Depuis deux mois on savait que la guerre était aux portes de l’Iran. Donald Trump ayant envoyé une armada (deux porte-avions américains et quinze navires de guerre) en mer d’Oman, puis demandé à l’Iran de conclure un accord sur le nucléaire. Les négociations avaient repris à Genève et l’Iran avait accepté pour la première fois de se débarrasser de son stock d’uranium enrichi lors du dernier round le jeudi 26 février 2026. Était-ce une stratégie de la part de Donald Trump, ou est-ce Israël qui a encore convaincu son indéfectible soutien américain de la possibilité de décapiter le régime des mollahs après la guerre des 12 jours de juin 2025 ?

Les États-Unis et Israël viennent de mettre le doigt dans un engrenage dont ils ne savent pas où cela conduira le Moyen-Orient et le monde. Le président américain a engagé son pays dans une guerre sans consulter son Sénat et l’Organisation des Nations unies (ONU). C’est une opération illégale comme au Venezuela pour changer un régime, mais ici la collaboration d’une partie du régime n’est pas assurée, la guerre risque d’être longue et ce sont les alliés américains dans la région qui vont payer les pots cassés. Quelles projections peut-on faire des suites de cette attaque ? Le fameux Sud global, et les BRICS sont-ils présents quand on a besoin d’eux ? Pourquoi le régime des ayatollahs a-t-il semblé si isolé lors de cette agression ?

Le samedi 28 février 2026 au matin, les États-Unis et Israël ont débuté une guerre dont les buts ne sont pas clairs, à part la chute du régime. Comme confirmé, l’ayatollah Ali Khaméni a perdu la vie, tué par les premières attaques israéliennes, mais le régime est en place et les belligérants ne peuvent pas dire quelle est la suite. La réponse à cette question ne se trouve pas dans les cerveaux de ceux qui ont décidé de cette guerre. Comment changer un régime, chasser les mollahs sans des troupes au sol ? L’aviation, les drones, les missiles appuient les troupes qui sont sur place, pénètrent dans le pays pour faire capituler l’ennemi.

Demander aux Iraniens sans armes de se lancer encore une fois contre les Gardiens de la Révolution et les forces de défense et de sécurité iraniennes est irresponsable pour ne pas dire criminel. Et penser que sans organisations politique et de masse le peuple peut prendre le pouvoir est d’une puérilité admirable venant de la part du président de la première puissance militaire mondiale. Comme Bush avec Saddam Hussein, l’Amérique a opté pour créer le chaos encore une fois dans cette partie du monde alors que ses alliés, les monarchies du Golfe : Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes, Bahreïn, lui ont demandé en vain de ne pas faire la guerre. Les Européens crient qu’ils n’ont pas été consultés et qu’ils ne sont pas associés à cette entreprise guerrière dont personne ne sait sur quoi elle va déboucher.

L’argument de l’arme nucléaire semble être un prétexte pour cette opération, « Fureur épique ». Le nom même de l’opération indique qu’elle se fait dans l’émotion, dans la colère, la violence extrême. Toutes choses qui ne témoignent pas de la sagesse de ceux qui l’ont baptisée. C’est comme si les États-Unis avaient une revanche à prendre avec la prise des otages américains par les étudiants iraniens en 1979. Et ils se congratulent à l’avance, ils décident que cette guerre sera épique, inscrite dans les livres d’histoire, mise en poèmes et chantée par les artistes. C’est dément ce nom de baptême, opération Fureur épique. En tant que sahélien, avec les frappes en Libye pour faire tomber Kadhafi, on a peur qu’après avoir bombardé et tué, Américains et Israéliens s’en aillent, laissant l’Iran plus dans des problèmes qu’avant, avec des conséquences comme le terrorisme pour la région et le monde.

Un embrasement régional

Pour l’instant l’Iran a porté la guerre chez tous les pays de la région qui abritent des bases militaires américaines, sauf Oman, qui était négociateur dans les pourparlers sur le nucléaire. La presse signale « des attaques contre Al-Oudeid au Qatar, Al-Salem au Koweït, Al-Dhafra aux Émirats arabes unis et la base de la 5ᵉ flotte américaine à Bahreïn. Les Gardiens de la Révolution ont également affirmé avoir détruit un radar américain FPS-132 au Qatar, capable de détecter des missiles balistiques à 5 000 km. »

Et ce n’est pas exhaustif, la guerre étant en cours. La leçon de cette situation est qu’on ne peut pas sous-traiter sa sécurité avec une puissance étrangère, quelle que soit sa force. Trump n’a pas entendu les demandes de ces pays abritant des bases militaires américaines de ne pas bombarder l’Iran. Ils sont alliés mais ce sont les intérêts américains qui sont prioritaires. Ils subiront une guerre qu’ils ne veulent pas. L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane appellent à la désescalade pour un retour à la table des négociations pour préserver la sécurité régionale.

C’est dans les mêmes termes que le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, s’est exprimé, ajoutant que « comme toujours, dans tout conflit armé, ce sont les civils qui finissent par en payer le prix ultime ». Le Croissant rouge iranien a annoncé plus de 200 morts et plus de 700 blessés pour la première journée. Donald Trump et Benjamin Netanyahu, si on leur demandait, diraient sans doute qu’ils sont des croyants. Pourtant c’est le jour du sabbat où on ne doit pas retrancher quelque chose, ni en ajouter à la création divine que la guerre a été déclenchée par Netanyahu, et c’est durant le mois de jeûne du ramadan musulman et du carême chrétien que Donald Trump, qui prétend défendre les chrétiens au Nigéria, a attaqué l’Iran.

L’Iran semble seul

Avec les attaques israéliennes contre le Hezbollah et le Hamas et la chute du régime Assad en Syrie, le pays a perdu ses proxies et l’ayatollah a été tué comme le chef du Hezbollah au Liban. Il ne reste que les Houthis du Yémen. On n’a pas vu de soutien de la Russie ou de la Chine. Ils ont fait le service minimum par le ministère de la parole. Ces pays qui passent pour des alliés de l’Iran et qui commercent avec lui malgré l’embargo ont fait comme avec le Venezuela. Chacun est responsable de sa sécurité et ils ne se battront pas pour des alliés si leurs intérêts ne sont pas menacés. On attend de voir sur la durée ce qui va se passer maintenant que l’Iran ferme le détroit d’Ormuz et a déjà attaqué aujourd’hui un pétrolier qui l’empruntait. Ce qui va impacter le prix du baril d’essence qui va grimper. La Russie, comme les États-Unis, ne s’en plaindra pas, étant exportateurs de pétrole. Si la guerre dure, elle ne profitera à personne, même pas aux responsables américains et israéliens qui en espèrent des retombées lors des futures élections.

Sana Guy

Lefaso.net

Source: LeFaso.net