Dans les marchés de Kalgondin et de Patte d’Oie, à Ouagadougou, les étals de charbon se font de plus en plus rares. Depuis le mois de novembre, la pénurie de charbon de bois conjuguée à une hausse vertigineuse des prix met à rude épreuve des vendeuses et des ménages déjà fragilisés par la vie chère et la pénurie de gaz domestique.

Vendeuse de charbon depuis cinq ans au marché de Kalgondin, Alimata Drabo vit aujourd’hui une situation qu’elle qualifie de « très difficile ». Avant, le sac de charbon de 100 kg s’achetait entre 4 250 et 5 500 francs CFA. « Actuellement, le prix varie entre 9 750 et 11 000 francs CFA. Et si tu ne connais pas quelqu’un, tu ne peux même pas avoir du charbon », confie-t-elle.

Le charbon contenu dans le sceau est à 500 francs CFA

Face à cette situation, la vendeuse de charbon explique être contrainte de réduire la quantité de charbon vendue pour 100 francs CFA afin de limiter les pertes. « Moi, je continue de vendre à 100 francs CFA, mais beaucoup ont augmenté à 200 francs. Malgré ça, on vend souvent à perte », déplore-t-elle. Certains jours, elle n’a même rien à proposer à ses clients. « J’ai passé des jours sans avoir de quoi vendre. Ce n’est que le samedi que j’ai pu avoir quelques sacs », raconte-t-elle.

Le charbon de chaque boîte à 200 francs CFA

Mère de six enfants, Alimata dit n’avoir aucune autre source de revenus. « Si je ne vends pas, je ne peux pas nourrir mes enfants. Mon mari ne s’en sort vraiment pas », ajoute-t-elle. Elle évoque même une perte récente sur un sac de charbon : « Quand j’ai fini de vendre, il manquait 750 francs. Donc sur le sac, j’ai perdu environ 750 francs CFA. »

Alimata Drabo, vendeuse de charbon

La situation est similaire au marché du 15, à la Patte d’Oie, où Salimata Ouédraogo, également vendeuse de charbon, assure être restée inactive durant tout le mois de décembre. « Je n’ai pas vendu pendant les fêtes. Il n’y avait pas de charbon. J’étais à la maison », témoigne-t-elle. Selon elle, plusieurs raisons expliquent cette pénurie. « Les grossistes disent que l’insécurité fait que les populations rurales ne peuvent plus aller en brousse. Il y a aussi les Eaux et forêts qui interdisent la coupe des arbres. Tout cela fait que le charbon devient de plus en plus difficile à avoir », explique Salimata. Quand elle parvient à s’approvisionner, les prix restent élevés. « J’ai acheté chaque sac à 10 000 francs CFA. Pour faire un bénéfice, je suis obligée de réduire la quantité de ce que je vends, comme les autres vendeuses », précise-t-elle. Face aux plaintes des clients, elle se défend : « Les ménages se plaignent, mais ce n’est pas de notre faute. Si on n’augmente pas, on vend à perte. »

Salimata Ouédraogo, vendeuse de charbon

Cette flambée du charbon pèse lourdement sur les ménages. Bibata Ouédraogo, cliente régulière d’Alimata Drabo, explique dépenser désormais 800 francs CFA par jour uniquement pour le charbon. « Mon mari me donne 1 500 francs CFA par jour pour la popote. Depuis décembre, j’achète pour 800 francs de charbon chaque jour », confie-t-elle. Une situation qu’elle juge intenable, d’autant plus que le gaz domestique est quasiment introuvable. « On sillonne les points de vente et de recharge, mais zéro. Il n’y a pas de gaz. Nous sommes obligées d’acheter du charbon cher pour cuisiner », regrette-t-elle. En cette période d’harmattan, les dépenses augmentent encore. « Il faut chauffer l’eau pour les enfants et pour soi-même. C’est vraiment difficile à supporter », ajoute-t-elle.

Bibata Ouédraogo, cliente de Alimata Drabo

Même constat chez Rokiatou Sawadogo, une autre cliente rencontrée au marché de Kalgondin. « Je viens d’acheter du charbon pour 500 francs CFA, mais ça ne va pas suffire. Le soir, je vais encore en acheter », explique-t-elle. Selon elle, le gaz reste la solution la plus pratique, mais son indisponibilité complique le quotidien. « Il faut souffrir pour avoir le gaz. L’argent de popote n’augmente pas, mais les dépenses augmentent », s’inquiète-t-elle.

Dans des marchés de Ouagadougou, vendeuses et clientes partagent ainsi la même inquiétude : comment continuer à subvenir aux besoins des familles si la pénurie de charbon et de gaz persiste, alors que les prix ne cessent de grimper ?

Rama Diallo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net