
L’École doctorale lettres, sciences humaines et communication (ED-LESHCO) de l’université Joseph-Ki-Zerbo a abrité, ce 20 février 2026, la soutenance de thèse de géographie, spécialité aménagement du territoire, d’lssaka Ouédraogo. Après une analyse de la décentralisation et de l’accès à la scolarisation au primaire dans la région du Plateau central (actuelle Oubri) dans les communes de Ziniaré, Boudry et Laye, le désormais docteur Issaka Ouédraogo a vu son travail accepté avec la mention très honorable.
Face au jury présidé par Jean-François Silas Kobiané, professeur titulaire de démographie, aux côtés des rapporteurs Dr Moussa Bougma et Pr Edinam Kola (en ligne depuis le Togo), et de l’examinatrice Dr Mariam Dama, le doctorant a défendu sa recherche dirigée par le Pr Georges Compaoré et co-dirigée par le Pr Lassane Yaméogo.
« Le travail que nous avons fait a porté sur l’accès à l’éducation dans le cadre de la décentralisation. Nous avons essayé d’analyser la contribution de la décentralisation à l’amélioration de l’accès physique aux infrastructures scolaires », a expliqué le désormais docteur Issaka Ouédraogo.
À l’issue de ses analyses, le constat est que la décentralisation a favorisé une augmentation notable des infrastructures scolaires dans les communes étudiées. La construction de nouvelles écoles a contribué à réduire les distances entre domiciles et établissements, facilitant ainsi la fréquentation. Mais cette dynamique positive ne masque-t-elle pas les écarts persistants ? En effet, l’étude révèle des disparités entre Boudry, Ziniaré et Laye.
« Il y a des disparités entre communes qui se présentent », souligne le chercheur. Si l’offre scolaire s’est globalement améliorée, tous les territoires ne bénéficient pas des mêmes niveaux d’équipements ni des mêmes conditions d’accessibilité.
Aussi, une trentaine d’années après la mise en œuvre de la politique de décentralisation, l’appropriation par les populations reste relative. « Les populations n’ont pas une très grande appropriation de la politique de décentralisation », observe l’impétrant. Cette situation limite encore l’interaction entre citoyens et acteurs du secteur éducatif, même si des progrès sont perceptibles. En revanche, les enquêtes montrent une perception globalement positive de la contribution de la décentralisation à l’amélioration des indicateurs d’accès à la scolarisation.
L’un des points de la thèse analyse le niveau d’information des populations sur le transfert de compétences en matière d’éducation. Les résultats montrent un niveau d’information qualifié de « moyen » par Issaka Ouédraogo. Pour autant, sa recherche souligne une implication réelle des communautés dans la gestion de l’éducation décentralisée.
Un outil d’aide à la décision
Pour le chercheur, ces résultats pourraient être utile dans la mesure où le pays connaît actuellement des réformes au niveau de l’architecture juridique et institutionnelle de la décentralisation. « Les résultats que nous avons trouvés permettront aux décideurs de voir comment les dynamiques locales, les dynamiques géographiques peuvent aider à prendre en compte la question de l’accès à la scolarisation », affirme-t-il. Son travail se veut ainsi un outil d’aide à la décision, capable d’orienter les politiques publiques en tenant compte des réalités territoriales.
Le co-directeur de la thèse, le Pr Lassané Yaméogo, a salué un travail de collecte de données titanesque et des analyses jugées pertinentes. Selon lui, la recherche met clairement en évidence que la décentralisation a permis la construction de nouvelles écoles et la réduction des distances à parcourir pour les élèves. Toutefois, certains facteurs limitent encore l’accessibilité. Il cite notamment le cas de Boudry, où la présence de cours d’eau complique l’accès aux établissements en saison des pluies ou lors de pluies brusques.
Le Pr Yaméogo est revenu également sur les contraintes rencontrées durant la recherche d’Issaka Ouédraogo. « La conciliation entre activité professionnelle et travail doctoral, la mobilisation des enquêteurs et le temps nécessaire au traitement des données… Je pense aussi que le fait qu’il travaille a été un avantage, parce qu’il a pu avoir accès à certaines données, notamment au sein du ministère. Ce qui lui a permis en tout cas de faire de très belles analyses », a-t-il déclaré.
À l’issue de cette soutenance, le sentiment exprimé par le nouveau docteur est celui de la satisfaction pour « un travail abouti », validé par un jury composé de spécialistes reconnus. Mais, a-t-il assuré, la recherche n’est pas achevée. Il entend améliorer son document en tenant compte des observations du jury. Et au-delà de la soutenance, Dr Issaka Ouédraogo a évoqué, pendant sa présentation, des pistes de recherche sur l’impact de la crise sécuritaire sur les disparités régionales d’accès à l’école, les liens entre transitions politiques et gouvernance décentralisée, ainsi que la question de la qualité de l’enseignement au-delà du simple accès.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net



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