La Radiodiffusion télévision du burkina (RTB) a diffusé le témoignage d’El hadj Madi Sakandé, commerçant, dans le cadre des investigations en cours sur une tentative de déstabilisation des institutions burkinabè. Face aux caméras de la télévision nationale, l’intéressé a livré un récit détaillé des faits qu’il dit avoir vécus, évoquant des rencontres, des échanges et des transferts de fonds liés à un projet de coup d’État. Ces aveux ont été portés à la connaissance du public, le mardi 6 janvier 2026.

D’entrée de jeu, le témoin décline son identité et situe le contexte de son intervention. « Je m’appelle El hadj Madi Sakandé. Je suis commerçant ». Il affirme s’être rendu une première fois en 2023, puis une seconde fois en 2025, chez l’ancien président Paul-Henri Sandaogo Damiba. Selon son témoignage, c’est lors de cette deuxième rencontre que l’ancien chef de l’État lui aurait fait part de « son intention de faire un coup d’État pour s’emparer du pouvoir » et de sa volonté de reprendre le pouvoir, en lui demandant d’explorer les voies possibles pour y parvenir.

Des intermédiaires civils évoqués dans le récit

À la suite de cette rencontre, El hadj Madi Sakandé indique s’être rendu à Ziniaré pour rencontrer un autre commerçant. Ce dernier lui aurait parlé de son petit-fils, Salif, présenté comme travaillant auprès du président du Faso et impliqué, selon le témoignage, dans des actes de déstabilisation. Il lui aurait affirmé que : « avec Salif dans l’équipe, l’objectif pourrait être atteint ».

Toujours selon le récit livré à la RTB, les coordonnées d’El hadj Madi Sakandé auraient été transmises à Salif, qui l’aurait ensuite contacté. Une rencontre aurait alors eu lieu entre les deux hommes, au cours de laquelle Salif aurait exprimé sa disponibilité à agir.

Des propos particulièrement graves rapportés

El hadj Madi Sakandé relate avoir alors suggéré à Salif d’échanger directement avec l’ancien président Damiba, estimant que « entre militaires, ils sauront comment faire ». Il affirme avoir lui-même passé l’appel et remis le téléphone à Salif. Selon le témoignage, Paul-Henri Sandaogo Damiba lui aurait demandé ce qu’il pouvait faire, compte tenu de sa position, dans le cadre d’un coup d’État.

La réponse attribuée à Salif est rapportée en ces termes : « Salif l’a rassuré qu’il pouvait tuer le président Ibrahim Traoré. Et comme il est avec le président tous les jours, il peut accomplir cette tâche sans problème. Il a également soutenu qu’il pouvait placer des explosifs sur des sites de rencontres des chefs militaires à Ouaga 2000, et les explosions allaient tuer beaucoup de chefs militaires ». El hadj Madi Sakandé précise qu’un second échange téléphonique aurait ensuite eu lieu entre Salif et l’ancien président Damiba.

Un financement obtenu en Côte d’Ivoire

Poursuivant son témoignage, Madi Sakandé affirme s’être rendu en Côte d’Ivoire pour y récupérer une somme de « 70 millions de francs CFA ». À son retour, dit-il, l’ancien président Damiba l’aurait appelé pour l’informer que « deux femmes et un homme » viendraient récupérer l’argent, avec un rendez-vous fixé dans l’une des gares des compagnies de transport de la place.

« Il m’a signifié qu’il leur a donné rendez-vous à la gare de TSR. Que je pouvais envoyer quelqu’un ou aller moi-même et qu’à l’arrivée, des femmes sur des scooters vont me faire signe des mains. À mon arrivée, une femme est effectivement apparue du côté gauche en me faisant des signes de main. Je l’ai rencontrée et je lui ai remis de l’argent, et une autre femme est venue à qui j’ai également remis de l’argent. Je leur ai demandé où est l’homme ? Elles m’ont indiqué un homme qui était adossé à une voiture 4×4 double cabine. Quand je suis arrivé à son niveau, lui aussi a fait le signe de la main et a pris de l’argent. La somme totale que j’ai remise aux trois protagonistes s’élève à 40 millions francs CFA », a confié monsieur Sakandé.

Arrestation et éléments évoqués au moment de l’interpellation

Après cette remise, El hadj Madi Sakandé indique être retourné chez l’autre commerçant afin d’échanger sur la suite à donner et le partage des fonds. « C’est pendant que nous étions en train d’échanger sur ce sujet qu’ils sont venus nous arrêter. En attendant qu’on nous appréhende, le petit fils de El hadj Winèga est venu avec un véhicule qui contenait des armes. Il m’a demandé de venir regarder et j’ai refusé, parce que je ne suis pas militaire. Et c’est au moment où nous discutions qu’ils sont venus nous embarquer, lui et moi dans un véhicule », a révélé Madi Sakandé.

Le regret de ses actes

Dans la dernière partie de son témoignage, El hadj Madi Sakandé exprime des regrets et formule des excuses publiques. « Nous voulons demander pardon au président Ibrahim Traoré et au peuple burkinabè », reconnaissant s’être laissé entraîner dans cette affaire. Il revient enfin sur la gestion des fonds, précisant que l’argent aurait été emballé dans trois cartons, sur conseil de l’ancien président Damiba, deux contenant chacun 15 millions de francs CFA et le troisième 10 millions de francs CFA, remis sans échange de paroles aux personnes désignées.

Ce témoignage, diffusé sur la télévision nationale, intervient dans un contexte d’enquêtes judiciaires et sécuritaires toujours en cours. Les autorités ont indiqué que les procédures se poursuivent afin d’établir les responsabilités et de situer l’ensemble des acteurs impliqués dans cette affaire.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net