
Pr Alain Joseph Sissao a été porté à la tête de l’association des études Mandé (MANSA) le 7 février 2026, à l’occasion de l’assemblée générale de l’organisation. Il devient ainsi le premier président africain de cette société savante d’études mandingues qui a été portée sur les fonts baptismaux en 1986. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il revient sur les activités menées par la MANSA, le programme qu’il entend mettre en œuvre durant son mandat qui va durer deux ans ainsi que la préparation de la 13e conférence de la MANSA prévue du 21 au 24 juin 2027 à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal.
Lefaso.net : Que peut-on retenir de votre parcours ?
Pr Alain Joseph Sissao : Je suis actuellement directeur de recherche à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique. Pour revenir sur mon parcours, je dirai que j’ai un background de littéraire, précisément spécialiste de littérature africaine option oralité et écriture. Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai été orienté au département de lettres modernes à l’université de Ouagadougou à l’époque, en 1983. J’y ai obtenu une licence et une maîtrise aussi en lettres modernes, option littérature orale. Après le service national populaire, j’ai bénéficié d’une bourse d’études pour continuer mes études doctorales en France.
Donc, j’ai fait un DEA en 1991 à l’Institut national des langues et des civilisations orientales (INALCO). Parallèlement, j’ai fait une maîtrise d’animation culturelle à Paris 7 et un DESS d’ethnométhodologie et informatique à Paris 8. Donc, la thèse, c’était à Paris 12 en 1995 sur l’oralité dans littérature burkinabè sous la direction du Pr Jacques Chevrier. Ensuite, je suis rentré au Burkina et j’ai été recruté au CNRST en fin 1998 début 1999. J’ai par la suite rejoint le département de linguistique et de langue nationale. J’ai évolué dans ce département jusqu’aujourd’hui. Bien sûr, sanctionné par les différents grades du CAMES, chargé de recherche en 2004, 2008 maître de recherche, et en 2012 je suis passé directeur de recherche.
À côté de cela, j’enseigne, depuis 2006 dans les universités du Burkina notamment l’université Norbert Zongo de Koudougou et l’université Joseph Ki-Zerbo. J’ai sous ma supervision une dizaine de docteurs précisément seize (16), en direction et en co-direction, et il y a au moins sept qui ont été déjà formés.
J’ai écrit aussi un certain nombre d’ouvrages, environ une dizaine. Mon premier ouvrage, « Alliance et parenté à plaisanterie au Burkina Faso, mécanismes de fonctionnement et avenir » a été publié en 2002. La même année, j’ai fait paraître un ouvrage de Contes du pays Mosse.
J’ai aussi publié un ouvrage sur Culture et identité aujourd’hui : la culture et la danse yarma au Burkina Faso. Bilan et perspectives un autre sur le programme thématique du CAMES, où j’étais le point focal. J’ai publié en 2021 cet ouvrage du PTR-LSCC-CAMES-LANGUES ET CIVILISATIONS Axe 2 Autour du pouvoir : questionner l’Afrique traditionnelle. J’ai réalisé deux cartes des ethnies et des régions alliées à la plaisanterie au Burkina Faso. J’ai aussi publié un ouvrage collectif sur L’Avenir des ONG en Afrique de l’Ouest.
Alors, j’ai publié aussi, dans le cadre d’une recherche que j’ai menée sur le projet Apprendre, un livre sur Passerelle école-collège : Construire le socle d’une réussite durable. C’est un ouvrage qui est important pour le système éducatif burkinabè, comment on passe de l’école primaire au collège et quels sont les problèmes qu’on rencontre, etc. Et cet ouvrage a été publié en 2024. J’ai par ailleurs été entre 2011 et 2014 le directeur adjoint de l’INSS. J’ai ensuite continué mon parcours comme conseiller technique au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche de 2015 à 2018. Et puis je suis revenu ici à l’INSS pour continuer mes recherches.
Vous avez récemment été porté à la tête de l’association des études Mandé, MANSA, comment s’est passé le processus ?
Pour ce qui est de la MANSA j’ai commencé à m’intéresser aux activités de la Mansa depuis les années 2000, au moment où un de nos collègues chercheur américain qui s’appelle John Hutchinson, qui travaille beaucoup sur les langues et sur la culture mandingue, nous a parlé pour la première fois de la MANSA. Et ensuite, chemin faisant, j’ai pu intégrer cette société savante-là. Et en 2011, j’ai participé à la 11e conférence à Bamako. Et en 2014, j’ai organisé la 12e conférence à Bobo-Dioulasso en collaboration avec le président Kassim Koné à cette époque-là. Et donc j’ai intégré à partir de ce moment le comité consultatif de la MANSA.
Et après, bien sûr, le colloque de Grand Bassam en 2017, on a opéré un changement dans les statuts de la MANSA. Donc nous avons refondu les anciens statuts, afin d’intégrer plus de démocratie scientifique. Donc du coup, les nouveaux statuts ont permis justement que les Africains puissent aussi occuper des postes. Et on a créé par la même occasion, le poste de coordonnateur régional qui se trouve en Côte d’Ivoire, le poste de vice-président, et le vice-président passe plus tard président et ensuite président sortant. Cela en vue de permettre justement une transition et aussi une certaine gouvernance partagée.
Alors j’ai été élu vice-président de la MANSA en février 2024 et j’ai présidé les travaux lors de la conférence de Bamako en 2024. Donc ensuite, je suis passé président depuis le 7 février 2026. Je suis le premier président africain de la Mansa parce qu’auparavant il n’y en a jamais eu.
En quoi consiste les activités de la Mansa et qui peut y adhérer ?
C’est une association d’études mandingues MANSA qui a été fondée le 1er novembre 1986 à Madison, dans le Wisconsin aux Etats-Unis. Donc elle regroupe des chercheurs spécialisés dans les études de la société mandingue, de façon générale, mais pas uniquement mais aussi à d’autres peuples. Alors le terme mandingue, Mansa signifie roi, ça veut dire roi, souverain, seigneur, empereur en mandingue, en malinké et en dioula.
C’est ce terme qui a été choisi comme acronyme pour l’association.
Le premier président de la Mansa c’est David Conrad qui a été élu en 1986 et qui a eu un mandat de 1986 à 2008. Et ensuite on a eu bien sûr d’autres présidents qui ont été élus aussi. Et on peut dire que si on veut remonter plus loin dans l’histoire de la MANSA, la première conférence s’est tenue à Londres en 1972. Et un certain nombre d’intellectuels se sont réunis pour vraiment parler des études mandingues parce qu’ils ont vu que c’était une civilisation qui traversait plusieurs pays depuis le Sénégal, le Mali, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée.
Pour ce qui est du fonctionnement de l’association MANSA, je dirai que nous avons un bureau, un conseil consultatif, des membres et nous sommes organisés avec des points focaux. Actuellement, nous avons des points focaux au Mali, au Burkina, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Sénégal, et aux Etats-Unis, on a des membres, mais pas des points focaux. Et bientôt, on aura un point focal en Allemagne, et probablement aussi au Bénin. Nous avons aussi un coordonnateur régional de l’Afrique de l’Ouest qui est Dr Yao Marcel Kouakou qui est en même temps le trésorier de l’association.
Donc, nous travaillons beaucoup avec les instituts comme l’INSS, l’Institut des sciences humaines de Bamako et avec des écoles doctorales aussi. Alors, nous avons une revue qui s’appelle Mandé Studies, qui paraît deux fois par an et qui est indexée. Elle est publiée en français et en anglais. La revue a été rebaptisée et va s’appeler désormais Africa West : revue des études mandé. Dans cette revue nous publions des articles scientifiques qui viennent de toutes les disciplines et de l’Europe, de l’Afrique et des États-Unis.
Peuvent adhérer à l’association tous ceux qui sont universitaires ou non. Mais généralement quand on est universitaire c’est plus intéressant parce qu’on peut participer aux activités et en même temps on peut publier dans la revue. Et on a accès à une base de données de tous les articles, de tous les numéros de la Mansa depuis la création en 1972 jusqu’à maintenant. Donc pour un étudiant par exemple c’est un lieu extraordinaire de banque de données qu’il a. Beaucoup de doctorants sont nos membres. Donc la cotisation annuelle fait 20.000 FCFA pour les chercheurs en Afrique. Donc on cotise une fois seulement l’an et on a droit à la revue MANSA en ligne et au numéro qui sort.
Nous avons également une revue de vulgarisation qui s’appelle Mansa Kibaru qui est publié régulièrement. Il constitue une ressource importante pour ses membres. Après plusieurs années d’interruption, le numéro 72 couvrait la période de 2017 à 2020. Actuellement, nous venons de sortir le dernier numéro qui a fait le point sur la conférence de Dakar. Et notre revue Mansa Kibaru est en ligne.
À côté de tout cela, nous organisons des journées d’études Mansa. J’en ai organisé une en décembre 2023 à l’INSS autour du thème suivant : Repenser les dynamiques de l’Etat en Afrique sous le prisme de la gouvernance sécuritaire dans les pays du Sahel : un regard pluridisciplinaire. Alors la journée d’études Mansa permet de prendre une thématique d’actualité et de la visiter à l’aune, de toutes les disciplines. Ça peut être une thématique liée à l’univers mandingue, mais aussi hors univers mandingue notamment ses peuples voisins.
Donc on va dire qu’en général nous menons des activités d’animation scientifique, de valorisation des arts, de la culture, la musique, de l’espace mandingue.
Il faut noter aussi qu’au fil du temps, les centres d’intérêts culturels et linguistiques de la MANSA se sont étendus à d’autres thématiques et à d’autres peuples. Des thématiques comme la politique, la culture, la religion, l’économie, la géographie, l’histoire de l’Afrique de l’Ouest et dans son ensemble.
Vous allez diriger la Mansa durant deux ans, quelle dynamique comptez-vous insuffler à cette société savante ?
Je mets mon mandant sous le sceau de plusieurs activités. Ce sont des activités essentiellement liées à la consolidation de la MANSA, à l’élargissement de l’association en permettant une certaine mobilité Sud-Sud, pour que les chercheurs qui sont dans les pays africains puissent échanger les uns avec les autres. Une mobilité de chercheurs Nord-Sud et Sud-Nord. Je compte aussi initier un programme de recherche sur le développement endogène. J’ai aussi entamé des activités de lobbying avec les autorités en vue de présenter l’association.
L’association prévoit l’organisation en 2027 la 13e conférence internationale sur les études mandingues, comment se passe la préparation de l’évènement ?
La conférence aura lieu du 21 au 24 juin 2027 à Dakar, à l’université Cheikh Anta Diop au Sénégal. Le thème de la conférence c’est » Souveraineté, reconfigurations et recompositions : La sphère mandingue, l’Afrique de l’Ouest et le monde « . Nous partons du constat que le monde est en perpétuel évolution et le thème de la souveraineté est d’actualité. C’est aussi un concept qui est controversé. Les États qui aspirent à la souveraineté sont aussi limités par les textes internationaux et les contraintes économiques et les normes internationales qui parfois restreignent cette souveraineté. Au niveau des acteurs des ONG, des multinationales, ils ont aussi un gros impact sur la souveraineté des pays. On voit aussi apparaître les problèmes liés aux changements climatiques, au terrorisme transnational qui nécessite des réponses multilatérales et qui remettent en cause parfois la primauté de la souveraineté.
Il y’aura donc des appels à panels, de tables-rondes et de communication. L’appel à communications a été publié le 1er mars 2026 en français et en anglais à l’adresse https://mandestudies.org/conference. Pour la 13e conférence, nous avons décidé d’axer l’appel à contribution autour de 10 axes thématiques que sont les reconfigurations politiques et légitimité dans le monde, les recompositions spatiales et mobilité historique, historicité de la souveraineté africaine, les reconfigurations internes : l’Afrique de l’Ouest en quête d’un nouveau sens, recompositions régionales : l’Afrique de l’Ouest face à la mondialisation, les connexions mondiales , écologie, ruralité et transitions africaines : dynamiques locales face aux défis mondiaux, résistances africaines et stratégies diplomatiques, cultures expressives et enfin genre et sexualité. Le deuxième appel est prévu pour le 1er juin 2026 et la date limite de soumission des résumés le 15 octobre 2026. La notification aux auteurs sera faite le 15 janvier 2027 et la date limite pour payer les frais au programme de la conférence c’est le 1er mars 2027.
Interview réalisée par Armelle Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net

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