Alors que l’harmattan est généralement synonyme de fraîcheur au Burkina Faso, les mois de novembre, décembre 2025 et début janvier 2026 ont été marqués par une chaleur inhabituelle. Dans cette interview, Delwende Isaac Yaméogo, ingénieur de la météo à l’Agence nationale de la météorologie, explique les causes de cette situation, ses impacts et les mesures d’adaptation pour les populations.

Lefaso.net : En décembre 2025 et début 2026, il a fait chaud alors que normalement, il devrait faire froid comme c’est la période de l’harmattan. Qu’est-ce qui explique cette chaleur inhabituelle ?

Delwende Isaac Yaméogo : C’est clair, depuis le mois de novembre, décembre et début janvier, il a fait chaud. Nous avons vraiment observé des températures inhabituelles. Je dirais des températures inhabituelles parce que climatologiquement à cette période, on observe des températures assez froides au Burkina Faso. Cette année, on a une sensation de chaleur à travers tout le pays. Nous avons constaté que les données de cette année ont varié de 1 à 2 degrés au-dessus de la moyenne normale de la période. Comment expliquer cette situation ? Je dirais que c’est une conjugaison de plusieurs facteurs. L’un des premiers points qu’on peut déjà noter, c’est que durant cette période les vents de l’harmattan ont été assez faibles.

L’harmattan nous vient du nord et du nord-est et les vents qui venaient étaient assez faibles pour baisser la température. Le second point, c’est que nous avons remarqué, à travers nos données, que l’atmosphère de nos régions est restée très humide au niveau de tout le pays. Durant le mois de décembre, nous avons eu des périodes de remontée de vent de mousson avec même des pluies dans les parties sud-ouest du territoire. Cette humidité n’est pas favorable à la baisse des températures. Ces facteurs sont à l’origine de la chaleur qu’on a vécue durant les mois de novembre, décembre et début janvier.

Est-ce que le pays a déjà vécu cette situation où c’est exceptionnel cette année ?

Le climat a ce qu’on appelle la variabilité. Ça veut dire que les choses changent d’une année à une autre. Ce sont des situations qui arrivent. Nous pouvons prendre un exemple : l’année 2021. Selon nos données, nous avons eu des températures élevées, que ce soit en termes de minimales ou de maximales. C’est une année où nous avons eu une anomalie positive de température au cours de la période décembre-janvier.

Est-ce qu’il y a des régions qui n’ont pas connu cette chaleur ?

Le constat a été fait sur l’ensemble du territoire national. Seulement le degré de chaleur n’était pas le même. Sinon, on a observé des températures au-dessus des normales de saison. Nous avons comparé les températures observées durant le mois de décembre par rapport à la normale. La normale c’est la moyenne des températures observées sur trente ans. Nous avons pris des données sur 30 années et nous avons fait la moyenne pour voir ce qui est généralement observé en décembre.

Et quand nous comparons cette moyenne aux températures observées durant ce mois de décembre sur toutes les stations du Burkina Faso, nous avons carrément des températures qui sont de 1 à 2 degrés au-dessus des normales. C’est un constat général, que ce soit sur les températures minimales ou les températures maximales. C’est surtout un peu plus au niveau des minimales. C’est ce qui explique la chaleur pendant la nuit.

Est-ce que cette situation a un lien avec les changements climatiques ?

De prime abord, on ne va pas attribuer cela au changement climatique. On va plus parler ici de variabilité climatique. Ce sont des changements qui peuvent arriver d’une année à une autre. Les saisons ne sont pas les mêmes. C’est ainsi pour la saison des pluies et les autres saisons. Aussi, on ne va pas écarter les changements climatiques. Pourquoi je dis cela ? Parce que toutes les projections climatiques, au Burkina Faso et en Afrique, nous parlent de l’augmentation des températures. Et si on parle de l’augmentation des températures, cela veut dire qu’on est appelé à vivre ce genre de situation de plus en plus. Ce sont des situations qui nous alertent et qui nous montrent ce que nous sommes appelés à vivre dans les années à venir.

Quelles sont les conséquences que cela pourrait avoir sur l’agriculture, les personnes âgées, les enfants et les ressources en eau ?

Sur le plan de l’agriculture, on a des plantes qui profitent de la température assez basse pour se développer. Ces plantes se trouvent confrontées à des températures plus hautes que la normale. Ce qui peut engendrer des difficultés pour le cycle végétatif de ces plantes. C’est la même chose pour les animaux et les ressources en eau. Pour les hommes, on s’attendait à avoir des nuits assez froides et reposantes. Malheureusement, on s’est retrouvé avec des nuits chaudes. Ce qui ne permet pas à l’organisme de se reposer. Ce sont des situations inconfortables, mais on ne dira pas que c’est inconfortable jusqu’au point de la canicule. Mais cela a des conséquences sur les personnes qui sont vraiment très sensibles à la chaleur.

On constate ces derniers jours qu’il y a l’harmattan qui s’installe, mais par moment on sent une certaine chaleur. Est-ce que c’est normal ?

Cette année, la particularité, c’est que les basses couches de l’atmosphère restent humides. L’humidité, c’est quelque chose de très important dans le ressenti. Quand on a des températures avec de l’humidité, on ressent plus la chaleur.

Quel message vous avez pour la population pour qu’elle puisse s’adapter à ce changement ?

Les variabilités climatiques et les changements climatiques ont vraiment des conséquences sur la population. Ce que nous pouvons demander à la population, c’est de mettre l’information météorologique au cœur de leurs actions. Et l’information météorologique, nous la produisons tous les jours. Nous avons des bulletins de prévision que nous émettons tous les jours, toutes les semaines et tous les mois. Nous émettons des prévisions saisonnières. Nous travaillons beaucoup à multiplier ce type d’informations et nous appelons les populations à être attentives à ces informations.

Elles peuvent les retrouver sur nos canaux de communication. Nous avons une page Facebook, une chaîne WhatsApp Météo Burkina où nous faisons passer les informations sur des radios partenaires et la télévision nationale. Pour les personnes sensibles, nous leur demandons de prendre des dispositions pour se protéger. Ces derniers jours, nous constatons un changement de température. Il y a plus de vent et de poussière, nous demandons aux personnes âgées, aux enfants et aux personnes sensibles à la poussière de se protéger en portant le masque et des vêtements chauds.

Interview réalisée par Rama Diallo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net