À 16 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Dr Frédéric Drabo, expert en technologies de l’information, spécialiste de la transformation digitale et directeur général de DIGITAL COGITO, dont le parcours, des grandes entreprises technologiques françaises à la Cour de justice de la CEDEAO, puis aux projets de modernisation de l’administration burkinabè, illustre une conviction : la technologie prend tout son sens lorsqu’elle transforme durablement le fonctionnement des institutions.

Un dossier judiciaire traverse plusieurs bureaux. Des documents sont échangés. Des audiences sont programmées. Des avocats doivent accéder aux informations. Des magistrats examinent les pièces. Des agents administratifs assurent le suivi. Pendant longtemps, une grande partie de ces opérations a reposé sur le papier, les déplacements physiques et des procédures manuelles.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une institution judiciaire décide de faire entrer l’ensemble de ce processus dans l’ère numérique ? Comment dématérialiser les dossiers sans compromettre leur confidentialité ? Comment former les utilisateurs ? Comment garantir la continuité des services ? Et surtout, comment faire en sorte que la technologie améliore réellement le fonctionnement de l’institution ?

Pendant douze ans, ces questions ont fait partie du quotidien professionnel de Frédéric Drabo à la Cour de justice de la CEDEAO. Elles constituent aujourd’hui l’un des fondements de son expertise en transformation digitale.

Des premières lignes de code aux systèmes d’information

Le parcours de Frédéric Drabo commence par une formation internationale. Après son baccalauréat scientifique obtenu en 2000, il poursuit des études aux États-Unis, notamment à Atlanta Tech ou il se forme à l’anglais académique et début un cursus en Systèmes d’information. Il poursuit ce parcourt au GwinnettTechnical College, où il se forme à la programmation Java,au développement informatique et obtient l’équivalent d’un Diplôme Universitaire de Technologie en Systèmes d’Information en 2005.

Il poursuit ensuite son cursus en France. En 2006, il obtient une licence en informatique à l’Université de Limoges, puis une maîtrise en méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises et un master en mathématiques, informatique et applications à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cette formation associe deux dimensions qui marqueront durablement sa carrière. D’un côté, la maîtrise des technologies informatiques. De l’autre, la compréhension des besoins de gestion des organisations. Car développer un logiciel ne consiste pas seulement à écrire du code. Il faut aussi comprendre le métier de ceux qui vont l’utiliser.

Chez Sagem, apprendre à développer pour l’industrie

En 2007, Frédéric Drabo rejoint Sagem Mobile, au sein du groupe Safran, comme développeur logiciel. Il participe à la conception de GESMAT, un outil destiné au suivi en temps réel des composants matériels pour l’équipe chargée des systèmes d’exploitation du département recherche et développement. Cette première expérience le confronte à un environnement industriel dans lequel les logiciels doivent répondre à des besoins opérationnels précis.

Un composant doit pouvoir être identifié. Son utilisation suivie. Les informations actualisées. Les équipes doivent disposer d’une vision fiable des ressources dont elles ont besoin. Dès ses débuts, Frédéric Drabo travaille donc sur un problème qui reviendra régulièrement dans son parcours : organiser l’information pour améliorer le fonctionnement d’une organisation.

Capgemini : découvrir les grands systèmes d’information

En 2008, il rejoint Capgemini, où il intervient d’abord dans les télécommunications. Il participe au projet Remus, lié au système d’information de la téléphonie mobile prépayée de Bouygues Telecom. L’année suivante, il intègre Capgemini Finance & Services et travaille comme consultant SAP sur le projet CHORUS, consacré à la digitalisation des processus de finances publiques en France. Son intervention concerne notamment le déploiement du système à la Trésorerie générale du Val-d’Oise.

Ces deux expériences lui permettent de découvrir des environnements informatiques de grande envergure. Dans les télécommunications, les systèmes doivent gérer des volumes importants d’opérations. Dans les finances publiques, ils doivent respecter des procédures particulièrement exigeantes. La technologie doit donc s’intégrer à des organisations complexes, où chaque changement peut concerner de nombreux utilisateurs. C’est une première rencontre avec les enjeux de transformation numérique à grande échelle.

2011 : rejoindre la Cour de justice de la CEDEAO

Après une expérience comme directeur des technologies de l’information au sein du groupe Excellor, Frédéric Drabo rejoint, en 2011, la Cour de justice de la CEDEAO, à Abuja, au Nigeria. Il y prend la tête de la division informatique. Il occupera cette fonction jusqu’en 2023. Douze années pendant lesquelles il supervise les programmes, projets et activités informatiques de cette institution judiciaire régionale.

Son périmètre de responsabilité est large. Gestion électronique des affaires judiciaires. Organisation des audiences en ligne. Intranet. Réseau local. Site Web officiel. Support technique. Formation des utilisateurs. Il ne s’agit plus simplement de développer une application ou d’administrer quelques équipements. Il faut piloter la transformation numérique d’une institution dont les activités concernent plusieurs États.

Quand la justice devient numérique

La dématérialisation des procédures judiciaires constitue l’une des expériences majeures de son parcours. À la Cour de justice de la CEDEAO, Frédéric Drabo supervise notamment la plateforme de gestion électronique des affaires judiciaires. Un tel système permet d’organiser les informations relatives aux dossiers, de faciliter leur suivi et de soutenir le travail des différents acteurs de la procédure.

Mais dans le domaine judiciaire, la transformation numérique comporte des exigences particulières. La confidentialité des informations. La traçabilité des opérations. La disponibilité des documents. La sécurité des accès. Et la capacité à conserver des informations fiables tout au long du traitement d’une affaire. Le défi est autant organisationnel que technologique. Il faut adapter les procédures, accompagner les utilisateurs et faire évoluer les pratiques professionnelles.

Les audiences en ligne : rapprocher la justice de ses utilisateurs

Parmi les systèmes dont il assure la supervision figure également la plateforme de gestion des audiences en ligne de la Cour. Cette dimension prend une importance particulière dans une institution régionale. Les magistrats, les avocats, les parties et les autres acteurs judiciaires peuvent être situés dans différents pays. Le numérique permet d’envisager de nouvelles formes d’organisation et de participation aux procédures.

Mais il impose également de nouvelles exigences. Qualité des communications. Disponibilité des systèmes. Protection des échanges. Assistance aux utilisateurs. Une audience numérique ne peut pas simplement dépendre d’une connexion Internet et d’un logiciel de visioconférence. Elle doit s’inscrire dans un dispositif institutionnel fiable. C’est cette articulation entre technologie et fonctionnement judiciaire que Frédéric Drabo apprend à maîtriser au fil des années.

Une thèse consacrée à la numérisation de la justice africaine

Cette expérience professionnelle devient également un objet de recherche. Frédéric Drabo poursuit un doctorat en technologie de l’information à l’Université Walden, aux États-Unis. Sa thèse, datée de 2021, porte sur la numérisation des procédures judiciaires dans les institutions judiciaires régionales et sous-régionales africaines.

Le sujet établit un lien direct entre son activité professionnelle et ses recherches universitaires. Comment les institutions judiciaires africaines peuvent-elles intégrer les technologies numériques dans leurs procédures ? Quels changements cela implique-t-il ? Comment accompagner les acteurs concernés ? La transformation digitale de la justice devient ainsi pour lui un domaine à la fois pratique et scientifique. Son parcours illustre une démarche dans laquelle l’expérience du terrain nourrit la réflexion académique, et inversement.

Du tribunal à la chaîne de valeur du lait

En 2023, Frédéric Drabo intervient également au Mali comme consultant international pour le Programme des Nations unies pour le développement. Sa mission porte sur la conception d’une plateforme numérique destinée à la chaîne de valeur du lait de l’Union des coopératives Translait. Le projet comprend une plateforme Web, une base de données, des applications mobiles, la documentation technique et la formation des utilisateurs. Il intègre également les exigences liées à la protection des données personnelles.

Le changement de secteur est considérable. Après les procédures judiciaires, voici les coopératives laitières. Mais la logique demeure similaire. Il faut comprendre comment une activité fonctionne. Identifier les informations nécessaires. Concevoir les outils adaptés. Former les personnes qui les utiliseront. Et veiller à la protection des données collectées. Cette expérience montre que les compétences en transformation numérique peuvent être mobilisées dans des environnements très différents, dès lors que la technologie répond à des besoins clairement identifiés.

2024 : DIGITAL COGITO, le choix de l’entrepreneuriat

Après ses années d’expérience internationale, Frédéric Drabo prend une nouvelle orientation. En 2024, il devient directeur général de DIGITAL COGITO, une société de services en ingénierie informatique. Il en dirige la stratégie et les opérations, supervise les équipes, développe les relations avec les clients et partenaires et accompagne l’innovation ainsi que la qualité des services. Cette nouvelle étape lui permet de mettre son expérience au service de différents projets de transformation digitale.

Il ne travaille plus uniquement au sein d’une grande institution. Il intervient désormais comme dirigeant d’une entreprise capable d’accompagner plusieurs organisations dans leur modernisation. Son parcours réunit alors trois dimensions complémentaires. La maîtrise technique acquise comme développeur et ingénieur. L’expérience institutionnelle construite pendant douze ans à la Cour de justice de la CEDEAO. Et la capacité entrepreneuriale nécessaire pour transformer cette expertise en services.

Contribuer à la réflexion sur le cadre juridique du numérique burkinabè

Entre 2024 et 2025, Frédéric Drabo intervient également comme consultant expert en technologies de l’information avec le cabinet DEMBS Associates. Il contribue aux travaux préparatoires d’un avant-projet de loi d’orientation du numérique au Burkina Faso. Sa mission comprend notamment la définition d’une feuille de route, l’identification de mesures d’atténuation des risques et la préparation de projets de décrets d’application.

Cette activité marque une nouvelle évolution. Après avoir développé des applications et accompagné la transformation des institutions, il participe désormais à la réflexion sur le cadre juridique et organisationnel du numérique. Car une transformation digitale durable ne repose pas uniquement sur les logiciels. Elle nécessite aussi des règles. Des responsabilités. Des procédures. Des garanties pour les utilisateurs. Et une vision capable d’orienter les investissements et les initiatives.

Moderniser la gestion documentaire de l’État

Entre 2025 et 2026, Frédéric Drabo intervient comme chef de mission et consultant principal de DIGITAL COGITO dans un projet d’appui à la refonte de deux plateformes du ministère chargé de la Transition digitale. La première concerne le Système intégré de gestion électronique des documents, le SIGED. La seconde porte sur e-Conseil des ministres, ou eCM.

Ces deux projets touchent au fonctionnement même de l’administration. La gestion électronique des documents permet d’organiser la production, la circulation, le classement et la conservation des informations administratives. Une plateforme dédiée au Conseil des ministres vise, quant à elle, à soutenir la préparation et le traitement numérique des dossiers associés à cette instance. Les enjeux sont particulièrement importants. Confidentialité. Traçabilité. Sécurité. Fiabilité des documents. Disponibilité de l’information. Mais aussi simplicité d’utilisation pour les agents et les responsables concernés. Le rôle de Frédéric Drabo s’inscrit ici dans la continuité de son expérience régionale : accompagner des institutions dont les procédures exigent rigueur, coordination et confiance.

La transformation digitale ne s’arrête pas à l’installation

Au fil de ses missions, Frédéric Drabo développe une expertise qui dépasse largement le seul domaine informatique. Gestion de projets. Planification stratégique. Gestion du changement. Gouvernance des systèmes d’information Technologies gouvernementales, ou GovTech. Il est notamment certifié PMP, PRINCE2 et ITIL, trois référentiels qui concernent respectivement la gestion des projets et celle des services informatiques.

Cette combinaison de compétences permet de comprendre sa conception de la transformation numérique. Un projet ne réussit pas uniquement parce qu’une plateforme a été livrée. Il doit aussi respecter ses objectifs. Répondre aux besoins des utilisateurs. S’intégrer dans les procédures existantes ou contribuer à les améliorer. Être maintenu. Évoluer. Et produire les résultats attendus. La technologie constitue donc un moyen. La transformation de l’organisation demeure la finalité.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’il a participé à de grands projets informatiques en France, notamment dans les télécommunications et la digitalisation des finances publiques.

Parce qu’il a consacré douze années à la modernisation des systèmes d’information de la Cour de justice de la CEDEAO, contribuant à la gestion électronique des affaires judiciaires, aux audiences en ligne et à l’accompagnement des utilisateurs.

Parce qu’il participe aujourd’hui, à travers DIGITAL COGITO, à des projets de modernisation de l’administration burkinabè, notamment autour de la gestion électronique des documents et du Conseil des ministres.

Parce qu’il a également contribué aux travaux préparatoires d’un avant-projet de loi d’orientation du numérique au Burkina Faso.

Et parce que son parcours rappelle une évidence parfois oubliée : numériser une institution ne signifie pas simplement remplacer le papier par un écran. C’est repenser la circulation de l’information. Adapter les procédures. Accompagner les utilisateurs. Sécuriser les échanges. Et créer les conditions d’un service plus efficace. De la Cour de justice de la CEDEAO aux projets de modernisation de l’État burkinabè, Frédéric Drabo poursuit ainsi un même objectif : faire du numérique un véritable instrument de transformation des institutions.

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Source: LeFaso.net