
L’avocat de l’accusé a débuté sa plaidoirie par un hommage à la défunte. Pour lui, personne ne mérite une mort pareille. Aux membres de sa famille, il a souhaité que leurs coeurs s’apaisent et que Dieu aie l’âme de la victime. Dans sa plaidoirie, il est revenu sur son ressenti au moment où cette affaire a résonné pour la première fois. « J’étais scandalisé comme tout le monde », a-t-il confié.
Quand le bâtonnier lui a fait savoir que c’est lui qui devait défendre cet homme que tout le monde voue aux gémonies, il dit avoir mesuré l’ampleur de la tâche qui l’attendait. En se basant sur le rapport de l’expert en psychiatrie, Pr Kapouné Karfo, il souligne que l’accusé est délirant et que son jugement est faux. Par ailleurs, il regrette que le parquet maintienne avec la dernière énergie, que ce dernier ne souffre de rien.
Pour lui, la préméditation relevée par le ministère public suppose un dessein préétabli, alors que le jour où le crime se serait produit, la gouvernante a précisé n’avoir vu personne dans la maison. » On a aussi parlé de guet apens, mais la gouvernante a été claire : toutes les portes de la maison se ferment. Pourtant le procureur dit qu’il est passé par une porte, en escaladant », a-t-il lâché
« Je ne sais pas comment on peut sauter du rez de chaussée pour arriver au premier étage, même si l’on suit les films ninjas. Et même là, toujours sur la base du rapport, il n’y a pas de crime, lorsque celui ci a été commis sous l’emprise d’une force » a-t-il ajouté. « A défaut de retenir la demence, considérez que ce dernier souffrait de trouble psychiatrique, déclarez qu’il n’est pas pénalement responsable et acquittez-le », a-t-il plaidé.
Si l’avis de l’expert ne suffit pas, il plaide néanmoins que ce dernier bénéficie de soins car dit-il : » il y a quelque chose chez lui qui n’est pas tout à fait normal. » Selon ses dires, la famille a droit à la justice, mais la justice rappelle-t-il : » c’est l’application de la loi. Et elle dit qu’une personne qui agit sous une force, n’est pas pénalement responsable. » Après sa plaidoirie, le Tribunal s’est retiré pour statuer sur le sort de l’accusé.
Il a été reconnu coupable des faits d’assassinat et de vol aggravé, puis condamné à une peine d’emprisonnement de 25 ans ferme. Par ailleurs, le Tribunal a ordonné son traitement et son suivi psychologique à la diligence du directeur de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) ; déclaré recevable et bien fondée la constitution de la partie civile des ayants droits de la victime ; condamné l’accusé à payer 1 franc symbolique en réparation du préjudice subi ; ordonné la restitution aux ayants droits des scellés, ordonné aux fins de destruction d’autres scellés, appartenant à l’accusé ; condamné aux entiers dépens.
A la question de savoir s’il fera appel, le conseil de l’accusé répondra en ces termes : « nous allons aviser ». L’avocat de la famille lui, juge la décision « bonne à prendre ». Le procureur lui, se dit satisfait de la décision. « Du point de vue des poursuites, nous ne sommes pas moins satisfait. Au sujet du débat central, la santé mentale de l’accusé, nous avons démontré qu’il y avait une certaine cohérence, et une santé mentale ne pouvait pas donner autant de précisions. Nous avons aussi démontré que les hallucinations sont postérieures aux faits… Nous prenons acte de la décision et nous allons aviser sur les autres aspects utiles. »
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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