Si la fin de 2024 a été insufflée par la fièvre de la dissolution du gouvernement d’Apollinaire Kyélèm de Tambèla, immédiatement suivie de la nomination de son ministre de la communication d’alors, Jean Emmanuel Ouédraogo, au poste de Premier ministre, puis de la mise en place de son gouvernement, l’année 2025 s’est, elle, achevée avec l’actualité relative au rétablissement de la peine de mort au Burkina. Arrêt sur ces éléments qui ont pris date en 2025.

L’acte politique le plus marquant de l’année 2025 est sans doute la proclamation officielle par le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, de la Révolution progressiste populaire (RPP). C’était le 1er avril, à la faveur de la montée des couleurs marquant le début du 2e trimestre de l’année. Comme pour répondre aux interrogations de plus en plus nombreuses et persistantes sur l’idéologie, la feuille de route du MPSR II, le chef de l’État a, sur fond de clarification, annoncé : « Restons concentrés et s’il faut qu’on le dise haut et fort ici, nous ne sommes pas dans une démocratie. Nous sommes bien en révolution progressiste populaire. Il faut que tout le monde comprenne cela ».

Puis a-t-il motivé : « Et c’est d’ailleurs plus étonnant que ceux-là qui sont censés être les intellectuels, qui ont fait l’école, puissent imaginer qu’un pays peut se développer dans la démocratie. C’est faux ! Qu’on nous cite un seul pays qui s’est développé dans la démocratie, ce n’est pas possible. La démocratie n’est que l’aboutissement. On passe forcément par une révolution et nous sommes bel et bien en révolution. Ceux qui ne l’avaient pas compris, on le dit encore haut et fort. Il faut que tout le monde incorpore cela et notre rôle de communiquer, d’expliquer, de faire comprendre ce que c’est que notre révolution, nous allons continuer à le jouer. Donc, cette question de démocratie ou de libertinage d’action ou d’expression, n’a pas sa place. Je l’ai dit une fois, autant vous pensez que vous êtes libres de parler et d’agir, l’autre est libre de parler et d’agir également. Et là, nous déboucherons sur une société de désordre. »

À l’occasion du 42è anniversaire de la Révolution démocratique et populaire (RDP), le 4 août 2025, le capitaine Ibrahim Traoré a, après avoir salué l’héritage du capitaine Thomas Sankara, déclaré que la Révolution progressiste populaire (RPP) est une renaissance de la RDP ; fondée sur le développement endogène, inclusif et la souveraineté du peuple burkinabè.

Parlant de discipline, l’exécutif burkinabè va, dès le 2 mai, et au titre de la présidence du Faso, adopter un décret portant institution d’une immersion patriotique obligatoire pour les élèves admis aux examens scolaires. Cette mesure, justifie le porte-parole du gouvernement, s’inscrit en droite ligne de l’« Initiative présidentielle pour une éducation de qualité pour tous », qui prévoit l’organisation de la discipline scolaire et la propreté des établissements. Cette immersion vise donc à inculquer aux élèves des valeurs civiques et patriotiques ainsi que des réflexes d’auto-défense à travers une formation théorique, physique et sportive pour construire des citoyens modèles et des patriotes qui impacteront positivement la vie de la nation et ce, dans le cadre du processus de refondation de la société burkinabè, du développement et de la consolidation de la fibre patriotique.

Si la mesure concerne les élèves admis au Brevet d’études du premier cycle (BEPC), au Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) et au Baccalauréat,la phase-pilote (août-septembre 2025) a concerné les élèves admis au Baccalauréat à l’issue des examens scolaires 2025.

Lundi, 9 juin, l’hymne de l’AES « Sahel benkan » retentit pour la première fois au Palais de Koulouba, à l’occasion de la cérémonie de montée des couleurs nationales et du drapeau de la confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le processus de consolidation de la confédération est donc en marche et passe, le 23 décembre, par le deuxième sommet du Collège des trois chefs d’État au Mali. À cette faveur, le capitaine Ibrahim Traoré prend les commandes de la présidence de la confédération, succédant ainsi au général Assimi Goïta.

La « réorganisation du territoire » est l’un des éléments notables en cette année 2025. En effet, le gouvernement burkinabè a adopté, mercredi 2 juillet 2025, deux décrets portant, d’une part, changement de dénominations de provinces et des régions et, d’autre part, réorganisation du territoire national. « Cette réorganisation du territoire repose sur un critère principal : la défense stratégique de notre pays », a justifié le ministre d’État, ministre de l’administration territoriale et de la mobilité, Émile Zerbo. Cela se traduit par la création de quatre nouvelles régions issues de la scission de trois grandes régions existantes. Ainsi, la région de l’Est est réorganisée en trois régions (le Goulmou, la Sirba et la Tapoa) ; la région de la Boucle du Mouhoun est scindée en deux (la région du Bankui et la région du Sourou) et la région du Sahel est subdivisée en deux (le Liptako et le Soum). De treize, le Burkina Faso passe à 17 régions.

Les provinces passent, elles, de 45 à 47, avec la création des provinces de Karo-Peli dans la nouvelle région du Soum et du Dyamongou dans la nouvelle région de la Tapoa.

Deux semaines après, c’est-à-dire le 16 juillet, l’exécutif annonce la dissolution de la CENI . Selon l’autorité, la décision de dissoudre la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’inscrit dans le cadre de la refondation de l’État. Elle intervient, en outre, dans un contexte où les charges du gouvernement ont besoin d’être rationalisées, justifie le ministre de tutelle, Émile Zerbo, qui ajoute que l’existence de la structure s’avère en « incohérence totale » avec les dispositions de la Charte de la transition. Désormais, les attributions électorales de la CENI sont dévolues au ministère en charge de l’administration territoriale.

La mort en détention de l’activiste burkinabè Alain Christophe Traoré dit Alino Faso, le jeudi 24 juillet, à Abidjan pour actes, selon les autorités ivoiriennes, d’« intelligence avec des agents d’un État étranger de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire ou à ses intérêts économiques essentiels ; complot contre l’autorité de l’État ; diffusion de nouvelles fausses de nature à entrainer une atteinte au moral de la population ; rassemblement des renseignements de nature à nuire à la Défense nationale dans l’intention de les livrer à un État étranger et espionnage ». Ce drame, survenu dans un climat de tiédeur politique entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, a suscité de nombreuses vagues d’émotions chez les populations et au-delà des frontières burkinabè.Leader d’opinion connu surtout dans l’entrepreneuriat social, exemple de l’opération « Sauvons Djibo », Alino Faso, dont la dépouille mortelle a été rapatriée le lundi 18 août, repose depuis samedi, 23 août, au cimetière de Gounghin.

2025 s’est achevée au Burkina avec l’entame du processus de rétablissement de la peine de mort par l’adoption en Conseil des ministres, le 4 décembre, du projet de loi portant code pénal. Selon le ministre de tutelle, Edasso Rodrigue Bayala, cette volonté s’inscrit dans la dynamique des réformes globales du secteur pour une justice qui répond aux aspirations profondes du peuple. « En termes d’innovations majeures, ce projet de Code pénal rétablit la peine de mort pour un certain nombre d’infractions que sont la haute trahison, les actes de terrorisme, les actes d’espionnage, entre autres. Il consacre également le travail d’intérêt général comme une peine principale et sanctionne la promotion et les pratiques homosexuelles et assimilées. Les peines d’amende au niveau de toutes les infractions connaissent un relèvement, qu’il s’agisse des délits ou des crimes. Elles passent, pour les minimas, de 250 000 FCFA à 500 000 FCFA », peut-on retenir des explications, d’où il ressort également qu’en matière de circulation routière, les peines ont particulièrement été revues à la hausse, le constat étant fait que 90 à 95% des accidents de la circulation qui endeuillent sont dûs aux usagers eux-mêmes.

Pour les crimes économiques comme les détournements et les actes de corruption, les sanctions peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement à vie, lorsque le montant détourné ou l’objet de l’infraction est supérieur ou égal à cinq milliards FCFA.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net