de la police des services marchands, avait pour objectif de renforcer la sécurité dans les espaces commerciaux de la capitale et de prévenir les actes de vandalisme qui, par le passé, ont déjà endeuillé plusieurs commerçants.
Les cas de cambriolages enregistrés les années antérieures ont servi de leçon et mis en évidence la vulnérabilité des marchés et des espaces marchands face aux actes criminels. En initiant une patrouille nocturne, la police municipale entend non seulement décourager les malfaiteurs, mais aussi créer un climat de confiance indispensable à la sérénité des activités économiques.
« Il y a quelques années, pendant l’hivernage, nous avons enregistré de nombreux cas de cambriolages. Afin d’anticiper et de dissuader les délinquants, nous avons jugé utile de lancer cette patrouille, pour rassurer aussi bien les commerçants que les populations », a expliqué le directeur adjoint de la police des services marchands, l’inspecteur de police municipale Souleymane Nabaloum.
Des interventions musclées sur plusieurs sites
Au grand marché Rood-Wooko, la patrouille de la police municipale a donné lieu à des interventions fermes. Plusieurs installations anarchiques, érigées sans autorisation et souvent sources d’encombrement ont été démantelées et les marchandises retirées. Dans le même temps, des civils jugés suspects ont été interpellés, illustrant la vigilance accrue des agents face aux mouvements nocturnes inhabituels dans ce grand espace d’échanges commerciaux de la capitale.
L’opération a également révélé une réalité sociale plus préoccupante. Celle de la présence d’une femme ayant élu domicile depuis près d’un an devant un magasin. Cette dame l’a elle-même confessé aux forces de l’ordre. N’ayant d’autre refuge, elle y passait ses nuits à même le sol, exposée aux intempéries et à l’insécurité ambiante. Son cas met en lumière la dimension sociale de ce type de mission, où les forces de l’ordre, au-delà du maintien de la discipline et de la sécurité, sont confrontées aux situations de précarité humaine qui interpellent la conscience collective.
À Sankar-Yaaré, la patrouille a pris une tournure inattendue avec le cri strident d’une femme alertant d’un présumé vol. L’appel a aussitôt mobilisé les agents, qui se sont précipités sur les lieux pour constater la présence d’une dizaine de jeunes regroupés à proximité. Si trois d’entre eux ont pu justifier leur identité, les autres, dépourvus de documents, ont été interpellés après un contrôle rigoureux. Cette scène illustre le climat d’insécurité latent qui plane parfois sur les marchés au cours de la nuit.
En parallèle, les agents ont procédé à une vérification des engins motorisés. Plusieurs motos circulant sans documents en règles ont été saisies, confirmant l’ampleur des irrégularités dans ce secteur. Un individu totalement dépourvu de papiers d’identité a également été embarqué. Ces actions, loin d’être de simples formalités, traduisent la volonté de la police municipale d’assainir l’espace marchand et de réduire les zones d’ombre qui servent souvent de refuge aux délinquants nocturnes.
Des enfants en errance, un signal d’alerte
À la Gare de l’Est, l’opération a mis en lumière une autre facette des réalités urbaines. Il s’agit de la vulnérabilité des enfants et adolescents livrés à eux-mêmes dans la capitale. Aux environs de 2h du matin, quatre jeunes, âgés de 14 à 18 ans, ont été découverts en errance. Leur répondant, un adulte révolu, a affirmé vouloir les renvoyer à Sinkancé, leur localité d’origine. N’inspirant pas confiance, ce dernier fut embarqué avec les enfants pour mieux cerner la situation. Cette découverte traduit les risques liés à la mobilité précaire des mineurs, exposés aux dangers de la nuit et aux tentations de la rue.
En fin de compte, neuf enfants en situation de transit ont été identifiés parmi les personnes contrôlées. Ce chiffre interpelle sur les fragilités sociales persistantes dans certains espaces publics, notamment les gares et marchés où la misère se mêle à l’insécurité. Ces cas rappellent que les opérations policières, au-delà de leur dimension sécuritaire, mettent aussi en exergue des problématiques sociales qui nécessitent l’implication d’autres acteurs, comme les services sociaux et les structures de protection de l’enfance.
Un bilan provisoire révélateur
En plus des neufs enfants identifiés à l’occasion de cette descente policière, l’opération, clôturée à 4h25 du matin, a permis d’appréhender 31 personnes, dont deux femmes sans-abri accompagnées de leurs enfants, et de saisir quinze motos en situation irrégulière. Le fait marquant, 29 des personnes arrêtées ne disposaient d’aucun document d’identité, révélant l’ampleur du phénomène de circulation clandestine dans la ville de Ouagadougou. Ce constat met en évidence la nécessité de renforcer le contrôle des flux humains et matériels dans les espaces publics, particulièrement durant la nuit où l’activité policière reste déterminante pour limiter les dérives.
L’inspecteur de police municipale Souleymane Nabaloum a rappelé que toutes les personnes interpellées seront soumises à une vérification minutieuse d’identité. « Si elles ne sont pas recherchées, elles pourront regagner leur liberté », a-t-il précisé.
Cette opération témoigne de la volonté de la police municipale d’occuper le terrain, particulièrement dans les zones à forte activité économique. Reste à savoir si ces patrouilles nocturnes deviendront régulières afin d’endiguer durablement les poches d’insécurité qui minent les espaces marchands de Ouagadougou.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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