Au Burkina Faso, la crise sécuritaire a bouleversé les vies de millions de personnes. Forcées de fuir leurs zones d’origine, les Personnes déplacées internes (PDI) vivent aujourd’hui entre précarité, adaptation et espoir de lendemains meilleurs, aux côtés de communautés hôtes elles-mêmes fragilisées. Une étude quantitative menée en 2024 dans six régions du sud du pays apporte un éclairage sur leurs conditions de vie, leurs vulnérabilités et leurs capacités de résilience.

Réalisée par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), en partenariat avec le Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR), cette enquête socioéconomique et de protection s’inscrit parmi les premières études quantitatives conduites auprès des PDI au Burkina Faso selon une méthodologie d’échantillonnage probabiliste. Menée au quatrième trimestre de 2024, elle a couvert les ex-régions de l’Est, du Centre-est, du Centre-sud, du Centre-ouest, du Sud-ouest et des Cascades, auprès de 2 156 ménages issus des communautés déplacées internes et hôtes.

Les résultats ont été présentés le jeudi 22 janvier 2026 à Ouagadougou lors de la cérémonie officielle de diffusion des résultats de l’enquête socio-économique et de protection des personnes déplacées internes et des communautés hôtes.

Et ces résultats, analysés à travers des statistiques descriptives et un indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM), mettent en lumière trois grandes thématiques à savoir la pauvreté multidimensionnelle, l’insécurité alimentaire et les intentions de retour.

De prime abord, l’étude révèle une forte prévalence de la pauvreté multidimensionnelle au sein des ménages enquêtés, touchant particulièrement les personnes déplacées internes. Selon les données, 92,6 % des ménages PDI vivent dans une situation de pauvreté multidimensionnelle, avec une intensité estimée à 60,7 %. Autrement dit, les ménages PDI pauvres subissent en moyenne des privations correspondant aux trois cinquièmes des indicateurs pris en compte dans la mesure de la pauvreté.

Ces privations concernent notamment l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire, le cadre de vie, l’emploi et la protection sociale, y compris celle de l’enfant. Près de 70 % des PDI âgés de trois ans et plus n’ont jamais fréquenté une école formelle, malgré une accessibilité jugée relativement acceptable des infrastructures scolaires dans les zones d’accueil.

Si l’intensité de la pauvreté varie peu selon le genre de la personne à la tête du ménage, des disparités notables apparaissent entre les milieux urbain et rural, ainsi qu’entre ménages déplacés et ménages hôtes. La pauvreté agit ainsi comme un facteur ambivalent. Elle peut inciter au retour, faute de perspectives dans les zones d’accueil, tout en constituant un frein en raison du manque de ressources nécessaires à la reconstruction dans les zones d’origine.

Une insécurité alimentaire persistante

L’insécurité alimentaire demeure une réalité préoccupante. Plus d’un tiers de la population enquêtée se trouve en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Cette proportion grimpe de manière significative chez les ménages PDI, dont 75 % sont affectés, contre 22,5 % au sein des ménages hôtes.

Pour faire face à cette situation, les ménages développent diverses stratégies de survie, parmi lesquelles l’emprunt d’argent, l’utilisation de l’épargne disponible, la vente d’animaux ou encore la réduction des dépenses essentielles, notamment celles consacrées à la santé et à l’éducation. Si des mécanismes de protection sociale existent, tels que la gratuité des soins pour les enfants et les femmes enceintes ou les cantines scolaires, l’étude souligne la nécessité de renforcer et d’adapter les réponses programmatiques afin d’éviter une érosion durable des capacités de résilience des ménages.

Protection et intégration : Un sentiment globalement positif

Malgré les conditions de vie difficiles, le sentiment de protection exprimé par les ménages PDI reste relativement élevé. Selon l’enquête, 95,4 % des ménages déplacés déclarent se sentir en sécurité dans leurs zones d’accueil, tandis que seulement 3 % rapportent avoir subi une atteinte à leurs droits.

Ce sentiment de sécurité contribue à expliquer la faible propension à la migration transfrontalière. Seuls 0,4 % des ménages interrogés ont déclaré avoir tenté de franchir une frontière au cours du mois précédant l’enquête. Par ailleurs, la quasi-totalité des personnes déplacées affirment se sentir intégrées au sein de leurs communautés d’accueil, malgré la pression croissante exercée sur les ressources locales.

Le retour, une option encore incertaine

Au moment de l’enquête, les intentions de retour vers les zones d’origine demeuraient globalement faibles. Seuls 25 % des ménages PDI considèrent le retour comme envisageable et parmi eux, 11 % estiment qu’il est tout à fait réalisable. L’intention de retour apparaît comme le résultat d’un cumul de vulnérabilités socioéconomiques et sécuritaires.

Lorsqu’elle se manifeste, cette intention est principalement motivée par l’amélioration de la situation sécuritaire, la possibilité de récupérer les terres et les biens, le désir de renouer avec un mode de vie agricole, ainsi que les pressions économiques rencontrées dans les zones d’accueil, notamment le coût du logement et de la vie quotidienne.

Réponse humanitaire et résilience face à la crise

Face à la persistance de la crise, la réponse humanitaire demeure essentielle. Elle s’articule autour de trois piliers tels que les stratégies de résilience développées par les populations elles-mêmes, les actions des autorités nationales et celles des acteurs humanitaires. Le renforcement des filets sociaux constitue l’une des principales contributions des acteurs étatiques et non étatiques, en appui aux mécanismes d’adaptation des ménages.

Hanifa Koussoubé/ Muriel Dominique Ouédraogo

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Source: LeFaso.net