L’ONG WaterAid Burkina Faso a organisé, ce mardi 31 mars 2026 à Ouagadougou, un atelier d’orientation réunissant les ONG et associations de développement intervenant dans le secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement (EHA). L’objectif est d’aligner les interventions des acteurs non gouvernementaux sur les priorités nationales définies par le ministère de l’Agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques, en vue de maximiser l’impact collectif au bénéfice des populations burkinabè.

« L’eau n’est pas une marchandise, c’est un droit qui fonde la dignité humaine », a affirmé d’emblée, Lucien Damiba, directeur pays de WaterAid Burkina Faso, rappelant que le sous-secteur EHA fait face à des pressions multiples telles que la raréfaction des ressources, le changement climatique, les contraintes sécuritaires et la croissance démographique accélérée.

Un rendez-vous stratégique pour le secteur EHA

Pour M. Damiba, cette convergence d’acteurs réunissant des représentants d’ONG, des responsables de services techniques ministériels, des organisations de femmes et de jeunesse, des parlementaires et des représentants des médias, répond à la nécessité de substituer à une logique de projets épars une démarche coordonnée, alignée sur les politiques nationales de référence. Il a notamment cité le Plan de relance du secteur, le Plan national d’adaptation au changement climatique et la Contribution déterminée nationale (CDN), des cadres que les ONG doivent s’approprier pour en faire des boussoles opérationnelles.

Les participants ont pris d’assaut la salle tôt dans la matinée

Lucien Damiba a précisé la vision que WaterAid entend porter collectivement avec les autres acteurs du secteur. « Nous souhaitons avoir ce que nous appelons une plateforme de coordination et d’apprentissage », a-t-il déclaré, expliquant que cet outil aurait pour vocation de réunir les ONG autour de deux objectifs.

Il s’agit pour les organisations de s’accorder sur la meilleure manière d’accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de ses priorités, et d’identifier les zones d’intervention de chacun afin d’éviter les doublons, en cohérence avec les orientations rappelées par le ministère. Une ambition qui fait directement écho aux préoccupations de coordination exprimées par le Secrétaire général adjoint Yassia Kindo lors des travaux.

Lucien Damiba, directeur pays de WaterAid au Burkina Faso

L’État réaffirme l’eau comme priorité constitutionnelle

Prenant la parole, Yassia Kindo, secrétaire général adjoint du ministère en charge de l’eau, a apporté la caution politique de l’exécutif à cette initiative. Son intervention a d’emblée replacé l’enjeu EHA dans une perspective plus large que la seule atteinte des indicateurs de développement durable.

« Ce n’est pas une problématique parmi tant d’autres. C’est une question fondamentale qui conditionne l’accès à la souveraineté alimentaire, la résilience de nos producteurs et de nos éleveurs, et la compétitivité de notre économie dans son ensemble », a-t-il déclaré, rappelant que l’accès à l’eau pour tous est inscrit dans la Constitution burkinabè depuis 1991.

Vue partie des participants

Le secrétaire général adjoint a par ailleurs pointé la difficulté à capitaliser et coordonner les actions des ONG sur le terrain, dans les cartographies sectorielles et les dialogues de politiques. Pour y remédier, il a mandaté le secrétaire permanent de la Coordination des politiques sectorielles agricoles et de développement durable (SP/CPSAD), Rémy Palé, de réactiver publiquement le projet de plateforme numérique de suivi, restée en veille depuis quelque temps.

« Chaque ressource que nous investissons doit avoir un impact sur nos populations. Chaque franc doit être traçable. Chaque résultat doit être mesurable », a-t-il martelé.

Des objectifs chiffrés et un retard à combler d’ici 2030

« Quand nous regardons les niveaux en 2025, nous sommes toujours en retard par rapport aux objectifs », a reconnu Yassia Kindo, en référence aux cibles de l’ODD 6 portant sur l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici 2030.

Sur le plan opérationnel, il a indiqué que le gouvernement a engagé plusieurs réformes structurelles telles que le repositionnement de l’ONEA sur de nouvelles missions et le lancement d’un programme intensif de curage de barrages d’environ cent ouvrages par an jusqu’en 2030 pour augmenter les capacités de stockage. Il mentionné également que 4 700 adductions d’eau potable (AEP) sont programmées sur la même période.

Yassia Kindo, secrétaire général adjoint du ministère en charge de l’Eau

Dans le domaine de l’assainissement, la vision gouvernementale, à l’en croire, va au-delà de la simple réalisation d’infrastructures. « Quand vous rentrez dans les villes, ça doit être un espace embelli et sain », a illustré M. Kindo, évoquant la mise en place d’espaces verts.

« Faisons simple, faisons ce qui est visible et ce qui est profitable à nos populations », a-t-il résumé avant de reconnaître que l’Etat ne peut tout faire seul.

Fredo Bassolé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net