Née le 6 octobre 1958 à Bobo-Dioulasso, Marie Madeleine Kaboré œuvre depuis plus de 40 ans dans la lutte pour les droits des personnes handicapées, en particulier des femmes aveugles, au Burkina Faso et au-delà. Institutrice de formation, sociologue et militante par nécessité, elle a fait de son propre parcours de vie un levier d’émancipation collective.

Issue d’un cursus scolaire classique entamé dès la petite enfance à Bobo-Dioulasso, elle franchit avec succès les étapes du primaire et du secondaire jusqu’en classe de terminale. À 19 ans, alors qu’elle est à quelques mois du baccalauréat, sa vie bascule. Elle perd brutalement la vue à la suite d’un mal de tête.

« Quand j’ai perdu la vue, on m’a évacuée en France pour que je subisse une intervention. La première fois qu’on m’a dit que j’étais une fille aveugle, c’était à l’aéroport de Paris, quand je revenais de l’hôpital. Ils ont dit, faites attention à elle, c’est une fille aveugle. Lorsque j’ai entendu cela, j’avais l’impression que la terre me tombait sur la tête. Au début, on fait le deuil de la société réellement. Cela n’a pas été facile. Mais après, j’ai pu supporter, pour me battre. Sinon, si j’avais baissé les bras, je n’allais pas pouvoir aider les autres femmes, n’en parlons pas des autres personnes handicapées à accepter leur handicap. Le plus dur pour moi à l’époque a été le fait que je ne pouvais pas passer l’examen du baccalauréat. Mais heureusement pour moi, mes parents m’ont beaucoup soutenue ainsi que les sœurs religieuses de Bobo », a indiqué dame Kaboré.

Faute de structures adaptées au Burkina Faso à l’époque, elle est initiée à l’écriture braille et à la mobilité dès 1979 grâce à l’engagement de religieuses et au soutien de l’action sociale. Déterminée à poursuivre ses études malgré les obstacles, elle se heurte au manque de structure adaptée pour passer le baccalauréat au Burkina. C’est finalement en Côte d’Ivoire, avec l’appui de partenaires, qu’elle reprend la classe de terminale D et obtient son baccalauréat en 1988.

« J’ai fait le baccalauréat en 1979. Après, comme il n’y avait pas de structure au Burkina, ils ont fait des demandes au Mali mais le Mali n’avait pas accepté. Et ce n’est que la Côte d’Ivoire qui avait accepté pour que j’aille passer l’examen. On m’a même fait sortir dans les médias pour dire qu’une jeune fille burkinabè a quitté son pays natal pour venir passer le bac en Côte d’Ivoire. Heureusement pour moi, nous étions deux à faire le bac D et j’ai eu la chance de réussir du premier coup. Celui qui était de la Côte d’Ivoire a malheureusement échoué », a-t-elle déclaré.

Sa soif de savoir la conduit ensuite au Mali, où elle intègre l’Institut pédagogique d’enseignement général. Elle y sort major de promotion et obtient son diplôme d’enseignante. De retour au Burkina Faso en 1995, elle débute à l’École des jeunes aveugles de l’Union nationale des associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM), où elle enseigne la classe de réadaptation, destinée aux personnes devenues aveugles tardivement.

Parallèlement à son engagement pédagogique, Marie Madeleine Kaboré s’impose comme une actrice du mouvement associatif.

Présidente du Comité des femmes aveugles de l’UN-ABPAM depuis 1995, elle fonde en 1989 l’Association des aveugles de Bobo-Dioulasso « Espérance ». En 2003, face à la marginalisation persistante des femmes handicapées dans les structures mixtes, elle crée l’Union nationale des associations de femmes handicapées du Burkina Faso. Une initiative qui permettra à des milliers de femmes de s’organiser, de mener des activités génératrices de revenus, de sortir de la mendicité et de revendiquer leurs droits.

« Les femmes à cette époque étaient au second plan. Elles avaient honte devant les hommes et elles n’arrivaient pas à élever leurs voix. Et les hommes aussi les mettaient en arrière. Cette situation faisait que les femmes n’arrivaient pas même à mener des activités génératrices ce qui fait que beaucoup se sont données à la mandicite pour survivre. Mais avec la création de l’Union, on a pu les sensibiliser, leur permettre de se regrouper en association, de mener leurs activités socio-économiques. Grâce à l’union, les femmes se sont regroupées presque dans toutes les régions en association pour mener des activités génératrices, recevoir des formations afin de pouvoir élever leurs voix et s’exprimer », a confié Marie Madeleine.

Son combat dépasse les frontières nationales. Membre fondatrice du Comité des femmes de l’Union africaine des aveugles, elle a représenté les femmes aveugles de l’Afrique de l’Ouest francophone et participé à de nombreuses assemblées et formations internationales en Afrique, en Europe, en Amérique et en Australie. Elle a œuvré sans relâche pour rapprocher les mouvements anglophones et francophones, convaincue que l’unité est une force.

Titulaire d’une licence en sociologie obtenue à l’Université de Ouagadougou, formée en genre et développement, droits humains, finances publiques, santé de la reproduction et recherche de financements, Marie Madeleine Kaboré a également coordonné le programme d’éducation inclusive de l’UN-ABPAM de 2012 à 2014. Cette action a permis de scolariser des dizaines d’enfants handicapés visuels jusque-là cachés par leurs familles.

Veuve et mère de deux enfants, aujourd’hui enseignante à la retraite, elle continue de porter la voix des personnes handicapées. Son message pour les personnes vivant avec un handicap reste le même ; ne pas baisser les bras. À la société burkinabè, elle appelle à une acceptation pleine et entière des personnes handicapées comme des citoyens à part entière. À celles et ceux qui perdent la vue, elle rappelle que la dignité, la connaissance et le combat peuvent transformer l’épreuve en force.

Hanifa Koussoubé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net