Créé pour sauver des vies en dehors des structures de santé, le Service d’aide médicale urgente (SAMU) du Burkina Faso monte en puissance depuis son lancement officiel. Dans cet entretien, son directeur général, Pr Flavien Kaboré explique son fonctionnement, ses missions, et appelle les populations à adopter le réflexe du 15 face à toute urgence médicale.

Qu’est-ce que le SAMU ?

Pr Flavien Kaboré : Le Service d’aide médicale urgente (SAMU) du Burkina Faso est un établissement public de santé créé en 2021, dont les textes réglementaires ont été adoptés en 2022.

Nous avons officiellement lancé nos activités en avril 2025 à Ouagadougou, puis en novembre 2025 à Bobo-Dioulasso. Toutefois, des activités préliminaires avaient déjà débuté dès 2023 à Ouagadougou et en mai 2025 à Bobo-Dioulasso. La mission principale du SAMU est d’assurer la prise en charge des urgences médicales survenant en dehors des structures de santé, depuis le lieu de survenue jusqu’à l’établissement le plus adapté. Au-delà de cette mission, le SAMU intervient également dans la couverture sanitaire des grands rassemblements, la gestion des catastrophes, l’élaboration des plans d’urgence, la formation en médecine d’urgence, la sensibilisation des populations aux bonnes pratiques en santé.

À quel moment doit-on contacter le SAMU ?

Le SAMU doit être contacté dès lors que vous êtes confronté à une situation d’urgence médicale, c’est-à-dire lorsque la vie d’une personne est menacée. Cela inclut notamment : les accidents de la circulation, les accidents domestiques ou professionnels, les détresses liées à une maladie. Dans toutes ces situations, il est essentiel d’appeler immédiatement le 15. Nos équipes interviennent dans les meilleurs délais pour stabiliser le patient et organiser son transfert vers une structure adaptée.

Comment se déroule la prise en charge d’un patient ? Par exemple, on vous appelle, on vous dit qu’il y a une personne qui est en situation d’urgence à Karpala, comment le SAMU s’organise pour intervenir ?

Lorsque vous composez le 15 un numéro gratuit accessible sur tous les réseaux, votre appel est pris en charge par un professionnel de santé (médecin ou infirmier). Cet agent analyse la situation à partir des informations que vous fournissez. Si nécessaire, une équipe médicale est immédiatement dépêchée sur les lieux pour : évaluer l’état du patient, initier les premiers soins, organiser son évacuation vers une structure de santé appropriée.

Lorsque le SAMU arrive pour la prise en charge d’un patient, est-ce qu’il y a une procédure à suivre ?

Le SAMU s’appuie sur un système de régulation médicale performant, basé sur la radiocommunication entre : les équipes mobiles, le centre de régulation, les structures hospitalières. Une fois sur place, l’équipe médicale évalue l’état du patient, transmet les informations au centre de régulation qui identifie l’établissement le plus adapté et disponible.

L’objectif est double : garantir la disponibilité d’une place, permettre à l’équipe hospitalière de se préparer avant l’arrivée du patient.

Ce fonctionnement assure une continuité optimale des soins, sans perte de temps.

Si vous appelez l’hôpital Yalgado pour un patient et que l’hôpital vous dit qu’il n’y a pas de place. Comment vous procédez ?

Si un établissement, comme le CHU Yalgado Ouédraogo, ne dispose pas de place, nous sollicitons immédiatement une autre structure adaptée, notamment le CHU de Bogodogo, l’hôpital de Tengandogo, les hôpitaux de district (Boulmiougou, Nongr-Massom, etc.), ou d’autres formations sanitaires partenaires.

Grâce à notre système de communication, la recherche de place est rapide et coordonnée. Dans certains cas, les patients peuvent être orientés directement vers les services de réanimation lorsque leur état l’exige.

Quelles informations essentielles doit-on fournir lors de l’appel pour faciliter l’intervention rapide des secours ?

Lors de votre appel, il est essentiel de répondre précisément aux questions du régulateur.

Les informations clés concernant l’état de la victime (symptômes, gravité), sa localisation exacte. Une localisation précise est déterminante pour réduire les délais d’intervention.

Est-ce qu’il existe des tarifications pour l’intervention du SAMU ?

Les interventions du SAMU en situation d’urgence sont entièrement gratuites pour les patients. En revanche, les transferts inter-hospitaliers programmés sont facturés à un tarif social. Par ailleurs, les bénéficiaires de la gratuité des soins (notamment les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans) continuent de bénéficier de la gratuité totale des prestations du SAMU.

Depuis la mise en œuvre du SAMU, quelle observation faites-vous ?

Nous constatons une augmentation progressive du nombre d’interventions, ce qui traduit une meilleure appropriation du service par la population.

Cela témoigne également de la contribution du SAMU à l’amélioration de la prise en charge des urgences au Burkina Faso.

Quelle est la composition de l’équipe du SAMU ?

Chaque ambulance est composée de trois professionnels : un chauffeur ambulancier, un infirmier, un médecin. Tous sont formés et équipés pour assurer une prise en charge efficace des urgences sur le terrain.

Aujourd’hui, quelles sont les difficultés que le SAMU rencontre sur le terrain ?

Nous faisons face à plusieurs défis : les appels abusifs au 15. Ils mobilisent inutilement les lignes et peuvent retarder la prise en charge de véritables urgences.

Il y a également le non-respect de la priorité des ambulances. Certains usagers ne facilitent pas le passage des ambulances, ce qui ralentit les interventions. Le recours encore insuffisant au SAMU. De nombreuses personnes continuent de transporter leurs proches par leurs propres moyens, sans assistance médicale, ce qui peut aggraver leur état.

Les communes de Saaba, Tanghin-Dassouri et Loumbila sont rattachées à la ville de Ouagadougou. Est-ce que les personnes qui sont dans ces localités peuvent appeler le SAMU ?

Actuellement, nos interventions couvrent principalement Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

Cependant, dans le cadre de notre plan de développement, des postes avancés seront progressivement déployés dans les communes périphériques afin d’élargir la couverture.

Quel message avez-vous à l’endroit des populations de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ?

Nous invitons les populations à adopter le réflexe du 15 face à toute urgence médicale.

N’attendez pas : en cas de danger pour la vie d’une personne, appelez immédiatement le SAMU. Nous appelons également à un usage responsable de ce numéro, exclusivement réservé aux urgences. Notre engagement est clair : intervenir rapidement et efficacement pour sauver des vies.

Rama Diallo, Muriel Dominique

Lefaso.net

Source: LeFaso.net