À l’ère du numérique, les réseaux sociaux se sont imposés comme des espaces incontournables de communication, d’expression et d’opportunités économiques. Mais cette révolution technologique, qui a profondément transformé les modes d’échange et de diffusion de l’information, s’accompagne également de nouveaux défis. C’est ce qu’a souligné le chef du service des réseaux sociaux du Conseil supérieur de la communication, Vouiwé Enoch Lamy, lors d’une communication consacrée aux dérives observées dans l’espace numérique et aux responsabilités qui incombent désormais aux usagers. C’était le mardi 10 mars 2026, lors de la rencontre d’échanges entre blogueurs, activistes, influenceurs et « wayiyans » autour du thème : « Responsabilité sociale des acteurs du numérique pour une communication citoyenne au Burkina Faso ».

En introduction, l’intervenant a rappelé que la révolution numérique a profondément modifié le paysage de la communication à l’échelle mondiale comme au Burkina Faso. Les réseaux sociaux sont devenus de véritables plateformes d’échanges, de promotion et même de création d’emplois. Aujourd’hui, de nombreux créateurs de contenus vivent des publications qu’ils diffusent en ligne, tandis que des entreprises et des organisations utilisent ces outils pour promouvoir leurs produits, leurs services ou leurs initiatives. La digitalisation des services, notamment dans les domaines du commerce et de la banque en ligne, illustre également les multiples bénéfices qu’offre cet écosystème numérique en pleine expansion.

3,4 millions de Burkinabè présents sur les réseaux sociaux

Les chiffres confirment d’ailleurs l’ampleur du phénomène. Selon le Digital Report de janvier 2025, environ 3,4 millions de Burkinabè sont présents sur les réseaux sociaux, soit 14 % de la population. Par ailleurs, les données publiées par We Are Social et Meltwater indiquent que les utilisateurs passent en moyenne 2 heures et 23 minutes par jour sur ces plateformes. Sur une semaine, cela représente près d’une journée entière consacrée à la navigation et aux interactions en ligne. Pour Vouiwé Enoch Lamy, ces statistiques démontrent que les réseaux sociaux constituent désormais un espace stratégique qu’aucune société ne peut ignorer, tant leur influence sur la vie publique et sociale est devenue considérable.

Cependant, cette expansion rapide s’accompagne d’un problème majeur, à savoir l’illusion chez certains internautes que les réseaux sociaux seraient des zones de non-droit. « Beaucoup pensent qu’on peut tout dire, tout publier et tout faire sur internet », a déploré l’expert du CSC. Dans cet environnement numérique, les dérives sont multiples : injures publiques, propos diffamatoires, discours de haine, incitations à la violence, propagation de fausses informations ou encore contenus mettant en péril la sécurité de l’État. À ces pratiques s’ajoutent le cyberharcèlement, les intimidations en ligne et les escroqueries numériques, autant de phénomènes régulièrement traités par la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité.

Des exemples de dérives constatées

Pour illustrer la gravité de ces dérives, l’intervenant a présenté plusieurs exemples concrets de publications problématiques observées sur les réseaux sociaux. Certaines contenaient des propos insultants visant des communautés religieuses, d’autres diffamaient des personnalités publiques sans qu’aucune décision de justice ne vienne étayer les accusations. Dans un cas précis, un contenu attaquait directement les croyances religieuses, un acte jugé particulièrement dangereux dans un pays où la liberté de religion est garantie par la constitution. « Lorsque l’on porte atteinte à la foi d’autrui, on peut provoquer un véritable embrasement social », a-t-il averti, rappelant que la coexistence pacifique entre les différentes confessions constitue l’un des fondements de la cohésion nationale.

Face à ces dérives, les autorités ont décidé de renforcer le cadre de régulation du cyberespace. Depuis novembre 2023, les plus hautes autorités ont confié de nouvelles responsabilités au Conseil supérieur de la communication afin de mieux encadrer les contenus diffusés sur les plateformes numériques. Selon monsieur Lamy, l’objectif n’est pas de restreindre la liberté d’expression, mais de veiller à ce que celle-ci s’exerce dans le respect de la loi et de l’intérêt général. « Réguler ne signifie pas censurer », a-t-il insisté, précisant que la mission du régulateur consiste avant tout à préserver la cohésion sociale et à protéger les intérêts de l’État.

Dans cette perspective, plusieurs actions sont mises en œuvre. Les autorités privilégient d’abord des mesures préventives, notamment la sensibilisation et l’éducation au bon usage des réseaux sociaux. Les rencontres d’échanges organisées avec les acteurs du numérique visent ainsi à encourager une communication responsable et citoyenne. Les utilisateurs sont invités à vérifier les informations avant de les partager, à éviter les propos injurieux et à s’assurer que leurs publications contribuent à valoriser l’image du pays plutôt qu’à l’entacher.

Des conseils pratiques

Le communicant a également prodigué quelques conseils pratiques aux créateurs de contenus et administrateurs de pages. Parmi eux, le paramétrage des commentaires pour limiter les insultes ou les attaques malveillantes, l’utilisation de filtres automatiques pour bloquer certains propos et la modération régulière des discussions sur leurs plateformes. En effet, laisser des injures ou des contenus illicites dans la section des commentaires peut engager la responsabilité de l’auteur de la publication, a souligné le représentant du CSC.

En dernier recours, des sanctions peuvent être appliquées en cas de manquement grave. Celles-ci peuvent aller de l’amende à la suspension temporaire de certains contenus ou plateformes, en concertation avec les autorités compétentes. L’exemple de certains pays africains, où les réseaux sociaux ont été temporairement suspendus en raison de dérapages massifs, a été évoqué pour rappeler l’importance d’une utilisation responsable de ces outils.

Pour Vouiwé Enoch Lamy, la solution réside dans un équilibre entre liberté d’expression et responsabilité citoyenne. Les réseaux sociaux doivent rester des espaces de dialogue, de créativité et de promotion du développement national. Mais leur potentiel ne pourra être pleinement exploité que si chaque utilisateur adopte une attitude responsable.

« Avant de publier ou de relayer une information, il faut se demander si cela contribue à défendre l’image du pays et à renforcer la cohésion sociale », a-t-il conclu. Dans le cas contraire, la meilleure décision reste parfois la plus simple : s’abstenir de publier.

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Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net