Spécialiste de la construction avec des matériaux biologiques, Mathias Yaméogo nous propose dans cette interview des solutions innovantes qui allient performances techniques et durabilité face à l’urgence climatique. L’ingénieur et expert en éco-bâtiments défend une autre manière de construire. C’est-à-dire, construire des bâtiments moins polluants et renouvelables. Il s’agit d’une approche innovante qui pourrait redéfinir les fondations de la construction de demain. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs.

MY : Je suis Mathias Yaméogo, promoteur d’une entreprise Sarl qui intervient dans l’éco-bâtiment. Nous offrons des solutions à base de matériaux locaux allant dans le sens de préserver l’environnement, mais aussi de traduire l’identité culturelle du Burkina Faso.

Vous parlez de l’architecture bioclimatique. De quoi s’agit-il ?

Nous portons depuis 2022 un projet de valorisation de l’architecture bioclimatique. Quand on dit bioclimatique, c’est tout simplement tout type de construction qui va dans le sens de la préservation de l’environnement. Ou tout simplement tout bâtiment permettant de réduire la consommation de l’énergie électrique, mais aussi de faire ce qu’on appelle l’immersion thermique. C’est-à-dire qu’avec les matériaux utilisés, c’est fait de telle sorte que quand il fait trop chaud, cela régule la température à l’intérieur du bâtiment. Il y a également d’autres principes que nous utilisons qui ne sont pas très connus sur le marché, notamment le sable de verre ou les briques en sachets plastiques recyclés.

Pouvez-vous revenir en détail sur les différents matériaux que vous utilisez dans ces types de construction ?

Premièrement, il y a la brique en latérite que tout le monde connaît. La latérite taillée et la latérite compactée. Et il y a une différence entre ces deux briques. La latérite compactée, c’est quand on extrait la terre et qu’on utilise une machine pour compacter cette terre pour la transformer en brique. Il y a la latérite qui est taillée au niveau de la carrière.

Quel type de bâtiment peut-on construire avec ces matériaux en terre ?

Je peux dire tout type de bâtiment. Même des R+. C’est-à-dire des duplex, de petites maisons, des infrastructures et autres. Bien sûr qu’il faut préciser que cela ne sera pas sans le ciment. Parce qu’il y a du ciment dans le mélange, mais en petite quantité. Sinon, on ne peut pas s’en passer.

Ces maisons ou bâtiments construits avec ces matériaux biologiques sont-ils résistants ?

Je dirai que c’est durable et c’est écologique. En plus, cela traduit notre identité culturelle. Parce qu’on fait des plans qui reflètent l’identité culturelle du Burkina. C’est vraiment sur cet aspect même que je voudrais attirer l’attention des entrepreneurs du même domaine ou des architectes surtout, sur la nécessité de réorienter les modèles de bâtiment : quand on se promène dans la ville de Ouagadougou, on voit qu’il y a des bâtiments qui ne reflètent pas notre identité. On a l’impression que ce sont des bâtiments européens implantés chez nous. Pourquoi on ne penserait pas à nous inspirer de nos modèles de bâtiments traditionnels pour moderniser ? Ce n’est pas parce que c’est traditionnel que ce n’est pas moderne. Ce n’est pas parce que c’est la terre que ce n’est pas moderne. On peut construire grand, beau et moderne avec la terre. C’est possible, il suffit seulement de définir le plan et le type de matériau et de prendre le soin de le réaliser de façon professionnelle comme il faut avec des professionnels avec la technicité moderne qui va avec et de faire la finition comme il faut.


En termes de coût, c’est plus ou moins cher que le ciment ?

En matière de coût, c’est vraiment relatif et puis cela dépend de plusieurs aspects. Quand on veut réaliser un bâtiment de type F+2 comparativement à un bâtiment de type R+1 ou un duplex, les coûts ne seront pas les mêmes et cela dépend aussi des plans qu’il faut exécuter et des matériaux utilisés. Est-ce qu’il s’agit des briques en sachets plastiques recyclés ou par exemple en sable de verre ? Les prix sont fixés en fonction de tous ces aspects pris en compte.

Justement, est-ce qu’on peut en savoir plus sur les briques en sachets plastiques recyclés et en sable de verre ?

Il faut dire que ces types de briques sont un peu rares. Pour les avoir, c’est souvent sur commande à l’endroit de ceux qui font de la récupération ou du recyclage en sachets plastiques. S’agissant du sable de verre, nous collectons tout ce qui est objet en vitre, en verre ou en bouteille et nous les transformons en agréments pour la construction. Cela peut se faire en plusieurs types de matériaux utilisés non seulement pour la réalisation, la construction, mais aussi pour la finition.

Mais est-ce que vos modèles de maisons sont accessibles à tous ?

Oui, je dirai même que c’est ce qu’il faut promouvoir pour le citoyen lambda. Parce que cela permet le développement inclusif et de rehausser l’identité culturelle du pays. Quand on prend l’exemple des zones rurales du pays, avec le modernisme, les gens pensent que construire avec du ciment en zone rurale c’est l’idéal. Mais quand vous remontez l’histoire du pays ou des autres pays, vous allez voir que les gens construisaient avec de la terre et ils construisaient solide et durable. Quand vous arrivez dans certains pays et que vous voyez les modèles de bâtiments, vous n’avez pas besoin qu’on vous dise que c’est quel pays. À titre d’exemple, on a le palais du Mogho Naaba, le musée de la musique, et autres qui ont été construits avec de la terre depuis des années qui sont toujours là. Donc, je pense qu’un citoyen gagnerait à construire moins cher avec de la terre et c’est possible.

Votre mot de fin ?

Mon mot de fin, c’est vraiment un appel à l’endroit de l’État à faire ce qu’on appelle de la valorisation. C’est-à-dire valoriser vraiment le domaine de l’architecture au niveau du Burkina, notamment l’architecture bioclimatique, l’éco-bâtiment. Il faut vraiment que nous mettions en place un programme de valorisation de ces éco-bâtiments, parce qu’en réalité souvent, c’est parce que ce n’est pas divulgué ou promu que les gens ne s’y intéressent pas. Donc je pense que si on arrivait à faire cette valorisation, cela sensibiliserait la population à comprendre l’importance de ces types de bâtiments. On gagnerait à promouvoir notre identité culturelle et à préserver l’environnement.

Interview réalisée par Yvette Zongo

Photo et vidéo : Auguste Paré

Source: LeFaso.net