
L’Unité d’action syndicale (UAS) a organisé un panel à l’occasion de la commémoration du 60ᵉ anniversaire du soulèvement populaire du 3 janvier 1966, afin de revenir sur les acquis, les luttes et les défis du mouvement syndical burkinabè. La rencontre, tenue devant des militants syndicaux et des invités, le samedi 3 janvier 2025, a été marquée par des communications retraçant l’histoire, les actions unitaires et les perspectives du syndicalisme au Burkina Faso.
Dans sa communication inaugurale, le secrétaire général de la Confédération syndicale burkinabè (CSB), Olivier Guy Ouédraogo, a rappelé que le mouvement syndical burkinabè a été, dès ses débuts, un mouvement pluriel qui a su se regrouper à des moments décisifs de l’histoire nationale pour défendre les intérêts moraux et matériels des travailleurs et du peuple.
Les combats menés par l’UAS
Il a cité, parmi les dates marquantes, le 3 janvier 1966 ainsi que les 17 et 18 décembre 1975, périodes au cours desquelles le mouvement syndical s’est mobilisé pour s’opposer au projet de parti unique porté par le président Sangoulé Lamizana. Il a également évoqué le rôle du front syndical durant la Révolution démocratique et populaire, ainsi que la résistance qualifiée d’héroïque et de victorieuse contre le coup d’État du 16 septembre 2015, perpétré par le général Gilbert Diendéré et le Régiment de sécurité présidentielle (RSP).
Abordant spécifiquement l’Unité d’action syndicale, Olivier Guy Ouédraogo a rappelé que l’UAS est née en 1999, à la suite d’une première action unitaire réussie lors de la célébration du 1er-Mai de la même année. Depuis sa création, a-t-il expliqué, l’UAS a mené de nombreuses activités, dont des études relatives à l’impact des politiques économiques sur les travailleurs, des saisines du Bureau international du travail (BIT) ainsi que des actions ayant abouti à des révisions législatives, notamment la reconnaissance des grèves générales dans le droit du travail.

Il est également revenu sur les premières grandes luttes unitaires, notamment celles menées à la SOSUCO en 1999, avec des grèves générales destinées à protester contre le licenciement de responsables syndicaux, en violation du code du travail. Ces actions, a-t-il souligné, ont conduit à une longue bataille syndicale et judiciaire, qui s’est soldée en 2007 par la condamnation de la société et le paiement des droits et indemnités aux travailleurs concernés.
Au fil des années, l’UAS, selon le secrétaire général de la CSB, a multiplié les actions unitaires : adresses aux forces de défense et de sécurité sur leur rôle, rencontres avec le Collège des sages, organisation des états généraux du syndicalisme burkinabè, activités de formation avec le BIT. À cela s’ajoutent le soutien aux luttes sectorielles, les concertations régulières avec le gouvernement autour des cahiers de doléances du 1er-Mai, les grèves, marches-meetings et sorties dans les provinces pour rencontrer les militants à la base.

Les acquis engrangés
Sur le plan des acquis, Olivier Guy Ouédraogo a cité des augmentations salariales dans le secteur public et le privé, la réduction de l’Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), le relèvement du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), la création de la SOTRACO. Il a aussi mentionné des baisses des prix des hydrocarbures, l’augmentation des allocations familiales, la reconstruction du marché central Rood-Woko, ainsi que l’amélioration des pensions de retraite à travers le relèvement et le déplafonnement des cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Monsieur Ouédraogo a également évoqué des acquis institutionnels, tels que la reconnaissance de la grève de solidarité dans le code du travail, la tenue régulière et unitaire des célébrations du 1er-Mai depuis l’an 2000 et la participation accrue des centrales syndicales burkinabè aux travaux de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Son intervention a aussi mis en lumière des avancées organisationnelles, notamment la réfection et la construction de bourses du travail dans plusieurs localités, l’instauration des négociations directes entre le Patronat et les syndicats, ainsi que la prise de position unitaire du mouvement syndical sur des événements nationaux et internationaux majeurs.
Les défis rencontrés par l’UAS
Abordant les défis actuels, le secrétaire général de la CSB a insisté sur la nécessité d’améliorer le fonctionnement interne de l’UAS, à travers une meilleure communication, une concertation régulière, une circulation plus efficace de l’information et une réflexion sur la présidence tournante et le rôle éventuel d’un porte-parole pour les questions techniques. Il a surtout mis l’accent sur la question financière, soulignant que l’indépendance du mouvement syndical passe par le paiement effectif des cotisations par les centrales et syndicats membres, condition indispensable, selon lui, pour assurer la formation des militants, améliorer la communication et garantir une relève syndicale de qualité.

« Ces dernières années sont marquées par une remise en cause de la liberté syndicale », a indiqué Olivier Guy Ouédraogo, avant de conclure. Face à ce contexte, et au regard de l’appréciation positive portée sur l’unité d’action syndicale, il a appelé à maintenir et renforcer cette unité afin de rendre le mouvement et l’action syndicale encore plus efficaces.
Hamed Nanéma
Crédit photos : Herman Bassolé
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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