La scène politique internationale a été dominée en 2025 par l’actualité américaine, marquée par la première année de retour de Donald Trump à la Maison-Blanche (élu le 5 novembre 2024, il prête serment le 20 janvier 2025. Au plan national américain, l’an I du retour de Trump à la tête des USA a également été bien agité : plus de 200 décrets signés, suppression de 200 000 postes fédéraux, élévation des droits de douane (jamais égalée depuis 1930, dit-on), contrôle sans précédent de l’administration américaine sur l’éducation… puis diminution considérable de l’aide humanitaire internationale. L’année 2026 commence comme celle écoulée, avec l’intervention militaire américaine au Venezuela, suivie de l’arrestation et l’exfiltration du président vénézuélien Nicolas Maduro et de sa femme. Ce qu’il convient d’appeler « révolution Trump » est en marche…

Les USA n’ont jamais aussi bien incarné, pour une certaine opinion, leur appellation de « gendarme du monde » que sous leur 47ᵉ président, Donald Trump. C’est avec la formule « America First », c’est-à-dire « l’Amérique d’abord, priorité aux Américains et à leurs intérêts américains », que l’homme d’affaires et milliardaire est arrivé pour la première fois, en janvier 2017, en tant que 45ᵉ président des USA (janvier 2017-janvier 2021). Le président américain va cependant, selon des analystes, faire suivre moins d’actes dans ce sens, quand bien même il « a marqué la politique américaine par son style de gouvernance inhabituel et sa propension à créer la polémique, autant sur le plan national qu’international ».

L’élection marquant la fin de ce mandat, à laquelle il s’est également porté candidat pour se succéder à lui-même, prend un tournant surprenant… En effet, déclaré perdant face au candidat Joe Biden, le candidat sortant Donald Trump rejette le résultat des suffrages, aidé dans cette conduite par ses partisans. La situation tourne au vinaigre avec l’assaut du Capitole des États-Unis, début janvier 2021.

C’est avec les casseroles de ce premier mandat, et après la parenthèse Joe Biden, que Donald Trump retrouve la Maison-Blanche, en battant son challenger Hillary Clinton, qui avait pourtant la faveur des pronostics.

M. Trump rempile donc en qualité de 47ᵉ président des USA. Cette fois-ci, l’homme semble prendre l’allure de l’idéal « America First ». Et peut-être, outrepassement ! « Donald Trump appartient à la catégorie de dirigeants qui ne sont pas issus du champ classique de la politique ; il n’est pas un entrepreneur politique. Il est venu avec des idées révolutionnaires et fortes », analysait déjà au premier mandat en 2017 une de nos sources, spécialiste en relations internationales et de gouvernance politique. Elle soulignait que l’arrivée d’un acteur hors du champ politique n’était nullement un fait du hasard ; elle est la résultante, non seulement d’une crise du politique à travers le monde, mais également l’expression d’une forte attente des citoyens américains de voir leurs dirigeants recentrer les actions à leurs services.

La politique étrangère aux États-Unis est le lieu de l’opportunisme entre posture multilatéralisme ou pas, a poursuivi l’analyste, ajoutant que le cas de Trump est l’illustration du déroulement de « America first, un concept de gouvernance qui a des ramifications dans le champ international ».

« America first », c’est donc consacrer les ressources du pays à la restauration de la puissance américaine, ce qui se traduit aussi par le fait de se retirer des organisations jugées inutiles, mais aussi d’empêcher l’ONU, dont les États-Unis sont le principal contributeur financier, de contribuer au financement d’organisations non stratégiques pour ce pays.

« En réalité, ce que Donald Trump fait, c’est ce que tout dirigeant devrait faire pour son peuple (même si certaines façons de faire peuvent être déplorées) : défendre et protéger la vie de ses citoyens, défendre et protéger leurs intérêts. Jusque-là, au moins, il respecte ce pour quoi il a été élu », observe cet autre analyste, qui estime que les États africains doivent tirer des leçons de ce qui se passe avec les dirigeants américains et certains occidentaux. « Malheureusement, en Afrique, les expériences n’ont jamais servi pour bien faire, on se sert toujours des mauvais exemples pour justifier l’injustifiable », s’est-il finalement résigné.

Une année après son retour à la Maison-Blanche (20 janvier 2025-20 janvier 2026), Donald Trump (dont le baromètre Reuters-Ipsos dit avoir chuté en confiance, de 47 % en janvier 2025 à 39 % en mi-décembre 2025) se félicite, lui, d’une année de consécration, de triomphe, pendant que la communauté internationale s’inquiète d’une gouvernance qui casse les codes de la bienséance internationale.

La « révolution Trump » est en marche, dira-t-on, et il le clame d’ailleurs : « Je n’ai pas besoin du droit international. Je n’ai pas l’intention de faire du mal aux gens. (…). Il y a une chose, ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter », crache-t-il dans un entretien, le jeudi 8 janvier 2025.

Cette sortie du président américain intervenait non seulement dans la vive actualité de l’affaire vénézuélienne, mais également au lendemain de sa décision (signature de décret), mercredi, 7 janvier 2026, portant retrait immédiat des États-Unis de 66 organisations internationales jugées contraires aux intérêts nationaux. Cette mesure cible 35 entités non onusiennes et 31 liées aux Nations Unies, marquant un durcissement de la politique isolationniste.

Plusieurs entités sont donc concernées, parmi lesquelles la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), le Département des affaires économiques et sociales (DESA), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, ONU Femmes, l’UNFPA, la Commission de consolidation de la paix et le Fonds pour la consolidation de la paix, ainsi que les mécanismes dédiés à la protection des enfants dans les conflits armés. Des organisations qui jouent un rôle important dans le soutien au développement de l’Afrique, à la consolidation de la paix, à la réponse humanitaire et à la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et du Programme de développement durable à l’horizon 2030

Des organisations internationales sous perfusion américaine !

Face à cette nouvelle donne mondiale, le président de la Commission de l’Union africaine sur les États-Unis a réagi par un communiqué, le lundi 12 janvier, indiquant avoir pris note du mémorandum présidentiel ordonnant la cessation de la participation et du financement des États-Unis à certaines entités des Nations Unies, ainsi que le retrait de certaines organisations internationales non onusiennes. Quand bien même l’organisation continentale africaine dit reconnaître le droit souverain des États-Unis de réexaminer leurs engagements internationaux en fonction de leurs priorités nationales et de leurs processus internes, elle rappelle que les États-Unis sont depuis longtemps un partenaire essentiel de l’Afrique et un pilier central du système multilatéral, dont le leadership, les ressources et les valeurs ont contribué de manière significative à la paix mondiale, au développement, à l’action humanitaire et à la promotion de la dignité humaine.

« Ces institutions ont joué un rôle déterminant dans le renforcement des capacités nationales et régionales, la promotion d’une croissance économique inclusive, la promotion de l’égalité des sexes, le soutien au redressement post-conflit et la protection des populations vulnérables sur l’ensemble du continent. Toute réduction de leurs capacités opérationnelles pourrait avoir des répercussions sur les acquis en matière de développement, les efforts de consolidation de la paix et la résilience des communautés, en particulier dans les contextes fragiles et touchés par un conflit », motive le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, ajoutant que le partenariat de l’Afrique avec les États-Unis s’est toujours fondé sur des intérêts communs : la paix et la sécurité, et l’économie.

C’est pourquoi l’organisation continentale dit exprimer l’espoir d’un dialogue continu entre les États-Unis et les partenaires internationaux, afin de contribuer à identifier les voies permettant de maintenir les fonctions multilatérales essentielles, d’améliorer l’efficacité et la responsabilité, de veiller à ce que les plus vulnérables ne soient pas touchés de manière disproportionnée.

Le président de la Commission de l’Union africaine dit réaffirmer l’engagement indéfectible de l’Union africaine envers le multilatéralisme comme pierre angulaire pour relever les défis mondiaux et promouvoir la prospérité partagée, la paix et la sécurité.

Au-delà de cette position classique qui consiste à arrondir les bords, cette gouvernance de Donald Trump interpelle plutôt l’Union africaine, les organisations africaines, les États africains, à changer le fusil d’épaule ; les dirigeants doivent apprendre à travailler essentiellement pour leurs citoyens et à défendre leurs intérêts. Au niveau des organisations africaines qu’à l’échelle nationale, ils doivent avoir plus d’égards pour ceux au nom desquels ils occupent leur position, plutôt que de donner l’impression qu’ils sont là pour jouir seulement des avantages de leurs positions.

Alors, et quoi qu’on puisse critiquer des manières, faut-il en vouloir à Donald Trump de défendre les intérêts des USA et des Américains ?

O.L

Lefaso.net

Source: LeFaso.net