Dans le cadre des 96 heures de l’Isticien, Dr Cyriaque Paré, fondateur et directeur de publication du média en ligne Lefaso.net, a co-animé avec Félix Kambiré, un panel sur le thème « Métiers de l’information et de la communication : quelles compétences pour réussir dans un environnement en mutation ? ». Face aux étudiants, le Dr Paré a décortiqué les mutations des métiers de l’information et de la communication, passé en revue les compétences à avoir pour s’adapter et enfin prodigué des conseils pour mieux s’insérer professionnellement dans le secteur.

« Les métiers ne disparaissent pas forcément ; ils se transforment », a indiqué Dr Paré à l’entame de son intervention. Pour illustrer cela, il a indiqué que désormais, un étudiant basé à Ouagadougou peut gérer la communication digitale d’une entreprise à Abidjan, produire un podcast suivi à Dakar ou encore travailler à distance pour une organisation installée à Nairobi ou à Montréal. Selon lui, l’intelligence artificielle, les plateformes numériques et la mondialisation des échanges redéfinissent les pratiques professionnelles dans le secteur de l’information et de la communication. « La question n’est plus seulement de savoir quel métier choisir, mais plutôt quelles compétences développer pour rester pertinent demain », a-t-il souligné.

Pour lui, quatre grandes mutations sont observées dans le secteur de l’information et de la communication. La première concerne l’instantanéité de l’information. Avec les smartphones et les réseaux sociaux, l’information circule désormais en temps réel, parfois avant même d’être relayée par les médias professionnels. Dans ce contexte, le rôle du journaliste ne se limite plus à publier rapidement, mais surtout à vérifier, contextualiser et expliquer les faits.

La deuxième mutation évoquée est l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les pratiques professionnelles. Désormais, l’IA permet de rédiger des textes, produire des images, analyser des données ou encore créer des scripts vidéo. Toutefois, Dr Paré relève un détail important à ne pas négliger : l’intelligence artificielle ne peut remplacer ni le jugement, ni l’éthique, ni la créativité humaine.

La troisième mutation concerne la disparition progressive des frontières géographiques. En effet, grâce au numérique, les opportunités professionnelles deviennent mondiales et la concurrence aussi et il faut se préparer à l’affronter. Dernière mutation, le fait que les métiers deviennent de plus en plus hybrides et ce sont les profils polyvalents qui sont les plus recherchés. Dr Paré soutient qu’un journaliste ne peut plus se contenter d’être simplement journaliste. Il doit maîriser les datas, les vidéos, l’IA et les réseaux sociaux.

Les étudiants de l’ISTIC ont suivi avec attention la communication

Développer des compétences pour rester compétitif

Face à ces différentes mutations, il est plus que nécessaire de développer des compétences essentielles si l’on veut évoluer dans les métiers de l’information et de la communication. Il s’agit principalement, selon le Dr Paré, de maîtriser les compétences techniques qui sont la base du métier. À ce niveau, il indique qu’un bon communicant doit maîtriser la rédaction ; le storytelling ; la stratégie de communication ; les outils numériques ; la création de contenus multimédia. Quant au journaliste, il doit avoir une parfaite connaissance des techniques d’enquête, de vérification des faits, du montage audio et vidéo et de la narration numérique.

Autres compétences à avoir, celles numériques et l’IA. « Il ne faut pas avoir peur de l’IA. Il faut apprendre à travailler avec elle. Et les compétences utiles sont : le prompt engineering ; l’utilisation des IA génératives ; la création d’outils sur mesure ; l’analyse de données ; les outils collaboratifs », a fait savoir Dr Paré.

Au-delà de la technique, les compétences humaines restent très importantes pour affronter les mutations des métiers de l’information et de la communication. Communication interpersonnelle, créativité, esprit critique, leadership, travail d’équipe, intelligence émotionnelle sont considérés comme des atouts majeurs dans un environnement où les machines peuvent certes produire du contenu, mais pas remplacer l’empathie ou la compréhension humaine.

Autre compétence, l’éthique, présentée par Dr Paré comme une compétence professionnelle fondamentale qui va permettre de faire la différence entre les professionnels de l’information et de la communication et créateurs de contenus et les communicants amateurs. L’apprentissage continu constitue une compétence essentielle. « Ce que vous apprenez aujourd’hui changera demain. Les meilleurs professionnels sont ceux qui lisent régulièrement ; suivent des formations ; expérimentent et apprennent en continu », a souligné le Dr Paré.

Dr Cyriaque Paré s’est attardé sur les compétences à développer pour s’adapter aux mutations des métiers de l’information et de la communication

Avant de clore son intervention, il a prodigué des conseils aux futurs professionnels des métiers de l’information et de la communication afin qu’ils commencent dès maintenant à se préparer pour ne pas être dépassés par les différentes mutations. Il leur a recommandé de développer leur présence numérique, de construire un portfolio de ce qu’ils savent faire (vidéos, articles, podcasts), de faire des stages et projets professionnels et enfin de construire un réseau, et cela tout en restant dignes.

« L’avenir n’appartient ni aux machines, ni uniquement aux experts techniques. Il appartiendra aux femmes et aux hommes capables d’apprendre, de s’adapter, de créer, de collaborer et de rester profondément humains. Parce que dans les métiers de l’information et de la communication, la technologie peut amplifier notre travail, mais elle ne remplacera jamais notre intelligence, notre éthique et notre capacité à donner du sens », a-t-il dit pour conclure.

Armelle Ouédraogo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net