À Ouagadougou, le mois de janvier rime souvent avec un mot bien connu des ménages, « la janviose ». Cette expression populaire désigne la période de vaches maigres qui survient juste après des fêtes de fin d’année marquées par de fortes dépenses liées aux célébrations de Noël et du Nouvel An. Une fois l’euphorie festive retombée, de nombreux foyers se retrouvent confrontés à des difficultés financières qui dévoilent la fragilité du pouvoir d’achat et la nécessité d’une meilleure planification financière au sein des ménages.

Dans les quartiers populaires comme Zogona, Dapoya, Wemtenga, la janviose se fait sentir dès les premiers jours de janvier. « En décembre, on fait tout pour que la famille ne manque de rien. On reçoit, on mange bien, on achète des habits pour les enfants. Mais après, le porte-monnaie est vide », confie Mamoudou Ouédraogo, père de quatre enfants et petit commerçant. Comme lui, beaucoup de chefs de ménage doivent composer avec des ressources limitées alors que les charges, elles, ne diminuent pas.

Les marchés de la capitale reflètent également cette réalité. Si l’affluence est forte en décembre, janvier est souvent marqué par une baisse du pouvoir d’achat. Les vendeuses de condiments et de légumes constatent que les clients achètent en plus petites quantités. « Les femmes qui travaillent aiment acheter les condiments pour plusieurs jours. Ces jours-ci, beaucoup font le marché au jour le jour et c’est le strict minimum qu’elles achètent », explique Awa Traoré, commerçante au marché de Sankaryaré.

La janviose touche aussi les salariés et les fonctionnaires. Entre les crédits et les frais incompressibles comme le loyer, la scolarité des enfants ou le transport, le mois de janvier devient un véritable parcours du combattant. Certains travailleurs reconnaissent devoir “jongler” jusqu’à la fin du mois, en attendant la prochaine paie.

« Après les fêtes, ce n’est pas simple. J’ai fait une prévision pour pouvoir tenir dans le mois de janvier. J’ai acheté ce qu’il faut pour la maison. C’est maintenant le carburant, les frais d’unité et de mégas qui posent problème. On essaie de jongler pour avoir l’argent de carburant. Pour le moment, aller boire la bière est banni. Peut-être que dans les mois à venir on pourra reprendre, mais à l’heure actuelle on cherche à nourrir d’abord », a indiqué Patrice Zabré, fonctionnaire.

Pour certaines personnes, la janviose ne peut être réduite à un simple phénomène saisonnier. Elle met en lumière la fragilité du pouvoir d’achat et la nécessité d’une meilleure planification financière au sein des ménages. « Il faut apprendre à anticiper les dépenses de fin d’année et éviter de vivre au-dessus de ses moyens », estime Mariam Hema.

« Je n’avais pas encore connu la janviose. J’entendais les gens en parler mais je n’ai pas encore vécu une situation de galère pendant le mois de janvier. Je planifie toujours mes dépenses. Cette année, depuis novembre, j’ai commencé à acheter ce qu’il me fallait pour les fêtes de fin d’année. Malheureusement, je n’ai pas suffisamment pris en compte certaines charges. Parce que j’ai un bébé, il me faut des couches, du lait et autres. Pour le moment je tiens mais d’ici le 15, si mon mari ne rentre pas de sa mission, je vais connaître la janviose. Parce que j’ai fait un mauvais calcul. C’est une leçon pour moi, je ne vais plus négliger une dépense. Désormais, à l’approche des fêtes, je vais prendre les dispositions nécessaires et je ne vais pas faire la fête au-dessus de mes moyens. Je pense que pour éviter cette situation de janviose, il faut faire ses dépenses en fonction de ses moyens et mieux planifier ces dépenses », a souligné la jeune dame.

À Ouagadougou, la janviose est presque devenue une étape connue, intégrée aux habitudes après les fêtes de fin d’année. Si janvier serre les ceintures, il rappelle aussi l’importance de la solidarité, de la prudence et de l’adaptation dans un environnement économique difficile. En attendant des jours meilleurs, les Ouagavillois avancent, un pas après l’autre, convaincus que, comme chaque année, la janviose finira par passer.

Rama Diallo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net