
Le nom pourrait prêter à confusion car sur les réseaux sociaux, une autre Djamila Diallo s’est déjà fait connaître comme créatrice de contenu et influenceuse. Même si elles partagent la nationalité et la présence numérique comme points communs, leurs trajectoires restent bien différentes. La Djamila Diallo dont il est ici question est surtout une entrepreneure qui s’appuie sur les possibilités offertes par le digital pour sortir la tête de l’eau. Derrière les photos, les vidéos et les publications “parfaites” qui rythment son quotidien numérique, se cache une stratégie patiente et une vision travaillée. Son parcours bien que précoce illustre comment les “likes” et les abonnements peuvent devenir un véritable capital relationnel et économique.
« C’est à l’université pendant mes études de droit que j’ai commencé à faire la vente en ligne des vêtements que je prenais avec une dame. Quand les gens commandaient je partais récupérer pour remettre aux clients. Après je me suis lancé dans le maquillage parce la dame avec laquelle je collaborais m’a encouragé. Elle trouvait que je me maquillais bien donc je me suis formée et maquillait mes clientes que je connaissais déjà. Donc je maquillais je coiffais et je continuais à vendre les habits en ligne », relate la jeune influenceuse.
Peu à peu, ses activités se multiplient avec le maquillage, la coiffure et la vente de vêtements qui se développent en parallèle. Et c’est en 2020, qu’elle devient véritablement active sur ces plateformes.
À cette période, ses publications sont encore spontanées car elle y partage des images de ses réalisations, filme certaines séances de maquillage et documente son quotidien professionnel. L’objectif initial était de montrer ce qu’elle fait afin d’attirer de nouvelles clientes. Très vite, Djamila Diallo comprend un aspect essentiel du fonctionnement des réseaux sociaux : le public s’intéresse autant au processus qu’au résultat. Montrer le travail en off, expliquer les étapes ou partager des moments authentiques crée une proximité avec les abonnés. Cette proximité devient progressivement l’un des piliers de sa présence digitale.

Construire une identité et une communauté
Au fil du temps, Djamila Diallo affine sa manière d’utiliser les réseaux sociaux. Elle comprend qu’au-delà de la simple promotion, il est nécessaire de construire une véritable identité numérique qui fait rêver. Sa notoriété selon elle, ne repose pas sur un phénomène viral ou un “buzz”. Elle s’est construite à travers son travail, les retours positifs de ses clientes et sa présence régulière dans différents événements. « Aujourd’hui je peux me définir comme un entrepreneur qui a sa vision propre à elle. J’impacte comme je peux les jeunes même si je sais que tout le monde ne peut pas t’aimer sauf si tu es faux. Moi j’identifie mes pages comme étant professionnelles mais aussi avec pour but de motiver les personnes à croire en elle, pour dire que tu peux venir d’une famille modeste et te construire. »
Pour Djamila, l’image publique doit avant tout refléter la réalité du parcours. Dans cet univers numérique souvent dominé par l’apparence, elle privilégie le fait de montrer toujours son travail, ses réalisations mais aussi sa participation à de grands évènements. « Ce sont les témoignages de clientes et les collaborations professionnelles qui ont progressivement construit ma crédibilité en ligne », ajoute-t-elle.

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Aujourd’hui, la jeune entrepreneure dispose d’une communauté de plus de 110 000 abonnés sur Facebook, 381 000 sur TikTok et près de 4 600 sur Instagram. Cette audience constitue un véritable levier économique. Ses publications permettent de présenter ses produits, d’interagir avec les clientes et de susciter l’intérêt autour de nouvelles offres. Les réseaux facilitent également le « bouche-à-oreille numérique », un facteur essentiel dans le développement d’une activité commerciale, pense-t-elle. « De la vente en ligne j’ai ouvert une boutique à Bobo Dioulasso puis à Ouagadougou et à Abidjan. Et je suis en train de me lancer sur l’import export en Chine donc je remercie Dieu qui a permis d’acheminer les choses », se réjouit-elle. Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans l’expansion internationale de son activité. C’est notamment grâce à ses plateformes numériques qu’elle a pu établir une première collaboration en Côte d’Ivoire. Une représentante y a commercialisé ses produits pendant plusieurs années, lui permettant de construire une clientèle locale avant de s’installer.
« Si tu n’es pas forte mentalement, les propos négatifs peuvent t’emmener à abandonner les réseaux sociaux »
Cependant, la visibilité numérique s’accompagne également de nombreuses contraintes. Être suivie par de nombreuses personnes implique une exposition permanente, parfois difficile à gérer. « Au départ les réseaux sociaux auraient pu diminuer ma confiance en moi car si tu n’es pas forte mentalement, les propos négatifs peuvent t’emmener à abandonner les réseaux sociaux. J’entend tout et ce n’est pas toujours facile pour une jeune fille. Mais aujourd’hui honnêtement ça ne me dit plus rien. Cette exposition sur les réseaux sociaux n’a pas changé ma manière de voir les choses parce que je savais pourquoi je suis venue là-bas », détaille Djamila Diallo. Elle évoque surtout la pression psychologique que peut générer cette exposition. Les informations négatives circulent souvent rapidement, et certaines personnes peuvent porter des jugements sans vérifier les faits. Pourtant, les critiques, explique-t-elle, peuvent devenir une source de motivation et de renforcement personnel.
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Aujourd’hui, son regard se tourne vers la Chine où elle entend tenter l’aventure de l’import-export. Elle souhaite également participer à des conférences et des panels aux côtés d’entrepreneurs et de décideurs économiques pour partager ses connaissances et son expérience. Au-delà de sa volonté de réussir, elle souhaite contribuer au développement économique du Burkina Faso. Pour elle, chaque jeune peut jouer un rôle dans cette dynamique peu importe sa classe sociale. Son conseil aux jeunes filles qui souhaitent entreprendre est de croire en elles, persévérer et accepter les difficultés du début. Elle affirme que dans l’univers digital comme dans la vie réelle, la constance reste la clé.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net

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