
Architecte du développement humain et de la performance organisationnelle, Miriam Kabré, a animé une conférence au profit des étudiants de l’Institut supérieur de génie électrique du Burkina Faso (ISGE-BF), le mardi 9 décembre 2025, à Ouagadougou. Devant un public estudiantin captivé, la spécialiste des sciences sociales, comportementales, et para-médicales a exploré un thème d’actualité intitulé « Réussite professionnelle et santé mentale : quand le succès durable et la santé mentale sont indissociables ». Sa communication s’est articulée autour de la légende personnelle, l’ikigaï, les conséquences de l’instabilité mentale, le TDAH et le TDA, la dépression, le trouble du stress postraumatique, et le chagrin d’amour. Une réflexion profonde qui invite à repenser la notion même de réussite, non plus comme une simple accumulation de compétences techniques ou de performances académiques, mais comme le résultat d’un équilibre harmonieux entre le corps, le mental et l’esprit.
Forte d’une expérience multidisciplinaire alliant psychologie, psychiatrie, naturothérapie, sciences de l’administration et sciences sociales, Miriam Kabré a rappelé que la performance professionnelle ne peut être dissociée du bien-être psychologique. Selon elle, la productivité, la créativité et la capacité d’innovation reposent sur un socle invisible mais essentiel, la stabilité intérieure. Elle a expliqué comment son approche holistique accompagne les individus et les organisations dans la construction d’un environnement où l’épanouissement personnel devient un moteur de performance durable.
La conférencière a souligné que dans un monde professionnel en constante évolution, marqué par l’exigence, la pression et l’incertitude, renforcer son équilibre mental n’est pas un luxe, mais une nécessité stratégique.
Légende personnelle et ikigaï : découvrir sa voie
Parmi les concepts clés de son intervention, la “légende personnelle » et l’ikigaï ont suscité un vif intérêt. Miriam Kabré présente la légende personnelle comme la mission unique et profonde que chaque individu est appelé à accomplir durant son passage sur terre. Elle explique qu’il s’agit d’une force intérieure qui guide les choix, les efforts et les orientations de vie, bien au-delà des critères purement académiques. « Elle est très souvent à l’origine de grands succès », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité de reconnaître cette vocation intime pour avancer avec confiance. Pour la conférencière, la réussite ne se limite pas aux diplômes obtenus. Car certaines destinées, affirme-t-elle, émergent précisément à travers les épreuves que la vie impose. « Souvent la vie t’envoie des épreuves, et c’est de par ces épreuves-là que va émerger la réussite », a-t-elle confié, rappelant que les obstacles peuvent devenir des tremplins vers l’accomplissement personnel.
Abordant ensuite le concept d’ikigaï, Miriam Kabré l’a décrit comme une « raison d’être », une notion japonaise qui agit comme une boussole orientant chaque individu vers son idéal. Elle a insisté sur le caractère évolutif de ce concept, qui peut se transformer au fil des expériences et de la croissance personnelle. Pour donner une assise plus globale à sa réflexion, la spécialiste des sciences comportementales a rappelé la définition de la santé mentale selon l’OMS. « C’est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’apporter une contribution à sa communauté », a-t-elle présenté. Une manière d’insister sur le fait que comprendre sa mission personnelle, identifier son ikigaï et préserver sa santé mentale sont trois piliers indissociables d’une réussite durable et harmonieuse.
Comprendre les troubles mentaux
Un autre volet essentiel de la conférence a porté sur les conséquences de l’instabilité mentale. Miriam Kabré a longuement expliqué les différences entre le TDAH et le TDA, deux troubles souvent confondus mais aux manifestations distinctes. Le TDAH, dit-elle, est un trouble héréditaire caractérisé par un déficit de l’attention accompagné d’hyperactivité. Parmi ses symptômes, l’on retrouve l’agitation, l’incapacité à rester assis, l’impression d’être « poussé par un moteur » ou encore une tendance à parler excessivement. Le TDA, quant à lui, se manifeste plutôt par une inattention marquée par la difficulté à se concentrer, les oublis répétés, les erreurs fréquentes et la procrastination. Miriam Kabré précise que ces troubles ne sont pas graves en eux-mêmes, mais leurs symptômes peuvent s’aggraver s’ils ne sont pas reconnus et correctement accompagnés.
La dépression
La conférencière a également abordé le sujet délicat de la dépression, un trouble de l’humeur qui se traduit par une tristesse persistante, un sentiment de vide et un profond désespoir. Parmi les différentes formes de dépression, elle a insisté sur la « dépression souriante », cette forme insidieuse où la personne semble aller bien extérieurement alors qu’elle souffre intensément en silence.

Madame Kabré souligne la difficulté à détecter ce type de détresse psychologique. Elle a par ailleurs rappelé que nombre d’enfants hyperactifs à l’école sont souvent punis plutôt qu’accompagnés. « Dans les écoles primaires, il y a des enfants qui sont hyperactifs et n’arrivent pas à étudier. Et la solution que les adultes trouvent, c’est de les frapper. Alors que cela ne change rien », a-t-elle observé.
Attirer les bonnes opportunités et les bonnes personnes
Pour une évolution saine, Miriam Kabré insiste sur l’importance d’être fidèle à soi-même, afin d’attirer les bonnes opportunités et les bonnes personnes. Selon elle, l’erreur courante consiste à vouloir forcer un individu à suivre un chemin qui n’est pas le sien, ce qui conduit inévitablement à tourner en rond ou à s’épuiser. Elle recommande donc aux parents d’apprendre à observer leurs enfants pour repérer leurs talents naturels et les accompagner dans les domaines où ils excellent naturellement, plutôt que de les pousser vers des secteurs qui ne leur correspondent pas. Cette écoute et cette compréhension des aptitudes individuelles constituent, à son avis, un facteur essentiel d’épanouissement et de succès professionnel.
Des solutions temporaires
Dans sa quête de solutions naturelles pour accompagner la dépression, elle a évoqué la sérotonine, souvent appelée « hormone du bonheur ». Sa production, explique-t-elle, peut être stimulée par des gestes simples tels que l’écoute de musique, la méditation, la marche, une alimentation saine ou la gratitude. Elle recommande particulièrement la consommation d’aliments fermentés comme le yaourt nature, le soumbala, etc., qui favorisent la sécrétion de sérotonine, produite à 90% dans les intestins.
Elle met toutefois en garde contre certaines idées reçues, soulignant que la bière ou les soupes fermentées n’apportent pas cette hormone malgré leur fermentation. Pour éviter d’être constipé et avoir une bonne digestion, Mme Kabré recommande de consommer au quotidien, les aliments qui se laissent manger fermentés.
Elle conseille également d’éviter la consommation de soja chez les jeunes filles, car cela provoquerait, selon elle, un excès d’œstrogènes qui pourrait perturber l’équilibre mental.

Le trouble du stress post-traumatique
Le trouble du stress post-traumatique (TSPT) selon la passionnée des sciences paramédicales, est un trouble mental qui se manifeste après l’exposition à un événement traumatisant ou à une période prolongée de stress intense. Ce trouble, souligne-t-elle, peut entraîner des conséquences physiques graves, telles que des ulcères ou même certains cancers, tant l’impact du stress extrême sur l’organisme peut être dévastateur. Elle énumère les principaux symptômes, que sont notamment la reviviscence des souvenirs traumatiques sous forme de flashbacks ou de cauchemars, l’évitement des situations rappelant le trauma, l’irritabilité, les sursauts fréquents, les troubles du sommeil, le sentiment de culpabilité, le détachement affectif et la perte d’intérêt pour les activités quotidiennes. À cela s’ajoutent des pensées négatives persistantes qui altèrent profondément la qualité de vie de la personne affectée.
Le chagrin d’amour
Abordant ensuite le chagrin d’amour, la spécialiste des sciences comportementales, le définit comme une profonde peine générée par une rupture sentimentale ou un amour non réciproque. Pour mieux comprendre ce phénomène émotionnel, elle explique que le cerveau a besoin de quelques piliers pour maintenir un équilibre émotionnel. Lorsque l’un de ces éléments fait défaut, le système hormonal peut se déséquilibrer, rendant l’individu plus vulnérable à la souffrance affective.
Miriam Kabré met en garde contre une erreur fréquente, celle d’abandonner sa vie personnelle une fois en couple. Elle explique qu’une personne qui néglige les quelques piliers au profit exclusif de la relation finit souvent par surproduire de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement.. À force de concentrer toute son énergie sur le partenaire, le cerveau compense le manque en sécrétant excessivement l’ocytocine, ce qui crée une dépendance affective », a-t-elle argumenté.
C’est dans ce contexte, dit-elle, que naissent les peurs irrationnelles de perdre l’autre, car le manque ressenti lors d’une rupture devient potentiellement insupportable. Cette surproduction hormonale « pollue » alors le cerveau, explique-t-elle, menant à une passion obsessionnelle et à un profond déséquilibre émotionnel.
Au plan spirituel, Miriam Kabré affirme que les maris et femmes de nuit constituent, pour de nombreuses personnes, une source profonde de blocages et d’épreuves répétitives. Selon elle, ces entités spirituelles seraient à l’origine non seulement d’échecs, de relations amoureuses, récurrents mais également de difficultés touchant tous les aspects de la vie : finances instables, obstacles professionnels, relations sociales tendues ou encore contre-performances académiques. Elle précise que les causes de ces influences peuvent être multiples. Pour Miriam Kabré, il est donc essentiel de comprendre ces dimensions invisibles afin d’espérer retrouver l’équilibre et une dynamique de réussite.

L’administration et les étudiants de l’ISGE-BF satisfaits
Le responsable de la pédagogie du cycle d’ingénieur de conception à l’ISGE, Alexis Nagalo, a salué la tenue de cette conférence, qui selon lui, a apporté un éclairage précieux sur des réalités souvent méconnues. « Cette conférence est une opportunité, car nos étudiants avaient besoin de cette sensibilisation sur la santé mentale », a-t-il souligné. Il affirme avoir compris que les difficultés rencontrées par certains apprenants dans leurs études peuvent avoir des causes multiples : une maladie, des influences spirituelles telles que les maris ou femmes de nuit, une déception amoureuse ou encore un quotient intellectuel qui ne correspond pas à la formation suivie. Pour lui, cette rencontre a été révélatrice et permettra une meilleure compréhension et un meilleur accompagnement des étudiants en situation de détresse ou de blocage.
Pour les futurs ingénieurs de l’ISGE-BF, les enseignements tirés de cette conférence revêtent une importance capitale, eux qui seront prochainement confrontés à des environnements techniques, organisationnels et humains d’une grande complexité. Comprendre les mécanismes de la santé mentale, apprendre à reconnaître ses limites, identifier les sources de stress ou de blocage et adopter des stratégies de résilience constituent désormais des compétences essentielles pour évoluer sereinement dans un monde professionnel exigeant.

Djamilatou Dako, étudiante en 5ᵉ année en génie des systèmes numériques, a exprimé sa satisfaction et celle de ses camarades, soulignant que cette conférence était très attendue. « J’ai compris qu’il y a certains traumatismes qui peuvent avoir un impact sur moi, notamment ma concentration, la procrastination. Et j’ai aussi pu obtenir des solutions pour gérer ces différents problèmes », a-t-elle confié.
Son camarade Josué Tiendrébéogo, également en 5ᵉ année dans la même filière, a abondé dans le même sens, en soulignant que les difficultés rencontrées en cours, ne traduisent pas toujours un manque de compétence. Selon lui, elles peuvent être liées à des troubles mentaux méconnus, et cette prise de conscience constitue un premier pas vers une meilleure compréhension de soi et une gestion plus efficace des défis académiques.

Cette sensibilisation leur a ainsi offert des outils précieux pour mieux se préparer aux défis qui les attendent, tout en favorisant un équilibre personnel indispensable à une performance durable.
Derrière chaque trouble, a rappelé la conférencière, se cache une expérience humaine qui peut être comprise, accompagnée et apaisée. Elle a vivement encouragé les étudiants à se défaire des préjugés et à considérer la santé mentale comme une composante naturelle de la vie humaine.
À l’issue de la rencontre, les étudiants ont exprimé leur gratitude envers l’ISGE-BF pour avoir ouvert un espace de dialogue sur un sujet trop souvent négligé dans les milieux académiques et techniques. L’intervention de Miriam Kabré aura sans doute semé des graines, celles d’une génération de professionnels conscients que la réussite ne se résume ni aux compétences techniques, ni aux performances chiffrées, mais repose avant tout sur un être humain équilibré, confiant et aligné avec sa vocation.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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