Responsable de plusieurs cancers, dont le cancer du col de l’utérus, le papillomavirus humain (HPV) est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique au Burkina. Pour mieux connaître la situation actuelle du Burkina en la matière, les populations les plus à risque, les défis dans la surveillance et la collecte des données, et autres, Lefaso.net a rencontré la chargée de recherche en Biochimie-Biologie de l’IRSS, Dr Ina Marie Angèle Traoré/Minoungou. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Quelle est la situation actuelle du HPV et des cancers associés au Burkina Faso ?

Dr Ina Angèle Traoré/Minoungou (IATM) : Les HPV désignent des virus dont le rôle a clairement été démontré dans la survenue du cancer du col de l’utérus. Il s’agit de l’acronyme anglais pour « Human papillomavirus ». Ce sont des virus très répandus et on estime que plus de la moitié des adultes sexuellement actives dans le monde auront une infection au HPV au cours de leur vie. Au Burkina Faso, la prévalence du HPV varie entre 20% et 50% selon les populations étudiées, ainsi que les types ciblés. Le cancer du col qui est la conséquence d’une infection persistante par le HPV est le deuxième cancer féminin le plus fréquent dans le pays. Plus de 6 millions de femmes sont à risque compte tenu de leur âge et, en 2023, on recensait 1 132 nouveaux cas avec 939 décès.

Quelles populations sont les plus à risque selon vos travaux ?

Comme déjà indiqué, les HPV sont des virus très répandus et il faut ajouter à cela que la contamination se fait en général dès les premiers rapports sexuels. Toute personne sexuellement active est donc potentiellement exposée au HPV. Mais il faut se rassurer, cette infection disparaît seule chez plus de 90% de personnes sans aucun traitement et n’entraîne pas de symptômes.

Les personnes qui n’arrivent pas à éliminer naturellement l’infection au HPV peuvent développer des lésions génitales conduisant au cancer si elles ne sont pas détectées tôt. Le fardeau est plus accentué chez la femme, car c’est elle qui est concernée par le cancer du col de l’utérus, même si des études tendent à mettre en évidence le rôle du HPV dans d’autres cancers comme celui de l’anus et du pénis. Le risque de développer un cancer suite à une infection au HPV est également plus élevé dans certaines populations comme celle vivant avec le VIH.

Quelles sont les principales difficultés dans la surveillance et la collecte des données HPV que vous rencontrez dans vos travaux ?

De nombreuses actions sont menées au Burkina Faso pour lutter contre le HPV et le cancer qui y est associé, notamment l’introduction de la vaccination et les campagnes de dépistage par test HPV dans certaines régions. Pour le moment, il n’existe pas de programme national spécifique au HPV, mais le cancer du col de l’utérus est intégré dans les priorités de santé publique. Dans le cadre de nos travaux de recherche, nous collectons surtout des données à visée épidémiologique.

Un des défis majeurs est de pouvoir inclure des participants de toutes les régions du pays dans la même étude à un instant donné. Les données collectées sont donc souvent fragmentées et ne permettent pas une généralisation de la prévalence au niveau national. Une autre contrainte que l’on peut relever concerne l’accès aux participants, comme c’est le cas souvent dans les études sur la personne humaine. Quand il s’agit de collecter des échantillons biologiques, il y a certaines obligations règlementaires à remplir et vous pouvez aussi être confrontés au refus de participation des personnes concernées. Il s’agit toutefois des difficultés qui sont surmontées avec une bonne communication.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement concernant le HPV ?

La pathologie principale provoquée par le HPV est le cancer du col de l’utérus, mais il est connu que la grande majorité des personnes qui ont une infection par le virus ne feront jamais ce cancer. Cela signifie donc qu’il y a des facteurs secondaires qui favorisent la survenue du cancer du col de l’utérus. Certains facteurs tels que l’état du système immunitaire et le microbiote ont été évoqués dans des recherches antérieures.

Actuellement, nos travaux sont orientés sur le microbiote vaginal qui désigne un ensemble complexe de microbes retrouvés au niveau vaginal. Notre objectif est de comprendre comment la composition et le déséquilibre de la flore vaginale peuvent favoriser la persistance de l’infection au HPV, principal facteur de risque du cancer du col de l’utérus. L’impact espéré pour cette activité est d’aboutir à la mise en place de nouvelles stratégies de prévention du cancer du col de l’utérus.

Quels types de méthodologies utilisez-vous dans vos travaux pour avoir des données fiables ?

La plupart des activités que nous menons se font dans le cadre d’études transversales et observationnelles. C’est-à-dire que lorsque nous identifions une population d’intérêt, nous collectons auprès d’elle des données et des échantillons biologiques à un moment précis. Cela se fait en accord avec les bonnes pratiques d’éthique et de confidentialité ainsi que le recueil préalable et obligatoire du consentement des participants à l’étude. En général, un entretien est réalisé avec le participant sur les sites d’études avant que le reste du travail se poursuive dans nos laboratoires. Par la suite des analyses biologiques sont réalisées suivant des protocoles bien définis. Enfin, nous communiquons les résultats aux participants et les orientons selon les référentiels en vigueur au Burkina.

Quels sont les résultats qui émergent de vos travaux ?

Afin d’obtenir une cartographie de la situation des HPV dans notre pays mais aussi dans la sous-région ouest-africaine, nos travaux ont concerné différentes populations telles que des femmes en milieu hospitalier, des femmes vivant avec le VIH, des travailleuses du sexe, des femmes enceintes et aussi des hommes. Les résultats de ces travaux indiquaient des fréquences entre 25 et 50% pour l’infection au HPV chez les femmes en âge de procréer. En termes de génotypes identifiés, les HPV 16 et 18 impliqués dans près de 70% des cancers du col de l’utérus selon les données au niveau mondial ne se retrouvaient pas en tête de liste. Sur l’ensemble des travaux réalisés, les HPV 52, 56, 39, 35 étaient les plus fréquents en moyenne sur plus d’une dizaine de génotypes à haut risque recherchés.

Il est important de noter que ces données provenaient de femmes sélectionnées de façon aléatoire dans la population générale lors de consultations gynécologiques ou pendant des campagnes de dépistage. Les investigations se poursuivent chez des patients présentant des lésions précancéreuses ou ayant déjà un cancer afin d’identifier les types de HPV les plus impliqués dans la progression vers le cancer du col de l’utérus dans notre contexte.

Interview réalisée par Yvette Zongo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net