
Dans de nombreux pays africains, notamment au sein de la zone FCFA, l’absence quasi totale des micro-monnaies dans les échanges quotidiens constitue une distorsion monétaire aux effets économiques sous-estimés. En imposant des arrondis systématiques à la hausse dans la formation des prix, cette pratique alimente une inflation silencieuse qui pèse principalement sur les ménages à faibles revenus. Cette tribune de Théodore Nikièma, ingénieur statisticien, analyse les mécanismes de cette inflation non mesurée et interroge ses conséquences sur le pouvoir d’achat et le principe de la libre fixation des prix sur les marchés.
L’absence quasi totale des micro-monnaies (centimes, pence, 1 à 9 FCFA, etc.) dans les échanges quotidiens constitue une distorsion discrète mais structurelle du système économique de nombreux pays africains, en particulier ceux de la zone FCFA. En effet, bien que ces unités existent formellement, elles sont absentes de la pratique quotidienne des marchés.
Ainsi, les transactions débutent rarement en dessous de 10 FCFA, et très rapidement, l’échelle des prix saute à 25 FCFA, puis à 50 FCFA. Même les pièces inférieures à 50 FCFA, pourtant officiellement en circulation, sont peu utilisées, voire rejetées indirectement par les commerçants dans la fixation des prix sur les marchés. Cette discontinuité monétaire impose une logique d’arrondi systématique toujours à la hausse et la tendance actuelle tend de plus en plus vers un prix minimum de 100 FCFA pour les transactions sur les marchés.
Cet arrondi permanent agit comme une inflation mécanique, malheureusement non mesurée par les indices classiques. Lorsqu’un bien ou un service devrait théoriquement coûter 17 ou 18 FCFA, il est automatiquement proposé à 25 FCFA et ainsi de suite pour les transactions de 180 FCFA, 362,2 FCFA, etc. Multipliez cet effet par des milliers de micro-transactions quotidiennes sur les marchés, vous obtiendrez une augmentation réelle du coût de la vie, particulièrement pour les ménages à faibles revenus dont la consommation repose essentiellement sur de petites unités d’achat.
À l’inverse, dans les pays où l’usage de ces micro-monnaies est effectif, cela permet une granularité fine des prix qui favorisent la transparence et une meilleure correspondance entre valeur réelle et prix demandé. La prise en compte réelle de ces micro-monnaies dans les échanges de nos pays pourrait ainsi permettre de limiter les hausses artificielles de prix et de réduire les pertes de pouvoir d’achat liées aux arrondis.
Ainsi, le problème des micro-monnaies n’est pas à négliger car cela affecte négativement un des principes importants de l’économie, à savoir le principe de la libre fixation des prix entre les acteurs économiques sur les marchés. Tant que ces unités resteront absentes ou symboliques, nos marchés continueront de produire une inflation silencieuse, socialement régressive, et largement sous-estimée dans les débats économiques, tandis que les prix imposés aux consommateurs resteront déconnectés de la valeur réelle des biens et services échangés.
Théodore NIKIEMA, ingénieur statisticien
PhD Candidate in Data Science
+226 64966316
Source: LeFaso.net
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