On en parle peu, mais les salons de coiffure pour hommes sont très fréquentés à Ouagadougou. La tondeuse, l’outil qui permet de débarrasser la pilosité de la tête, est clé dans ces lieux. Mais au-delà du bourdonnement de ces machines qui se fait entendre, leur utilisation requiert un soin et une attention particulière pour éviter les risques sanitaires de tous genres.

Assis sur une chaise pivotante, un jeune client baisse légèrement la tête tandis que le coiffeur ajuste la machine le long de sa nuque. Ici, les gestes sont à la fois rapides et maîtrisés. Pourtant, à chaque passage de la lame de la tondeuse sur la peau, il pourrait y avoir des risques. Dans les salons de coiffure pour hommes et les barbershops de Ouagadougou, la tondeuse est l’outil central du métier et un potentiel vecteur de risques lorsque l’hygiène n’est pas rigoureusement respectée.

À Karpala, Magloire Badolo exerce le métier de coiffeur depuis 2012. Propriétaire de son salon, il parle de la coiffure avec passion. « La coiffure, c’est un métier qui nourrit bien son homme. Je l’adore. C’est un métier qu’il faut pratiquer avec amour », explique-t-il, tout en continuant de travailler sur la tête d’un client. Pour lui, la tondeuse est au cœur de cette activité. Elle permet de répondre à la majorité des demandes, des coupes simples aux styles plus élaborés, en passant par les contours précis de la barbe et de la nuque. Magloire confie avoir ses préférences en matière de matériel. Il affectionne particulièrement certaines marques de tondeuses, comme celles rechargeables. Il indique que celles-ci s’adaptent aux réalités du terrain, notamment aux coupures d’électricité fréquentes.

« Il y en a que tu peux charger et débrancher pour travailler », précise-t-il. Dans un salon où les clients se succèdent parfois sans répit, la fiabilité de la tondeuse est essentielle. Mais au-delà de la performance technique, Magloire insiste sur la dimension humaine du métier pour être plus professionnel. Accueillir le client, l’écouter, comprendre ses attentes et parfois même lui proposer une coupe adaptée à la forme de son visage font partie intégrante du travail. « Quand les clients arrivent, il faut savoir les accueillir, leur demander quel genre de coupe ils veulent. Selon leur tête, tu peux leur proposer la coiffure », explique-t-il. Cette relation de confiance, toutefois, ne se limite pas au style mais elle englobe aussi la question de l’hygiène, assure le coiffeur.

Selon Magloire Badolo, c’est l’ensemble du matériel de coiffure qui doit être constamment désinfecté, même les sièges

Des pratiques diverses

Le constat fait dans les salons est que les pratiques liées à l’utilisation des tondeuses varient considérablement. Certains clients utilisent systématiquement le matériel du salon, tandis que d’autres préfèrent venir avec leurs propres tondeuses. Une habitude de plus en plus répandue, motivée par des préoccupations sanitaires. « Il y a des clients qui viennent avec leurs tondeuses », nous fait savoir Magloire. D’autres vont jusqu’à acheter une tondeuse qu’ils laissent au salon qu’il utilise uniquement pour eux. Qu’il s’agisse de la tondeuse du client ou de celle du salon, le prix de la coupe reste le même, selon lui. Pour ces clients, l’enjeu n’est pas financier, mais sanitaire. « Celui qui vient avec sa tondeuse, c’est par rapport à sa propre santé. Il ne veut pas que tout le monde utilise la même tondeuse que lui », souligne le coiffeur. Magloire encourage d’ailleurs cette pratique, qu’il considère comme une mesure de prévention efficace. Mais il rappelle que la tondeuse n’est pas le seul élément à surveiller.

Dans de nombreux salons, le tissu ou la cape utilisée pour couvrir les clients est souvent négligée mais vectrice de microbes ou de virus. Il arrive qu’un même tissu serve à plusieurs personnes sans être lavé entre deux utilisations. Une pratique que Magloire déconseille fermement. « La majorité des coiffeurs n’ont pas assez de tissus. Ils utilisent le même pour couvrir trois ou quatre clients sans le laver », déplore-t-il. Pour lui, chaque client devrait idéalement disposer de son propre tissu. Contrairement à la tondeuse, qui peut être désinfectée sur place, le tissu ne peut pas être lavé immédiatement. Or, il est en contact direct avec la nuque, le cou et parfois le visage, des zones sensibles où apparaissent fréquemment des irritations ou des boutons. « Beaucoup de clients se plaignent après la coiffure. Ils sentent de petits boutons au niveau de la nuque. Généralement, ça vient d’autres clients », explique-t-il.

Dans un autre salon de coiffure aux 1200 logements, Jean, coiffeur, assure que l’hygiène de leur tondeuse est une priorité. Selon Jean, qui affirme être dans le domaine depuis une dizaine d’années, à la moindre maladresse, les conséquences sont lourdes, donc ils ne peuvent pas se permettre d’erreur. « Les clients même sont très exigeants et veulent voir quand on désinfecte avant de commencer. »

Des usagers de plus en plus vigilants

Face à ces risques, les usagers de salons développent leurs propres stratégies de protection. Souleymane, par exemple, fait partie de ceux qui ne se rendent plus au salon sans leurs tondeuses personnelles. « J’ai acheté une tondeuse pour des questions d’hygiène surtout, et éviter des infections cutanées », confie-t-il. Depuis plus de trois ans, il l’utilise à une fréquence de deux fois par mois. Il nettoie lui-même les lames avec un chiffon et de l’alcool à 90 degrés, s’appuyant sur des tutoriels trouvés sur les réseaux sociaux. Il affirme n’avoir jamais connu d’irritation ou d’incident après une séance de coiffure, mais reste conscient des risques. « Les risques existent, surtout quand les équipements ne sont pas bien nettoyés. Il peut y avoir des infections cutanées, et même le VIH si le matériel n’est jamais désinfecté », souligne-t-il, tout en regrettant n’avoir jamais reçu de conseils directs de professionnels de la coiffure.

Mohammed quant à lui adopte une approche différente. Bien qu’il possède une tondeuse personnelle, il est parfois contraint d’utiliser celle du salon, la sienne étant filaire alors que beaucoup de salons privilégient désormais les modèles sans fil. Pour lui, l’essentiel est d’observer. « Avant d’aller dans un salon, j’observe d’abord l’intérieur et je discute un peu avec le coiffeur », spécifie-t-il.

Cheveux entassés au sol, matériel mal rangé ou absence de nettoyage sont autant de signaux d’alerte qui le dissuadent de revenir. Son exigence s’est renforcée après une expérience marquante. Un jour, alors qu’il s’apprêtait à se faire coiffer, le coiffeur a simplement retourné la lame utilisée sur le client précédent pour l’utiliser sur lui. « J’ai été choqué », raconte Mohammed. Malgré les tentatives de justification du coiffeur, il a quitté le salon sans se faire coiffer. Depuis, il redouble de vigilance, quitte à éviter certaines zones sensibles comme la nuque ou la barbe.

Désinfecter selon les règles de l’art

Selon le Dr Patrice Tapsoba, dermatologue au CHU-Yalgado-Ouédraogo, les risques liés à l’utilisation de tondeuses mal entretenues sont multiples. « Une lame émoussée peut entraîner des microcoupures lors du rasage. Cela constitue une porte d’entrée pour divers microorganismes », informe-t-il. Les infections bactériennes sont les plus courantes. Impétigo, folliculites, furoncles ou érysipèle figurent parmi les pathologies fréquemment observées. Les infections mycosiques, comme la teigne du cuir chevelu chez l’enfant ou le sycosis de la barbe chez l’adulte, sont également liées à l’usage de matériel contaminé.

Le Dr Tapsoba préconise l’utilisation d’eau de Javel diluée à 0,5 %, obtenue en mélangeant un volume d’eau de Javel concentrée à 8° chlorométriques avec quatre volumes d’eau

Sur le plan viral, les risques incluent les verrues, le molluscum contagiosum, et, dans des conditions extrêmes, des infections plus graves comme le VIH ou les hépatites B et C. Le dermatologue précise que, pour ces dernières, il est souvent difficile d’établir un lien direct, car les symptômes apparaissent tardivement. Toutefois, « le lien entre l’utilisation de matériel souillé par le sang et ces maladies demeure avéré ».

Pour limiter ces risques, le Dr Tapsoba recommande des protocoles précis de désinfection. Il préconise l’utilisation d’eau de Javel diluée à 0,5 %, obtenue en mélangeant un volume d’eau de Javel concentrée à 8° chlorométriques avec quatre volumes d’eau. Cette solution doit être préparée quotidiennement, conservée dans un récipient opaque à l’abri de la lumière, puis jetée en fin de journée. Les instruments doivent y être plongés pendant cinq minutes. Pour les éléments non immergeables, un essuyage avec une éponge imbibée de la solution est conseillé. Il insiste également sur la qualité des produits utilisés. Certaines eaux de Javel disponibles sur le marché sont inefficaces. Les produits issus de fabricants professionnels sont à privilégier.

Au fil des observations et des témoignages, l’hygiène dans les salons de coiffure en général repose sur une responsabilité partagée. Les coiffeurs ou coiffeuses, en première ligne, doivent intégrer la désinfection du matériel et le lavage des mains comme des gestes systématiques, au même titre que la coupe elle-même. Les clients, de leur côté, gagnent à être attentifs, à poser des questions, à observer et, si nécessaire, à exiger certaines pratiques.

Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net