
Donald Trump a donné le top départ de ce qui va être la norme dans le monde désormais : la loi du plus fort est toujours la meilleure. Ce n’est pas une nouveauté, c’est la loi de la jungle et elle a conduit l’humanité aux deux guerres mondiales. Suite à cela, les États se sont donné l’Organisation des Nations unies (ONU) pour agir pour la paix et avoir des relations fraternelles et plus humaines entre les pays. Cela passe par la reconnaissance du droit des peuples à s’autodéterminer, le règlement des différends par le dialogue et non par les armes et surtout l’acceptation de la suprématie des droits des peuples et de l’homme et du multilatéralisme. Que nous dit le kidnapping d’un chef d’État étranger et sa mise en accusation devant un tribunal new-yorkais ? Quelle est la séquence d’après, si le président des États-Unis peut décider qui peut diriger un pays et décider de gouverner le pays qu’il veut ?
Le Venezuela est un pays important en Amérique latine. C’est le pays de Simón Bolívar, le libérateur de la plupart des pays d’Amérique latine : le Venezuela, le Pérou, l’Équateur, la Bolivie, le Panama, la Colombie. Il militait pour un panaméricanisme et créera une confédération, la Grande Colombie, qui fit long feu. Son héritage est immense et il est honoré par des places dans toute l’Amérique latine. Le nom du pays Bolivie est en son honneur de même que le Venezuela dans sa forme longue fait référence à lui. (République bolivarienne du Venezuela).
Le Venezuela est solidaire de Cuba et partage son pétrole avec lui. Si Donald Trump a choisi de s’en prendre à ce pays qui n’est pas producteur de coca mais détient les plus grandes réserves de pétrole du monde, ce n’est pas pour lutter contre les cartels de la drogue, quand bien même il en existerait dans le pays. C’est parce que depuis des années les États-Unis s’en prennent aux États d’Amérique latine qui ne veulent pas suivre le même chemin qu’eux, tracent une voie nationaliste d’indépendance de souveraineté par la reprise en mains de leurs ressources. C’est pourquoi ces pays sont sous embargo depuis des années, à commencer par Cuba, le Nicaragua et le Venezuela. Si ce dernier connaît des difficultés, c’est parce qu’il subit l’embargo américain : il ne peut vendre son pétrole ni acheter des machines-outils, ce qui a entraîné la dégradation de l’outil de production et une baisse de la production.
Le Venezuela ne produit que 1% de la production mondiale. C’est aussi ce qui explique la situation de pénuries de médicaments et de produits de consommation. Malgré cela, le pays est résilient et arrive à vendre son pétrole à la Chine qui en profite pour l’acheter moins cher. Le pays survit en entretenant des relations avec les pays qui osent rompre l’embargo américain. Ceux qui en souffrent le plus, ce sont les populations avec 7 millions de personnes qui ont quitté le pays. On peut dire que Chavez a été régulièrement élu et quand il a été désavoué par un référendum il s’est retiré. Par contre Nicolas Maduro ne bénéficie pas du même soutien bien qu’il vienne d’un milieu populaire (il n’y a qu’au Venezuela que le président est un ancien chauffeur d’autobus) et n’aurait pas gagné les dernières élections quand bien même il aurait empêché Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025, de se présenter. Voilà le contexte de la guerre rapide qui a détruit le système de défense aérien du Venezuela. Cette opération militaire sans fard n’est pas pour la démocratie et Trump ne le cache pas : il ne veut pas que l’opposition vénézuélienne dirige le pays. Il a profité pour rabaisser le prix Nobel de la paix. Alors c’est pour qui, pour quoi, cette armada dans la mer des Caraïbes, la flotte de 150 avions, dont des bombardiers, volant sur Caracas le 03 janvier 2026 ?
Il peut parader et décrire son opération avec tous les superlatifs qu’il veut, le monde est sidéré par son caractère obscène pour la règle de droit. Avoir toute cette puissance entre les mains et ne pas avoir un sens de la responsabilité et de la redevabilité est ce qui est stupéfiant dans ce qui vient de se passer. L’agression militaire contre le Venezuela s’est passée dans l’illégalité totale. Elle a enfreint les règles de droit aux États-Unis et la Charte des Nations unies. Depuis fin août 2025, les États-Unis mènent la guerre dans la mer des Caraïbes contre des embarcations qui transporteraient de la drogue pour les États-Unis en détruisant les bateaux, les marchandises et l’équipage. Si c’était une opération douanière, les bateaux seraient arraisonnés avec équipage et marchandises et amarrés dans un port des États-Unis parce qu’ils sont le corps du délit, les pièces à conviction. Mais dans cette guerre contre l’importation de tonnes de cocaïne dans leur pays, pas besoin de preuves, il faut détruire les bateaux, tuer les marins à bord.
Les empires ne se battent plus pour la démocratie
Cela indiquait déjà qu’il y avait un objectif autre que la drogue. C’est celui de faire tomber le régime bolivarien du Venezuela et c’est ce qui a été tenté le 3 janvier 2026. Le président de la République bolivarienne du Venezuela Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores ont été kidnappés, exfiltrés du pays et présentés devant une cour de justice à New York pour des accusations de « narcoterrorisme » Ce qui a été décrit par le président américain lui-même comme une attaque à grande échelle avec 150 aéronefs, dont des bombardiers, ne peut se résumer à une opération de police. Avec le temps, les informations sont données et, tout heureux de son succès, Donald Trump décrit ce qui est supposé être un des moments clés de son mandat : le rapt d’un chef d’État étranger.
Ceux qui connaissent le milliardaire aux affaires à Washington ne seront pas surpris d’apprendre de sa bouche qu’il n’a pas informé le Sénat américain de l’opération mais les patrons de l’industrie pétrolière pour qu’ils se lèchent les babines sur les profits à venir avec la capture du pays qui a les plus grandes réserves de pétrole au monde avec 303 milliards de barils. Et lors de sa conférence de presse, il déclare qu’il gouverne le Venezuela. Comment cela se pourrait-il alors qu’il dit que ses forces militaires sont rentrées au pays ? C’est une des dimensions du chaos qu’est cette opération dont on ne connaît pas tous les dessous.
Le Venezuela n’est pas une colonie des gringos
Pendant qu’il fait ses déclarations sur la mise sous tutelle du pays jusqu’à la fin d’une transition acceptable par lui, force est de constater que le Venezuela a perdu certes son président mais pas toute sa tête, ni le nord et sa gouvernance. La vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim et a vite fait de montrer que le régime reste en place et est soudé autour de sa personne avec « à ses côtés son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale du Venezuela, le ministre de l’intérieur Diosdado Cabello, le ministre de la défense Vladimir Padrino et le commandant en chef des forces armées Domingo Hernández Lárez. » Elle a assuré que son pays ne sera pas une colonie des Yankees. « Nous ne serons plus jamais une colonie d’un empire quelconque », a-t-elle insisté, promettant de « défendre » le Venezuela.
Mais comment cette agression a-t-elle pu se produire ? Il y a là une perte de souveraineté de voir une puissance étrangère vous attaquer, mettre sous éteignoir votre système de défense aérien et emporter votre chef de l’État sans que vous puissiez l’en empêcher. La morale de l’histoire est que la souveraineté sans la puissance militaire pour la conserver et la protéger n’en est pas une. Les Vénézuéliens vont faire le bilan de cette affaire et voir quelles sont les failles qui ont été utilisées et en tirer les leçons. Ceux qui auraient pu applaudir cette opération, l’opposition au chavisme, n’en sont même pas bénéficiaires, comment va-t-elle soutenir cette révolution de palais ? Ce que l’on peut dire, c’est que Donald Trump veut le pétrole du pays. Occuper le pays serait catastrophique pour les prochaines élections. Alors il enlève Maduro et son épouse pour faire juger le chef d’État comme un chef de cartel de drogue alors qu’il vient de gracier un ex-président du Honduras emprisonné pour trafic de drogue. Il est difficile de trouver un fil conducteur des actions de cet homme qui crée le chaos dans le monde en espérant entrer ainsi dans l’histoire. La suite des opérations au Venezuela n’est pas claire, une vaste campagne est en cours présentant la présidente par intérim comme ayant négocié avec Trump et son équipe.
Quel est ce deal ? Trump parle de 50 millions de barils de pétrole qui devraient être vendus au profit des États-Unis et du Venezuela. Il pense encore revenir sur l’indemnisation des sociétés pétrolières qui intervenaient dans le pays avant les nationalisations. Certains évoquent l’arrêt de l’envoi du pétrole à Cuba. Ce qui pourrait, à terme, faire chuter l’île rebelle et fière depuis 67 ans dans l’escarcelle des États-Unis. C’est le désir de Marco Rubio, fils d’immigrants cubains, qui appelle les dirigeants de Cuba à prendre au sérieux les menaces de Donald Trump. Ce dernier confirme que l’île est l’une de ses proies mais qu’il n’est pas nécessaire de faire une intervention militaire parce que tous ses revenus proviennent du Venezuela et qu’il va s’effondrer. Et selon la doctrine Monroe de 1823 qu’il a invoquée, il est dans son droit de chercher à mettre la main sur toute l’Amérique. Mais les Chinois, les Russes et autres Européens devraient ne pas venir dans son poulailler qui va jusqu’au Groenland, qu’importe que ce pays soit à « environ 3 200 km au nord-est des États-Unis ». Il a défini sa sphère d’influence et il veut marquer son territoire par les armes s’il le faut et chasser tous les vilains qui fabriquent la drogue comme en Colombie et la vendent comme au Mexique.
Sphères d’influence et partage du monde
Si on retourne aux sphères d’influence, on reparle du partage du monde. Aujourd’hui il y aurait combien de blocs et la guerre sera-t-elle plutôt chaude que froide ? On voit la Chine qui aura le droit d’avaler Taiwan et ce qui lui plaira en Asie et la Russie qui pourra continuer sa guerre en Ukraine et au-delà en Europe. Y aura-t-il une place pour les puissances émergentes : l’Inde, la Turquie, l’Iran… ? On parle de puissance et non de diplomatie, à elles de bander leurs muscles et de défendre en bons prédateurs leurs garde-manger. Et l’Europe dans tout ça ? On saura très vite si elle va défendre le Groenland ou se coucher devant le maître du monde en ruminant sa décadence entamée avec les luttes de libération, décadence que son regroupement et sa monnaie commune n’auront pas pu annihiler.
L’Afrique désunie comme à son habitude sera disputée par tous, ou sera un no man’s land à la merci des groupes terroristes et des capitalistes aventureux en quête de métaux rares, d’or, de diamant, de pétrole. Le chaos est derrière tout cela et cette action montre que le Make America great again (MAGA) est le retour de l’idéologie raciste de la suprématie de l’homme blanc. Mais ce film d’action, cette mise en scène et ces scénarios oublient une séquence essentielle, un acteur important. Pas un second rôle, ni un figurant ou une silhouette : les peuples qui ont fait l’histoire qui leur déplait. Ce sont eux qui ont chassé les colons européens d’Amérique, d’Asie, d’Afrique. Ce sont eux qui ont conquis l’indépendance économique en procédant aux nationalisations du pétrole et des ressources de leurs pays aux dépens des capitalistes yankees et autres. Il faudra compter avec eux. Au Venezuela, le peuple n’a pas encore dit son dernier mot. Comment le Venezuela défendra son indépendance et satisfera les desiderata de Donald Trump ? Le film d’action devient un feuilleton à suivre.
Sana Guy
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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