Le dossier opposant le ministère public à l’ancien ministre Wendkouni Joël Lionel Bilgo et à son co-prévenu Vincent de Paul Kaboré a de nouveau été appelé, ce lundi 5 octobre 2026, devant le pôle économique et financier (ECOFI) du Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso. Alors que l’affaire devait connaître une nouvelle étape dans son examen, une difficulté d’ordre procédural a conduit le tribunal à renvoyer une nouvelle fois le dossier.

Au cœur des débats, l’appel introduit par la défense contre la décision de la chambre correctionnelle du TGI de Bobo-Dioulasso de se dessaisir du dossier au profit du pôle ECOFI. Cette décision, rendue le 18 septembre dernier, était intervenue après l’apparition, à l’issue d’enquêtes complémentaires, d’une nouvelle qualification de blanchiment de capitaux.

Initialement, Lionel Bilgo et Vincent de Paul Kaboré sont poursuivis pour des faits liés à l’« exercice illégal d’activités de promotion foncière » et à la « publicité d’activités de promotion immobilière sans autorisation préalable ». L’apparition du volet relatif au blanchiment de capitaux avait conduit le TGI à orienter le dossier vers le pôle spécialisé ECOFI. Mais la décision de dessaisissement fait l’objet d’un appel de la part de la défense. Or, au moment où le dossier relatif au blanchiment de capitaux est examiné par l’ECOFI, la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso ne s’est pas encore prononcée sur cet appel.

Cette situation crée une difficulté procédurale. La décision de la Cour d’appel pourrait avoir une incidence sur la manière dont les différents volets de l’affaire doivent être traités. Lors de l’audience précédente, cette question avait déjà été soulevée par la défense, qui distinguait le dossier relatif aux infractions foncières de celui concernant le blanchiment de capitaux. Dans ce contexte, le pôle ECOFI a décidé de ne pas aller immédiatement au jugement du volet qui lui est soumis. Le tribunal a ainsi décidé le renvoi de l’affaire au 19 octobre 2026, dans l’espoir que la Cour d’appel ait, d’ici là, rendu sa décision sur l’appel formé contre le dessaisissement.

L’agent judiciaire attendu à l’audience

Un autre élément a également pesé dans la décision de renvoi. La nécessité de permettre la présence de l’agent judiciaire de l’État afin qu’il puisse prendre part à la procédure et défendre les intérêts de l’État dans le dossier. Le renvoi apparaît ainsi comme une mesure destinée à permettre au tribunal de disposer de l’ensemble des éléments procéduraux nécessaires avant de poursuivre l’examen de l’affaire. Il ne s’agit donc pas d’une décision sur le fond du dossier. À ce stade, le pôle ECOFI n’a ni établi la culpabilité ni prononcé la relaxe des prévenus. Le renvoi vise à attendre l’évolution de la procédure devant la Cour d’appel et à réunir les conditions nécessaires à la poursuite des débats.

L’affaire Lionel Bilgo connaît ainsi une succession de développements judiciaires depuis sa première audience. Le 18 septembre 2026, le TGI de Bobo-Dioulasso s’était dessaisi au profit du pôle ECOFI, en raison notamment de l’apparition du volet relatif au blanchiment de capitaux.

Le 21 septembre, le pôle ECOFI avait rejeté l’exception de nullité soulevée contre le second mandat de dépôt ainsi que la demande de liberté provisoire formulée par la défense. Le dossier avait alors été renvoyé au 5 octobre. Avec le nouveau renvoi décidé ce lundi, le dossier reste donc suspendu à deux évolutions : la décision de la Cour d’appel sur l’appel contre le dessaisissement et la présence de l’agent judiciaire de l’État à la prochaine audience.

En attendant, aucune décision n’est encore intervenue sur le fond du volet relatif au blanchiment de capitaux. La prochaine audience, fixée au 19 octobre 2026, devra permettre de déterminer la suite à donner à cette procédure, à la lumière de la décision de la juridiction d’appel.

Romuald Dofini

Lefaso.net

Source: LeFaso.net