
La cérémonie de fin de formation de la première promotion du Programme de reconversion des diplômés du système universitaire (PRDSU) s’est tenue ce vendredi 27 février 2026, à Ouagadougou. C’était sous la présidence du Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo. Portée par Burkina Suudu Bawdè, la « Maison des compétences du Burkina », cette initiative a permis à 260 jeunes diplômés de bénéficier d’une formation professionnelle dans six filières porteuses.
Les impétrants ont été formés en aviculture polyvalente, en pisciculture polyvalente, en maintenance des terminaux TIC et sécurité électronique, en entrepreneuriat en communication digitale, en entrepreneuriat en art culinaire et en référent digital. À travers ces spécialisations, le PRDSU ambitionne d’offrir des perspectives concrètes d’insertion socio-professionnelle à des diplômés souvent confrontés au chômage et à la précarité.
Dans son allocution, le Premier ministre a salué un programme qu’il qualifie de « modèle innovant » pour répondre aux défis de l’insertion des diplômés. Il a exhorté les bénéficiaires à mettre leurs nouvelles compétences « au service de leur propre réussite et de la nation ». Le chef du gouvernement a également réaffirmé l’engagement de l’État à accompagner les jeunes entrepreneurs, notamment à travers les fonds nationaux dédiés au financement des projets d’entreprise.
Moment fort de la cérémonie, l’intervention du Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une révolution des mentalités. Il a dénoncé l’idée selon laquelle la réussite se limiterait aux fonctions administratives ou aux emplois de bureau. « Vous savez, les chaînes les plus difficiles à briser sont celles qui se trouvent dans nos têtes. Vous comme moi, nous faisons certainement partie des mêmes générations qui ont été les victimes du même système. Après avoir obtenu la licence ou la maîtrise, on devient la star du quartier. Toujours bien propre et on tient un langage d’un certain niveau. À la maison, même les parents s’abstiennent de nous inviter à accomplir certaines tâches. C’est le « Nassara » (le Blanc, Ndlr) de la maison. On ne peut pas l’associer quand il s’agit de s’occuper des animaux domestiques et autres.
Le matin, les autres se lèvent tôt, nous pouvons dormir jusqu’à 9h-10h parce que nous sommes diplômés. Nous regardons avec condescendance, pour ne pas dire avec dédain, tous ceux qui sont dans le domaine technique et professionnel parce que quand on les rencontre, ils ne sont pas propres comme nous. Mais après une année ou deux sans avoir un concours et les emplois postulés qui ne donnent rien, et que c’est celui qu’on regarde avec condescendance qui nous vient en aide financièrement, c’est à partir de ce moment qu’on commence à avoir les pieds sur terre.
Nous sommes les victimes d’un système. Si je tiens à vous féliciter, c’est pour cette révolution mentale. Je suis convaincu que peut-être certains de vos camarades, en apprenant que vous partez vous inscrire pour une formation technique et professionnelle, vous diront : « Je ne vais pas aller faire trois à quatre ans à l’université pour revenir apprendre comment élever de la volaille. Si je suis allé à l’université, c’est pour pouvoir être un cadre supérieur, m’habiller en costume avec une mallette bien cirée. »
Donc, félicitations pour cette première révolution mentale. Je pense que vous avez compris le message du président du Faso. Tous les pays que nous envions aujourd’hui, qui, dans les années 60, étaient au même niveau de développement que nous, n’ont pas de secret, c’est la formation professionnelle et technique. Notre système nous a appris le savoir mais pas le savoir-faire. C’est un système que nous devons déconstruire. Et la déconstruction de ce système passe par les réformes que nous opérons tous les jours. Mais aucune réforme ne peut se mener si on ne brise pas les chaînes qui sont dans nos têtes. Vous, vous avez déjà brisé ces chaînes, félicitations », a dit le Premier ministre aux impétrants.
Le ministre de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana, a invité les impétrants à se mettre au sérieux pour développer des activités afin que leur formation porte des fruits et qu’ils puissent aussi créer des emplois. Pour mieux réussir leurs projets, il leur a conseillé de travailler en binômes ou en associations. « Une seule main ne peut pas ramasser la farine, ce sont les deux mains qui le font », a-t-il laissé entendre.
Le représentant des impétrants, Mahamadi Kaboré, a salué le gouvernement pour cette initiative qui vise à permettre aux jeunes diplômés d’avoir des compétences professionnelles et techniques. Pour lui, cette formation est une seconde chance que le gouvernement offre à des diplômés. « Ce programme est bien plus qu’une formation, c’est une seconde chance, une main tendue à des diplômés en fin de cycle. Aucun diplôme ne doit être une condamnation au chômage mais un tremplin vers un emploi. Durant trois mois, du 20 octobre 2025 au 30 janvier 2026, nous avons bénéficié d’une formation intensive, rigoureuse et résolument tournée vers l’action. Nous n’avons pas seulement appris un métier, nous l’avons exercé, expérimenté. Les compétences sont acquises, les idées sont mûries, les plans d’affaires sont élaborés, il ne manque plus que l’impulsion financière pour transformer cette initiative en succès économique tangible. Faciliter l’accès aux financements, c’est transformer les bénéficiaires en créateurs d’emplois, c’est faire de cette phase pilote un modèle reproductible et extensible à des milliers d’autres diplômés », a-t-il souligné. Il s’est engagé à être un entrepreneur responsable, patriote et engagé dans le développement du pays.
Rama Diallo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net




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