Gestion de la crise sécuritaire, réfugiés (déplacés) internes, mouvement d’humeur de la Police nationale et « politisation » du FESPACO et du 8 Mars. Ce sont là, les points inscrits à l’ordre du jour de la conférence de presse hebdomadaire du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) du mardi 5 mars 2019. Pour cette semaine, c’est le président de l’ADF/RDA, Gilbert Noël Ouédraogo, et le quatrième vice-président de l’UPC, Amadou Diemdioda Dicko, qui ont passé au peigne fin ces points sus-énumérés.

Les conférenciers ont réitéré les félicitations et les encouragements du CFOP-BF aux Forces de défense et de sécurité pour les efforts déployés dans la lutte contre le terrorisme et les avancées enregistrées en la matière ces derniers temps. Sur un tout autre volet, l’opposition est revenue sur les propos du président du Faso, Roch Kaboré, tenus en marge de son séjour à Berlin lors de son interview accordée le 21 février dernier à la Deutsche Welle et au cours de laquelle, il confiait avoir reçu à Kosyam (palais présidentiel) des leaders terroristes. Evoqué à la dernière sortie, le sujet est revenu sur la table cette semaine, à travers certains de ses aspects.

« A plusieurs reprises, le président Roch Kaboré n’a cessé d’inviter ses concitoyens à collaborer avec les Forces de défense et de sécurité pour faire remonter toute information permettant de prendre des dispositions dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. (…). Nous pouvons dire que cet appel a été entendu. Des citoyens ont même été assassinés sous prétexte qu’ils auraient fourni des informations permettant de lutter contre le terrorisme. Aujourd’hui, c’est au premier citoyen du Burkina Faso de collaborer pour que l’on mette la main sur des terroristes. En effet, puisque des terroristes ont séjourné quelque part au Burkina Faso, qu’ils ont ensuite été reçus avec honneur à Kosyam, et qu’ils sont repartis paisiblement comme ils étaient venus, l’opposition estime que le citoyen Roch Marc Christian Kaboré, par ailleurs président du Faso, détient de précieuses informations sur ces terroristes. Tous ceux qui formulent des demandes d’audience à Kosyam fournissent des détails sur leur identité (noms, prénoms, contacts téléphoniques, lieux de résidence, objet de la visite, etc.). Ils sont peut-être filmés par des caméras de surveillance. Nous basant sur tout cela, nous disons que le président Roch Marc Christian Kaboré, qui a commis la grave erreur de s’asseoir avec des responsables terroristes et de les laisser repartir, peut se rattraper. Il doit faire publier la liste nominative de ces leaders terroristes, avec leur photo à l’appui (ou à défaut, des portraits-robots) afin que n’importe quel Burkinabè ou ami du Burkina qui aurait des informations sur eux, puisse saisir les Forces de défense et de sécurité ou l’Agence nationale de renseignements. Nous encourageons le président du Faso à ne pas protéger les terroristes qui endeuillent le Burkina Faso, mais plutôt à livrer leur identité au peuple burkinabè dans les meilleurs délais. Enfin, que la Justice, dans le cadre d’une enquête sur les graves crimes commis au Burkina Faso par les terroristes, veuille bien entendre l’actuel président du Faso comme témoin détenant des preuves importantes. Dans certains pays, le président du Faso aurait été mis en accusation pour haute trahison, pour avoir accueilli ou rencontré les ennemis de la nation en temps de guerre », a scruté le président de l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA), Gilbert Noël Ouédraogo.


Gilbert Noël Ouédraogo (au micro) et Amadou Diemdioda Dicko

Il a également relevé que la dégradation de la situation sécuritaire a entraîné un vaste mouvement de populations des zones les plus touchées (1, 2 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire, selon les Nations-Unies). « Des populations ont fui l’insécurité, laissant leurs champs et d’autres biens précieux. Elles se sont concentrées dans les centres urbains. Or, dans trois mois démarre la campagne agricole. Il y a donc des risques de famine, de conflits fonciers (besoin de terres cultivables, besoin de pâturage, risques d’affrontements entre éleveurs et agriculteurs) et des risques d’émergence de fléaux urbains que le gouvernement doit prévenir », a averti M. Ouédraogo dans la déclaration liminaire.

L’opposition pense que la meilleure action consiste donc à restaurer l’Etat et sa force publique dans les zones attaquées, renforcer la résilience des populations et les ramener sur leurs terres. Pour accompagner tout ce processus, le CFOP-BF propose au gouvernement de lancer une campagne nationale de solidarité à l’endroit des refugiés internes. Les conférenciers reviennent sur des préocupations des déplacements liées entre autres aux troupeaux.

“On ne connaît pas exactement aujourd’hui le nombre de troupeaux conduits au Mali, et tous les jours que Dieu fait, il y a des animaux qui partent. Donc, il y a des gens qui, aujourd’hui, ont été du coup appauvris. A titre d’exemple, le dernier en date, ce sont les 300 boeufs d’un député qui viennent de rejoindre la frontière. Il y a donc beaucoup de gens qui sont là aujourd’hui autour de nous et qui ne se retrouvent plus ; l’éleveur, quand vous lui enlevez ses animaux, il devient fou, il ne vous comprend plus ; parce que, ce n’est même pas le plus souvent le fait même de vivre de l’animal, c’est l’amitié qui existe entre la bête et son propriétaire. Pour lui, il a perdu un compagnon”, illustre le quatrième vice-président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), Amadaou Diemdioda Dicko, ressortissant de la région du sahel. Celui-ci décrit dans des détails, la misère que traversent les réfugiés et les risques qu’ils encourent (et qu’encourt le pays), si une solidairtité nationale efficiente et efficace n’est pas mise en place et une prise en charge conséquente en besoins de premières nécessités assurée.

« L’autre préoccupation de l’opposition, c’est l’interruption du cursus scolaire de 150 000 élèves des zones attaquées. Dans un trimestre, débutent les examens scolaires. L’opposition politique encourage le gouvernement à tout mettre en œuvre pour éviter une année blanche à ces élèves. Tout doit être également mis en oeuvre pour que ces 150 000 élèves ne soient pas une génération sacrifiée sur l’autel du terrorisme” , alertent les conférenciers.

Le CFOP-BF dit halte à la « politisation » des évènements nationaux

La sortie de l’opposition a aussi porté sur le mouvement d’humeur de la police nationale, enclenchée lundi 4 mars 2019. L’opposition, qui dit exprimer son inquiétude face à la situation, juge « nobles et légitimes » les revendications des policiers (qui se résument à de meilleures conditions de vie et de travail).

« Dans ce contexte sécuritaire grave, c’est déplorable que le gouvernement ait laissé la situation pourrir », dénonce l’opposition. Elle appelle ici le Premier ministre, Christophe Dabiré, à vite échanger avec les représentants des policiers, et autoriser son gouvernement à donner les moyens et le matériel nécessaires à ces policiers (de même qu’à l’ensemble des Forces de défense et de sécurité) pour l’accomplissement de leur mission de protection des citoyens et de leurs biens.


Les conférenciers se sont également attardés sur ce qu’ils ont qualifié de « politisation » du FESPACO et du 8-mars. « Lors du cinquantenaire du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le MPP nous a donné de voir une scène à la fois triste et ridicule. En effet, le parti au pouvoir a tenté de récupérer le FESPACO par divers moyens de propagande : port de T-shirt à l’effigie de Roch Kaboré, gadgets, slogans et autres. C’est une honte pour notre pays, dans la mesure où ces actes ont été posés en présence de chefs d’Etat de pays amis, de vedettes du cinéma et de plusieurs centaines de festivaliers venus des quatre coins du monde. Nous sommes dans une situation où le pays a besoin des mains unies de ses enfants. Mais, ce qui intéresse le MPP, c’est la réélection de son candidat en 2020, quels que soient les moyens », illustrent les conférenciers.

Gilbert Noël Ouédraogo et son co-conférencier ont, dans la lancée, dénoncé une tentative de récupération du 8 Mars (2019, ndlr) par le MPP. Selon leur explication, le pagne du 8 Mars 2019 est de couleur orange (couleur officielle du MPP), sans aucune référence aux couleurs nationales du Burkina. La seule explication, c’est que le MPP veut faire de la propagande à travers la Journée internationale de la femme, soutient l’opposition pour qui, le MPP n’est d’ailleurs pas à son premier forfait.

« On se rappelle que lors de la pré-campagne de 2015, malgré l’interdiction de distribuer des gadgets, le MPP avait fait preuve d’incivisme en habillant ses militants de T-shirts couleur orange », brandissent les conférenciers. Le CFOP-BF demande donc aux dirigeants de faire la part des choses, entre l’Etat et les partis, de sorte à ne pas prendre en otage les institutions.

O.L

Lefaso.net

Source: LeFaso.net