L’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel (ABCA) a organisé une rencontre d’échanges avec les responsables de chaînes de télévision autour de la diffusion des contenus cinématographiques et audiovisuels nationaux. Elle s’est tenue à l’Institut supérieur de l’image et du son – Studio-école (ISIS-SE), ce mardi 10 février 2026.

À cette occasion, le documentaire « Un peuple debout » du réalisateur et acteur Rasmané Ouédraogo a été projeté en exclusivité. Ce court métrage replonge le cinéphile au cœur de la Révolution d’août 1984. À travers des images d’archives, le président d’alors, Thomas Sankara, s’exprime lors d’une conférence de presse en présence de journalistes nationaux et internationaux, exposant les idéaux et les fondements de la révolution à la suite du coup d’État.

En 2025, le Faso Films Fonds (FFF) a soutenu plus de 40 œuvres cinématographiques

Par la suite, les premiers responsables de l’ABCA ont présenté aux télévisions des contenus cinématographiques financés par le Faso Films Fonds (FFF ) ainsi que des œuvres lauréates du FESPACO, en vue de leur diffusion sur les chaînes nationales. Cette tribune a également servi de cadre de plaidoyer afin d’encourager les télévisions à s’impliquer davantage, notamment à travers la coproduction de films n’ayant pas pu bénéficier du financement du FFF.

L’agence propose aux chaînes de télévision la diffusion d’œuvres lauréates au Fespaco couvrant la période de 1969 à 2025

L’ABCA a, par ailleurs, annoncé son engagement à alléger les tarifs de diffusion. Elle compte également engager des discussions avec les réalisateurs ou leurs ayants droit afin d’assouplir les conditions de diffusion des œuvres. À travers cette stratégie, l’agence ambitionne de redonner vie aux productions cinématographiques, tout en permettant aux populations de consommer davantage de contenus burkinabè et africains, en phase avec les réalités sociales du continent.

Le documentaire « Un peuple debout » avait été interdit de diffusion sous le régime Compaoré. L’œuvre a pu renaître grâce au processus de digitalisation des pellicules de films dont dispose l’ABCA.

« À travers sa cinémathèque, l’ABCA dispose de plus de 15 000 titres de films. La véritable question est donc de savoir comment mettre en place des technologies adaptées pour leur diffusion. Toutefois, il se pose la problématique des droits d’exploitation. À ce sujet, l’ABCA est disposée à engager des négociations avec les réalisateurs ou leurs ayants droit afin de permettre la diffusion de ces œuvres. Pour les télévisions, l’enjeu est d’abord de diffuser ces films et de se réapproprier les écrans à travers des contenus locaux et nationaux, portés par des auteurs, producteurs et réalisateurs africains. Il est essentiel, dans la dynamique impulsée par les autorités, que les téléviseurs deviennent de véritables espaces de diffusion de nos créations. Si l’État s’engage à accompagner les producteurs et les réalisateurs, il est tout aussi important que les téléspectateurs burkinabè, et plus largement africains, puissent accéder à ces productions. C’est à cette condition que nous pourrons nous réapproprier nos écrans, diffuser et valoriser notre identité culturelle, tout en permettant aux populations de mieux connaître les réalités et les dynamiques du continent africain », a expliqué le directeur général de l’ABCA, Alex Moussa Sawadogo.

Le directeur général de l’ABCA a souligné la disponibilité de l’agence à négocier les droits de diffusion afin de permettre aux télévisions d’accéder à un important catalogue de films burkinabè et africains

Des télévisions favorables, mais en attente de garanties

Les responsables de télévisions présents à cette rencontre ont pris l’engagement de participer activement à cette stratégie visant à rendre plus « africains » les contenus diffusés. Néanmoins, ils souhaitent disposer de garanties afin d’éviter d’éventuelles poursuites de la part des réalisateurs ou de leurs ayants droit.

« Je pense que c’est une très belle initiative que l’ABCA a prise à l’endroit de nos chaînes nationales, d’autant plus qu’elle répond à une préoccupation majeure. La question des contenus revient régulièrement : les Burkinabè souhaitent voir des images burkinabè et africaines. Toutefois, derrière ces images se posent des questions de droits, avec des procédures à engager et des moyens à mobiliser pour y avoir accès, alors même que le besoin est aujourd’hui réel et pressant. L’orientation générale donnée par la RTB est justement de permettre aux Burkinabè de voir leurs propres images. Cela exige cependant des ressources importantes dont nous ne disposons pas toujours. L’initiative de l’ABCA vient donc faciliter l’accès à ces contenus que nous pourrons proposer au public burkinabè. Je considère que c’est une avancée significative, car c’est une démarche que nous appelions de nos vœux depuis longtemps. Le fait que cette structure de l’État s’engage dans ce sens va considérablement alléger notre travail et renforcer la présence des productions nationales sur nos écrans », s’est réjoui le directeur de la RTB Télé, Pascal Kané.

Pascal Kané, directeur de la RTB Télé, a salué une initiative qui facilite l’accès des chaînes nationales aux contenus locaux

Cet avis est partagé par le rédacteur en chef de BF1, Aubin Guébré. « Il faut rappeler que les médias évoluent dans une réalité économique contraignante. L’acquisition des droits de diffusion n’est pas toujours aisée. De manière générale, les films africains coûtent souvent plus chers que les télénovelas importées, ce qui amène certaines télévisions à se tourner vers ces productions étrangères qui, pourtant, ne racontent pas nos réalités. L’achat des droits de diffusion des films burkinabè et africains représente un coût élevé, parfois hors de portée des budgets de nos médias. Dans ce contexte, l’initiative portée aujourd’hui par l’agence apparaît comme une démarche salutaire. Elle va permettre d’inonder nos écrans d’images africaines, répondant ainsi à une réelle attente du public. À BF1, cela fait déjà un certain temps que nous avons fait le choix de réduire, voire d’abandonner, la diffusion de télénovelas. A un moment, nous nous sommes tournés vers des séries indiennes, mais depuis quelque temps, la diffusion de films s’est également raréfiée. Non pas par manque de volonté ou d’intérêt du public, mais en raison du coût élevé des droits de diffusion, dans un contexte économique que chacun connaît. Une telle démarche nous offrira donc la possibilité d’acquérir davantage de contenus et de répondre plus efficacement aux attentes des téléspectateurs. Le besoin d’images africaines est réel, surtout dans une dynamique marquée par les notions de révolution et d’endogénéité. Nos publics ont besoin de films qui racontent nos histoires et reflètent nos réalités. C’est pourquoi nous saluons cette initiative et réaffirmons notre entière disponibilité à y contribuer », a-t-il déclaré.

Aubin Guébré a insisté sur les réalités économiques des médias et la nécessité de mécanismes d’accompagnement pour répondre à la forte demande du public en images africaines

À noter que l’ABCA est issue de la fusion de plusieurs structures, à savoir la Direction générale de l’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS), la Direction générale du FESPACO, le Secrétariat technique du Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel, ainsi que la Direction de la cinématographie et de l’audiovisuel. L’agence a pour missions, entre autres, de soutenir le développement de la chaîne de valeur de l’économie du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina Faso, d’assurer la réglementation et le contrôle de la filière, de tenir le registre public du cinéma et de l’audiovisuel, de contribuer à la structuration des acteurs et de mettre en place une billetterie nationale du cinéma et de l’audiovisuel.

Samirah Bationo

Vidéo : Muriel Dominique Ouedraogo (stagiaire)

Lefaso.net

Source: LeFaso.net