
Comme cela est de coutume, des chefs d’État ont sacrifié à la tradition de message à l’orée de la nouvelle année. Moments de rétrospection, mais aussi et surtout de projection. Photographie de messages à leurs nations des présidents sénégalais, ivoirien, togolais, malien et camerounais.
Dans un contexte national animé ces deux dernières années par une situation économique préoccupante, doublée ces derniers mois par des tensions politiques supposées ou avérées au plus haut sommet de l’État, l’adresse à la nation du président Bassirou Diomaye Faye a été empreinte d’assurance à ses compatriotes.
« L’année qui s’achève aura été, pour notre pays, un moment de vérité. Elle a mis au jour des déséquilibres profonds, révélé l’ampleur des défis accumulés et rappelé l’exigence de redresser l’État avec sérieux, méthode et transparence. Un travail approfondi a été mené à l’interne et avec nos partenaires, afin d’établir un diagnostic partagé et de dessiner des solutions durables. L’amélioration progressive de l’environnement des affaires, l’intensification de notre diplomatie économique et la tenue du Forum Invest in Sénégal ont renforcé la crédibilité du pays et consolidé son positionnement comme une destination d’investissement fiable et attractive », a, sur fond de diagnostic, présenté le chef de l’État sénégalais avant d’annoncer que l’année 2026 qui s’ouvre sera ainsi celle de la relance effective de l’investissement public.
Plaçant la jeunesse au cœur de la nation, Diomaye Faye a, sans donner de détails, décrété 2026 « année de l’emploi et de l’économie sociale et solidaire », avant d’enchaîner : « Notre pays accueillera les Jeux olympiques de la jeunesse, Dakar 2026, premier événement olympique sur le sol africain. Ce rendez-vous dépasse le cadre du sport. Il est un symbole de confiance, de capacité et d’ouverture. Il nous appartiendra d’y montrer, avec exigence, ce que le Sénégal sait offrir au monde : une jeunesse disciplinée, un peuple hospitalier et une Nation capable de tenir ses engagements. »
Le Sénégal a, déclare le président, choisi de demeurer fidèle à ce qui fonde sa force : « une démocratie vivante, un État de droit exigeant et une tradition de dialogue profondément enracinée ».
« La haute charge que vous m’avez confiée me prescrit une hauteur d’esprit que j’entends garder en toutes circonstances. Je continuerai, donc, à remplir cette mission avec humilité, écoute et lucidité. Rien ne m’en détournera. Rien ne primera sur l’intérêt général. Rien ne sera jamais placé au-dessus de la paix, de l’unité et de l’intégrité du Sénégal. La République ne nous demande pas d’être parfaits. Elle exige de nous la sincérité des intentions, la loyauté des engagements et la constance dans l’effort commun », guide le chef de l’État sénégalais.
Pour son président, Alassane Ouattara, « la Côte d’Ivoire a fait le choix de la paix, du dialogue et de la responsabilité ». Le pays a, dit-il, démontré depuis 2011 sa capacité à surmonter les épreuves et à avancer, unie, dans le respect de ses institutions. « Nous pouvons être fiers du chemin parcouru. À travers ce nouveau contrat social que nous entamons, je réaffirme mon engagement à poursuivre la construction d’une ‘’Grande Côte d’Ivoire, ambitieuse et solidaire » ; une nation forte, respectée, performante et souveraine », a affiché M. Ouattara, justifiant la poursuite, dès cette année, 2026, des grands chantiers de modernisation du pays et l’accélération de l’industrialisation et de la transformation agro-industrielle pour créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.
Le chef de l’État ivoirien prévoit également pour 2026 l’atteinte de la couverture totale du pays en eau et en électricité et un accent particulier sur la qualité des services publics. « Le service public doit devenir un véritable partenaire du citoyen, grâce à une meilleure écoute du gouvernement, une plus grande transparence et des mécanismes d’évaluation réguliers. Le gouvernement poursuivra les efforts de développement du secteur privé. Cette orientation s’appuiera sur une promotion renforcée du contenu local, en particulier dans le cadre du programme dédié aux villes secondaires. Ceci permettra de stimuler l’entrepreneuriat national, pour mieux intégrer nos entreprises portées par des champions nationaux dans les chaînes de valeur régionales et internationales. La rigueur dans la gestion économique et financière de l’État restera une priorité absolue. Nous continuerons d’optimiser les procédures de gestion des finances publiques, d’améliorer le suivi des paiements, de renforcer la mobilisation des recettes et de poursuivre les efforts en matière de bonne gouvernance. La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme sera intensifiée, afin de faire de la Côte d’Ivoire un modèle de transparence et de gouvernance en Afrique. Nous poursuivrons nos efforts en matière d’investissements sociaux. Les jeunes et les femmes resteront, bien évidemment, au cœur de nos politiques publiques. En effet, leur formation, leur insertion professionnelle, leur créativité et leur engagement sont essentiels pour bâtir l’avenir. S’agissant des fonctionnaires et agents de l’État, je voudrais indiquer que, conformément aux engagements pris, la prime spéciale de fin d’année sera versée en janvier 2026, à hauteur de deux tiers du salaire indiciaire de base. Ce geste traduit la reconnaissance de la Nation envers toutes celles et tous ceux qui servent l’État au quotidien, avec dévouement. Notre pays continuera de respecter ses engagements internationaux en matière d’accueil, de gestion et de protection des réfugiés, tout en garantissant la sécurité de la Nation et de tous nos concitoyens. Nos forces de défense et de sécurité, dont je salue le professionnalisme et le courage, bénéficieront d’un soutien constant et accru de l’État. Elles continueront de disposer des moyens nécessaires pour veiller à l’intégrité du territoire et assurer la quiétude des populations. Je crois profondément en la Grande Côte d’Ivoire de demain. Pour réaliser cette ambition, la préservation de la paix et le renforcement de la cohésion sociale doivent rester au cœur de nos priorités », peut-on retenir de ce message de nouvel an, regard tourné vers ce qu’il appelle “transmission générationnelle” qui, pour lui, est un devoir historique et doit se reposer sur un héritage fondé sur l’éducation aux valeurs citoyennes : l’unité, le travail, la solidarité, le mérite et l’excellence, dans le respect de la diversité, dans la tolérance et la justice sociale.
Le message du président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, intervient quasiment à la fin d’une transition politique qui a caractérisé ces deux dernières années, avec à l’actif, le passage du pays d’un régime présidentiel à celui parlementaire et un exécutif qui a désormais deux chefs (un président de la République qui dispose de pouvoirs symboliques, et un président du Conseil qui conduit la politique de la nation et qui est le chef de la majorité parlementaire). C’est pourquoi, a-t-il, dans son adresse, relevé que 2025 a été une année charnière pour le Togo. « Nous avons connu des épreuves, des moments de doute. Mais nous avons aussi franchi une étape importante de notre vie démocratique. Avec l’adoption de la Ve République, notre pays est devenu une démocratie parlementaire. Cette réforme marque l’évolution la plus profonde de notre Constitution depuis plus de trente ans. C’est une réussite en soi d’avoir conduit ce changement sans rupture. Dans une République, il y a des choses qui doivent rester stables. La continuité de l’État et des institutions est essentielle pour la paix, pour la confiance. C’est pour cela que je suis resté à la tête de l’exécutif, mais ma fonction a changé. Le centre de gravité de notre vie politique a changé. Désormais, la politique de la Nation se décide d’abord au Parlement. Le Gouvernement est responsable devant vos élus. Quant au Sénat, il porte la voix des territoires. Les régions et les communes jouent ainsi un rôle plus important. Certains d’entre vous se demandent si cette réforme changera vraiment quelque chose dans leur vie, si elle peut ouvrir une dynamique nouvelle pour notre pays. Je veux vous répondre clairement : la réponse est oui », a dépeint le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, promettant « un changement de méthode, faire vivre la démocratie autrement, ouvrir un nouveau chapitre, sans casser ce qui est construit ».
D’où, dévoile-t-il, les trois priorités assignées au gouvernement, à savoir « Protéger, Rassembler, Transformer ».
Selon le président du Conseil du Togo, on ne protège pas un pays seulement avec des armes ; on le protège en donnant à chacun une vie digne, en donnant une place à sa jeunesse, en évitant que la pauvreté, l’exclusion ou la colère ne deviennent des terreaux de la violence. « La sécurité vient aussi du développement. Elle vient de l’emploi. Elle vient de l’accès aux services essentiels. Elle vient d’un pays où personne ne se sent oublié. Quand un enfant peut aller à l’école en paix, nous renforçons la sécurité. Quand une famille a accès aux soins, nous renforçons la sécurité. Quand un agriculteur peut vivre de son travail, nous renforçons la sécurité. Et quand un village a accès à l’eau, à la route, à l’électricité, nous renforçons également la sécurité. C’est pourquoi nous poursuivrons notre stratégie globale qui associe sécurité, développement local et cohésion sociale », estime-t-il.
Le président Assimi Goïta a, lui, entamé son message par un hommage au peuple malien pour la conscience collective et la dynamique de résistance dont il a fait preuve face aux perturbations en matière d’approvisionnement du pays en carburant et à la campagne de désinformation qui en a suivi. « Derrière chaque défi se dresse une opportunité. Le défi d’importation doit devenir une opportunité d’innovation. Pour une nation debout comme la nôtre, l’adversité n’est pas un frein, elle est un levier », galvanise le général Goïta, pour qui, face aux pressions, aux tentatives d’isolement et aux manœuvres d’influence, le Mali a fait un choix : « celui de la souveraineté assumée ».
Pour le chef de l’État malien, le temps de l’improvisation est révolu et son pays a fait le choix irréversible de rompre avec la navigation à vue. « Nous entrons dans l’année 2026 avec une ligne de conduite : celle de consolider la souveraineté et de bâtir une prospérité partagée. Face aux pressions, aux tentatives d’isolement et aux manœuvres d’influence, le Mali a fait un choix : celui de la souveraineté assumée. Là où certains attendaient la résignation, nous avons opposé la décision. Le temps de l’improvisation est révolu », a signé le général Assimi Goïta, affichant l’ambition à l’horizon 2063 d’une nation malienne souveraine, unie, juste, sécurisée et prospère.
Tout en saluant le sens du combat héroïque mené au quotidien par les Forces armées et de sécurité maliennes contre le terrorisme et le crime organisé, le président déclare également qu’avec ses frères du Burkina Faso et du Niger, une étape déterminante a été franchie avec l’opérationnalisation de la Force unifiée de l’AES et la mise en place d’un dispositif opérationnel coordonné.
« Nous savons aussi que la paix véritable ne s’impose pas : elle se construit.
Elle exige la vérité, le dialogue et la confiance entre Maliens. L’adoption de la Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale marque une étape décisive, celle d’un processus de paix endogène, porté par notre volonté collective. Dans ce cadre, une nouvelle phase du programme du DDR-I a été engagée, avec un recrutement spécial et la réinsertion de milliers d’ex-combattants, notamment à Ménaka, Kidal, Mopti, Ségou, Gao et très prochainement Tombouctou. La mise en place de l’Observatoire pour la Paix renforcera durablement cette dynamique. En tirant les leçons des processus de paix antérieurs, il apparaît clairement que les solutions maliennes sont les plus viables pour le Mali. L’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques, prévu à l’article 39 de la Constitution. L’année 2026 sera l’année de la consolidation, de la conquête du bien-être et du progrès », soutient le président Assimi Goïta.
Orné d’un nouveau contrat social avec son peuple, par le biais de la présidentielle d’octobre 2025, Paul Biya convoque, dans son message de nouvel an, l’engagement qu’il vient de prendre avec la prestation de serment de continuer d’œuvrer, avec les Camerounais, à l’avènement « d’un Cameroun uni, stable et prospère ».
« C’est une mission à laquelle, j’entends, comme par le passé, continuer à consacrer tout mon temps et toute mon énergie », s’est engagé le président camerounais, évoquant les avancées enregistrées en 2025 aux plans sécuritaire, financier et économique, des infrastructures sociales de base et de développement ainsi que de modernisation et ce, malgré les défis au plan national et international.
Paul Biya bat en brèche donc les arguments de ceux qui, par le truchement du jeu politique, pensent que rien n’est fait et met en garde le peuple camerounais contre les vendeurs d’illusions qui promettent monts et merveilles.
« Pour ma part, depuis mon accession à la magistrature suprême, j’ai fait le choix de vous dire la vérité. Je n’ai jamais essayé de vous dissimuler les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, du fait principalement d’un contexte international de plus en plus complexe. Ces difficultés qui retardent ou entravent la mise en œuvre des projets dédiés à l’amélioration de votre bien-être ne sont cependant pas insurmontables. Nous l’avons prouvé hier. Nous le prouvons aujourd’hui et nous le prouverons encore demain, ensemble. Fidèle à ce devoir de vérité que je viens d’évoquer, je n’ai pas de peine à reconnaître qu’en dépit du bilan appréciable que je viens de vous présenter, des efforts soutenus doivent encore être engagés sans délai, pour améliorer, de manière significative, vos conditions de vie », a présenté le président camerounais, promettant par ailleurs que l’amélioration de la situation des femmes et des jeunes sera au centre de ses priorités.
« D’ores et déjà, une provision de 50 milliards de francs CFA a été constituée dans le budget de l’État pour l’exercice 2026. Elle est dédiée au financement des premières tranches des projets initiés par les jeunes. Je veillerai également à l’application des mesures visant à améliorer la promotion des femmes et à garantir une plus grande participation des jeunes dans la gestion des affaires publiques. Je voudrais toutefois rappeler qu’il n’est pas question de stigmatiser les autres tranches d’âge ou catégories de notre société. Au-delà du critère de l’âge et du genre, ce qui continuera à être privilégié dans l’accès ou le maintien aux postes de responsabilité, de même que dans les promotions, ce sont les qualifications, les compétences, la probité et l’engagement au service de l’intérêt général. Nous veillerons cependant à concilier, mieux que par le passé, jeunesse et expérience et, surtout, à combattre vigoureusement les injustices procédant de l’appartenance à tel ou tel groupe ethnique ou culturel, genre, religion, ou tranche d’âge. C’est ainsi que nous pourrons mieux promouvoir l’égalité des chances et permettre à des compétences trop souvent oubliées, à l’intérieur, comme dans la diaspora, de participer à la grande œuvre de construction nationale », peut-on retenir de ce message, qui a également fait la part belle à la paix, à l’unité des Camerounais et au vivre-ensemble.
Le président Paul Biya a réitéré sa confiance en l’avenir de son pays, concluant cette traditionnelle adresse par un message d’espoir à ses compatriotes : « Je puis vous assurer que le meilleur reste à venir. »
Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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