En vue de contribuer à disponibiliser le gaz au profit des ménages pour leur usage quotidien, Sanando Anita Paré, ingénieure en eau et assainissement, a mis sur pied le projet Bioanigaz. À partir de déchets organiques, elle produit du biogaz qu’elle ambitionne de conditionner en bouteilles de 6 et 12 kg. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle nous parle des avantages du biogaz et des travaux qu’elle réalise actuellement pour parfaire la qualité du biogaz qu’elle produit afin de le mettre sur le marché.

Lefaso.net : En termes simples, qu’est-ce que le biogaz ?

Anita Paré : Le biogaz est une énergie renouvelable locale qui est faite à base de déchets organiques, à savoir les bouses de vache, les restes de nourriture, tout ce qui est déchets organiques. Il est fabriqué dans un biodigesteur dans des conditions anaérobiques adéquates. On met donc les déchets dans un biodigesteur, qui est un système fermé, dans lequel ces déchets vont se décomposer pour produire un gaz. Et c’est ce gaz-là qui est appelé biogaz. Et quand on produit le biogaz, il y a le biogaz et aussi le digesteur qui est un engrais naturel. C’est un système qui peut être implanté au sein des ménages, à condition qu’ils aient assez de déchets. Parce que sans suffisamment de déchets, ils ne pourront pas produire du gaz. La famille doit aussi intégrer le tri de déchets.

Généralement dans les poubelles des ménages, il y a les sachets, les restes de nourriture, etc. Mais s’ils arrivent à avoir des poubelles de tri, une poubelle où ils mettent les restes de nourriture, une poubelle à part pour les plastiques, dans ce cas, ils pourront utiliser la poubelle qui contient les restes de nourriture, tout ce qui est organique, comme les épluchures de fruits et légumes pour produire le biogaz. Le biogaz peut être utilisé pour la cuisson des aliments et aussi pour l’éclairage. On peut le faire en électricité comme on peut l’utiliser comme le gaz.

Vous êtes la promotrice du projet Bioanigaz, dites-nous en quoi il consiste ?

Bioanigaz est une initiative que je porte depuis 2023 et qui vise à la transformation des déchets organiques en biogaz. Le projet est actuellement incubé au sein de l’incubateur et aussi du laboratoire de l’institut 2IE. Alors, l’innovation que Bioanigaz apporte, c’est l’embouteillage du biogaz, en bouteilles de 6 kg et 12 kg pour la population. Actuellement, nous sommes en phase de prototypage. Nous avons déjà fait la phase de production de biogaz. Il nous reste à faire les phases d’expérimentation. Nous travaillons actuellement au laboratoire pour faire les expérimentations pour optimiser la qualité du biogaz.

Dans votre projet, vous proposez d’embouteiller le biogaz et de le vendre sur le marché. De façon concrète, comment cela va-t-il se faire ?

Pour la phase de l’embouteillage, nous produisons d’abord le biogaz et ensuite nous le purifions. À cette étape de prototypage, nous avons établi un partenariat avec le marché du bétail, ce qui nous permet d’avoir les bouses de vache en grande quantité pour produire le biogaz. Pour la production à grande échelle, nous comptons établir des partenariats avec les fermes et aussi les grands restaurants et hôtels de la ville qui produisent assez de déchets organiques que l’on peut récupérer pour produire le biogaz.

Pour la dernière étape qui est l’embouteillage, nous procédons à des expérimentations afin d’optimiser la qualité du biogaz. À l’intérieur du biogaz, on retrouve plusieurs types de gaz, mais il n’y a que le méthane qui brûle. Nous voulons donc, à travers les expérimentations, avoir au moins 95 % de méthane afin d’optimiser la qualité du biogaz. Nous sommes également engagés dans le processus d’obtention des autorisations d’embouteillage afin de pouvoir lancer la production à grande échelle. Nous espérons avoir les autorisations à bonne date pour pouvoir mettre les bouteilles de biogaz sur le marché au cours de l’année 2026.

Comment vous est venue l’idée de produire du biogaz et de le proposer en bouteilles ?

L’idée m’est venue quand j’étais étudiante, j’avais beaucoup d’idées de projets. Une fois, je suis sortie pour recharger ma bouteille de gaz et il n’y en avait pas. J’ai fait plusieurs quartiers en vain. Et là, je me suis dit que ce n’était pas normal. C’est là que j’ai commencé à réfléchir et je me suis dit : pourquoi ne pas produire notre gaz ? Et comme j’ai étudié l’eau et l’assainissement, j’avais des notions en ce qui concerne la gestion des déchets organiques. J’ai vu que l’on peut produire le biogaz à partir des déchets organiques. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à rédiger le projet en question, à le monter, à le ficeler et à prendre des conseils. Et quand j’ai commencé à produire à petite échelle avec le prototype, je me suis dit que ce serait bien de l’embouteiller. Ce qui sera encore plus innovant parce qu’au Burkina, l’embouteillage du biogaz n’existe pas encore.

Est-ce que selon vous le biogaz peut constituer une alternative aux pénuries de gaz que vivent les ménages à certaines périodes de l’année ?

Le biogaz peut être une alternative, mais il ne pourra pas remplacer le gaz butane, parce qu’on ne peut pas avoir assez de déchets qui vont couvrir la demande de la population. Ça va aider la population. Par exemple, en cas de pénurie, si on a une alternative comme le biogaz embouteillé, cela va permettre à la population de ne pas sentir la pénurie. Donc, ça pourrait aider un peu.

Est-ce que les populations sont réceptives à l’idée d’utiliser le biogaz pour leurs besoins ?

Je dirai que la population a besoin de gaz. Ils ont besoin d’un gaz disponible et accessible. Et vu que nous faisons déjà la sensibilisation pour que la population découvre ce que c’est que le biogaz, on peut dire que de plus en plus les gens adhèrent, parce qu’ils connaissent maintenant l’utilité à travers les différentes sensibilisations sur les réseaux que nous faisons. Mais la population a principalement besoin de gaz disponible. Il faut noter que le biogaz permet également la réduction des gaz à effet de serre.

Du point de vue du coût, est-ce que le biogaz est accessible au plus grand nombre ?

Oui, le biogaz sera relativement plus abordable que le gaz butane parce qu’il est produit avec les déchets, principalement les déchets ménagers, les restes de nourriture. En travaillant en partenariat avec les restaurants, les entreprises agroalimentaires qui sont dans la transformation et qui produisent assez de déchets organiques, nous n’aurons pas à payer les déchets. Ce qui va nous permettre de vendre les bouteilles de biogaz à un prix abordable, pour pouvoir faciliter la vie de la population, surtout la femme, parce que c’est la femme qui souffre le plus quand il n’y a pas de gaz.

Avez-vous un appel à lancer ?

J’invite les premières autorités à encourager les initiatives locales, comme la production du biogaz. Aux ménages, penser à initier le tri des déchets dans la gestion des déchets. Ne pas mettre ensemble les sachets avec les déchets organiques. Je lance aussi un appel aux investisseurs : toute personne qui serait intéressée par le biogaz, et qui croit vraiment que l’innovation burkinabè peut changer la donne, qu’elle n’hésite pas à soutenir l’initiative Bioanigaz en investissant. Lorsque nous allons obtenir les autorisations, nous allons passer à la production à grande échelle, et nous aurons besoin d’investisseurs.

Propos recueillis par Armelle Ouédraogo

Crédit photo : Auguste Paré

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Source: LeFaso.net