Le programme d’appui au relèvement et à la résilience communautaire « Yèrètali », mis en œuvre par l’ONG Action contre la faim (ACF) avec le financement de l’Agence française de développement (AFD), a officiellement pris fin. La cérémonie de clôture s’est tenue ce mercredi 11 février 2026 à Bobo-Dioulasso, sous la présidence du gouverneur de la région du Guiriko, Mariama Konaté/Gnanou. Cette cérémonie a également connu la présence des gouverneurs des régions du Djôrô et des Tannounyan, ainsi que des partenaires techniques, des autorités administratives et des acteurs communautaires.

Au-delà d’une simple fin de projet, cet atelier de clôture du programme « Yèrètali » s’est voulu un cadre de bilan, de capitalisation et de projection vers l’avenir. Cet atelier a été ponctué par la projection du film Capitalisation Yèrètali, la présentation PowerPoint des résultats du projet ainsi que des échanges autour des résultats atteints. Ainsi, les participants ont saisi l’occasion pour tirer les enseignements majeurs, célébrer les réussites enregistrées, identifier les défis persistants et nourrir les perspectives pour les interventions futures en matière de résilience communautaire.

« Yèrètali », qui signifie « s’auto-suffire » en langue dioula, visait à améliorer durablement les conditions de vie des populations vulnérables dans les régions du Guiriko, des Tannounyan et du Djôrô au Burkina Faso, ainsi que dans la région du Bounkani en Côte d’Ivoire. Le programme s’inscrivait dans une approche multisectorielle intégrée, combinant la réponse aux urgences humanitaires avec des investissements structurants pour le développement à long terme. Le projet a ciblé prioritairement les personnes vulnérables, notamment les femmes et les jeunes, tout en impliquant les communautés hôtes.

Les participants de l’atelier de clôture du programme Yèrètali à Bobo-Dioulasso

Le directeur pays d’Action contre la faim, Thomas Owono, a affirmé que « Yèrètali symbolise l’engagement de l’ONG ACF pour un avenir où les communautés vulnérables peuvent non seulement s’auto-suffire, mais surtout rester résilientes face aux crises ». Présente au Burkina Faso depuis 2008 et dans la région du Guiriko depuis 2018, ACF a conçu ce programme comme une réponse intégrée aux défis humanitaires et de développement.

Des innovations et des résultats multisectoriels

Lancé en octobre 2022 et opérationnel sur le terrain depuis février 2023, le programme a permis ainsi de tester des approches innovantes articulant réponses d’urgence et actions de relèvement durable. Parmi les réalisations majeures figurent, entre autres, l’aménagement de jardins maraîchers et de périmètres rizicoles destinés notamment aux personnes déplacées internes ; la mise en place d’infrastructures d’accès à l’eau potable et d’ouvrages WASH au bénéfice des populations déplacées et des communautés hôtes ; le renforcement de centres de santé à travers des réhabilitations, équipements médicaux et appuis techniques ; ainsi que l’accompagnement de l’entrepreneuriat rural et de l’employabilité des jeunes à travers des formations professionnelles (couture, coiffure, activités agro-pastorales et génératrices de revenus).

Le directeur pays d’Action contre la faim, Thomas Owono

Pour Thomas Owono, ces interventions ont également introduit des pratiques agroécologiques résilientes et des mécanismes locaux de gestion communautaire, tout en expérimentant un modèle inédit de coordination transfrontalière entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. « Chaque intervention nous a appris quelque chose : l’importance de la concertation avec les communautés, la complémentarité entre acteurs humanitaires et institutions publiques, et la pertinence des approches de proximité dans les zones à défis sécuritaires », a-t-il déclaré.

Une approche inclusive saluée par les autorités

Pour le gouverneur du Guiriko, Mariama Konaté/Gnanou, le programme Yèrètali constitue une réponse pertinente au contexte national marqué par les déplacements internes et la nécessité de renforcer la souveraineté alimentaire. « Comme son nom l’indique, Yèrètali vise l’autosuffisance. Dans le contexte sécuritaire actuel, les personnes déplacées internes doivent pouvoir participer à leur propre prise en charge et contribuer au progrès économique du pays », a-t-elle souligné. Elle a également mis en avant le caractère inclusif du projet, qui a associé dès le départ autorités administratives, services techniques de l’État, leaders coutumiers et religieux, communautés hôtes et bénéficiaires.

Une vue des acteurs du programme Yèrètali présents à l’atelier de clôture

Cette démarche participative a favorisé l’appropriation locale des actions, renforcé la cohésion sociale et assuré la pertinence des interventions, notamment à travers des infrastructures agricoles et hydrauliques ayant bénéficié à la fois aux populations déplacées et aux communautés d’accueil. À l’en croire, l’un des éléments clés du programme a été l’implication active des services techniques décentralisés. Selon les responsables d’ACF, leur engagement a permis d’assurer la qualité des réalisations, l’encadrement des producteurs et la conformité des actions avec les priorités nationales.

Dans cette logique, l’ONG a mis l’accent sur le renforcement des capacités et le transfert d’outils afin que ces services puissent poursuivre le suivi des acquis au-delà de la durée du projet. « Cet atelier n’est pas une fin, mais un pont vers la suite », a insisté Thomas Owono, exprimant le souhait que les résultats obtenus continuent de produire des impacts durables.

Pour le gouverneur du Guiriko, Mariama Konaté/Gnanou, le programme Yèrètali constitue une réponse pertinente au contexte national

Sur le terrain, les témoignages recueillis auprès des bénéficiaires traduisent l’impact concret du programme. Ali Sanou, secrétaire général du comité de plainte Sala dans la commune de Satiri, a salué les changements observés. « Grâce à Yèrètali, nous avons aujourd’hui accès à l’eau potable, des jeunes ont été formés et équipés, et des sites maraîchers sont en cours d’aménagement. C’est du jamais vu dans notre localité », a-t-il affirmé, tout en exprimant sa reconnaissance envers ACF et ses partenaires. Selon lui, les communautés bénéficiaires souhaitent voir ce type d’initiatives étendu à d’autres zones n’ayant pas encore bénéficié d’interventions similaires.

Ali Sanou, secrétaire général du comité de plainte Sala dans la commune de Satiri, a salué l’initiative du programme Yèrètali

L’unanimité qui s’est dégagée lors des échanges est que Yèrètali constitue une réussite, notamment parce qu’il s’inscrit dans les orientations nationales en matière d’inclusion socio-économique, de relèvement communautaire et de souveraineté alimentaire. Pour les autorités régionales, la prochaine étape consistera à assurer la continuité des acquis à travers un suivi rapproché, le renforcement des compétences locales et la sécurisation des investissements réalisés. Si la fin officielle du programme marque l’achèvement d’un cycle, des discussions sont en cours avec les partenaires techniques afin d’explorer de nouvelles opportunités de consolidation et de réplication du modèle dans d’autres zones.

Romuald Dofini

Lefaso.net

Source: LeFaso.net