
Former des jeunes capables d’entreprendre tout en contribuant à la construction nationale, c’est l’ambition portée par l’Académie des leaders, une initiative dédiée à la jeunesse burkinabè, à l’entrepreneuriat et au patriotisme. À travers des conférences, des partages d’expériences et un discours assumé sur le civisme et le développement endogène, son promoteur, Ismaël Ouédraogo, journaliste bien connu du paysage médiatique national, entend semer les bases d’une génération d’acteurs économiques engagés au service du Burkina Faso. Dans l’entretien qui suit, il explique l’importance de semer l’esprit d’entrepreneuriat au sein de la jeunesse.
Lefaso.net : Qu’est-ce qui a motivé la mise en place de l’Académie des leaders et qu’est-ce que c’est ?
Ismaël Ouédraogo : L’Académie des leaders est une initiative qui s’inscrit dans la formation des jeunes, les encourager, les accompagner, les structurer et leur donner les b.a.-ba de l’entrepreneuriat. Vous savez que nous sommes dans un contexte où il faut continuellement accompagner les jeunes à travers les formations et les initiatives porteuses. Et là, nous avons lancé l’Académie des leaders parce que nous voulons que chaque année, on puisse réunir des jeunes pour parler d’entrepreneuriat. On a comme slogan « Entreprendre pour soi, réussir pour la nation ». Ça veut dire clairement que chacun va créer certainement son entreprise ou, en tout cas, créer des entreprises avec des coalitions. Mais la finalité, c’est que la nation tout entière en bénéficie. Donc, l’objectif majeur, c’est de former des jeunes en entrepreneuriat, leur donner les b.a.-ba du patriotisme et puis aussi travailler sur le civisme pour que tout le monde puisse apporter sa contribution au développement du pays.
Comment se déroulent concrètement les activités de l’Académie des leaders ?
L’Académie des leaders, la première partie est consacrée à des conférences et des formations avec des entrepreneurs chevronnés. Vous savez que, dans notre pays aujourd’hui, tout le monde parle d’entrepreneuriat. Mais quand on n’a pas la chance de côtoyer ceux qui ont de l’expérience en la matière, on peut faire des erreurs. Nous avons opté pour prendre des entrepreneurs ou des personnes autodidactes qui ont la tranche d’âge de 25 ans, 30 ans, 40 ans. Des jeunes qui ont commencé à partir de petites sommes d’argent, qui ont bâti leur entreprise à partir des expériences. Et aujourd’hui, nous avons pu avoir certaines sommités qui ont accepté de jouer le jeu. Je vous donne quelques exemples. Il y a, par exemple, Idrissa Nassa de Coris Bank, Roland Sow, qui est le président de la délégation consulaire de la Chambre de commerce, qui a également donné son aval. Et pendant les échanges à Ouagadougou lors du lancement le 17 janvier, nous avons eu la présence également du PDG Rasmané Konvolbo de la chaîne d’alimentation Les Bons Samaritains. Il est venu partager son expérience parce qu’il a commencé à faire ce commerce-là depuis l’université jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est aujourd’hui. Ce sont ces types d’exemples-là que nous avons voulu partager avec les jeunes. Et nous pensons que, l’un dans l’autre, la plupart des jeunes ont trouvé satisfaction par la qualité des échanges. On a aussi eu le DG de la Maison de l’entreprise parce qu’il nous suggère d’aborder la formalisation des entreprises. Il est venu leur dire que l’on n’a pas forcément besoin de passer par un démarcheur pour avoir le numéro IFU, le registre du commerce, pour avoir une entreprise reconnue par l’État burkinabè. Donc, il est venu aussi donner sa part de contribution. Et dans l’ensemble, c’est vraiment un projet structurant.
Est-ce qu’il y a un nombre déterminé de jeunes que vous ciblez ? Et comment est-ce que vous envisagez l’accompagnement de ces jeunes après les sessions ?
On a bouclé les 300 participants lors de la première étape grâce aux invitations et aux courriers qu’on envoyait aux différentes universités et aux associations de jeunes. Par contre, il y a eu quand même une évolution. Par exemple, pour une ville comme Fada N’Gourma, on va organiser avec l’université de Fada, qui a décidé que l’on puisse faire dans un amphi de 400 places pour réunir le maximum d’étudiants. Pour une ville comme Ouahigouya, où s’est prévu le 24 janvier, on a également souhaité qu’on puisse faire ça dans un pavillon de 600 places pour qu’on puisse toucher le maximum de jeunes. Pour Koudougou, on avait décidé de faire ça au Conseil régional avec 200 jeunes. Il se trouve que l’université nous demande d’aller vers l’amphi 1 000 pour avoir le maximum de jeunes. Et pour Bobo, jusqu’à preuve du contraire, on a prévu de maintenir les 300 participants. Pour Bobo, on devait le faire le 7 pour éviter qu’il y ait des coïncidences avec d’autres activités de cette même nature. On a prévu de faire ça après le mois de Ramadan. La conférence pour Bobo interviendra donc entre le 21 mars et le 28 mars. Donc, en tout, ce sont 1 000 jeunes que l’on va former. Pour la première édition, malgré les partenariats que nous avons eus, on ne pourra pas les accompagner avec des financements. Déjà, ce sont des connaissances qu’on leur donne et aussi des expériences qu’on partage avec eux sur les risques, les pièges et aussi les limites de l’entrepreneuriat. Pour la deuxième édition, on y pense sérieusement. On verra comment, avec plusieurs partenaires, on va pouvoir accompagner les projets structurants et financer, pourquoi pas, des initiatives porteuses pour les jeunes. C’est ouvert à tout le monde, mais on n’a pas voulu faire trop de bruit autour de ce projet parce que c’est une initiative que nous souhaitons humble, mais assez pertinente. Donc, on a voulu y aller step by step.
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Pourquoi avoir choisi d’articuler cette première édition autour des thèmes jeunesse, patriotisme et entrepreneuriat ?
La jeunesse, parce que depuis 2019, nous animons des conférences dans toutes les régions du pays. Chaque fois que l’on a affaire à la jeunesse, on se rend compte que les jeunes ont besoin davantage de renforcement des capacités. On sait que la jeunesse est l’avenir de la nation et ce n’est pas le Burkina qui fera exception en la matière. Quand vous prenez la population burkinabè, 80 % est constituée de la jeunesse. Donc, la jeunesse est au cœur de tous les projets structurants. Le patriotisme parce que vous savez, quand on dit Burkina Faso, quand vous chantez l’hymne national, on dit « la patrie ou la mort, nous vaincrons ». C’est quelque chose de spécifique. Et le patriotisme demeure la clé du succès. Vous savez que quand on est vraiment patriote, on s’abstient de poser des actes qui sont préjudiciables à l’avenir de la nation. Le patriotisme peut aider à lutter contre le terrorisme. Ça peut lutter contre le chômage. Ça peut lutter contre la corruption. Ça peut lutter contre les vices de la société. Raison pour laquelle nous avons jugé opportun de parler de patriotisme pratiquement dans toutes les conférences, parce qu’avec le patriotisme, on arrive à briser pratiquement toutes les barrières, à faire face à tout et à avancer vers un lendemain meilleur.
Le slogan « Entreprendre pour soi et réussir pour la nation » traduit une vision forte. Comment se matérialise-t-elle dans le contenu des formations proposées ?
Quand vous entreprenez, ça veut dire que vous avez d’abord vous-même envie d’être quelqu’un dans la société. Ça, c’est le b.a.-ba de tout entrepreneuriat. Le second aspect important, on dit entreprendre pour soi, réussir pour la nation. Quand vous avez réussi, ça veut dire clairement que nous passons le temps de dire aux gens : oui, nous parlons d’entrepreneuriat. Mais après, quand vous allez entreprendre, n’oubliez pas que vous avez un pays que vous devez construire. Et quand on dit construire le pays, ça passera par ça. Un entrepreneur qui a commencé à partir de l’Académie des leaders, qui, dans cinq ans, arrive à avoir un chiffre d’affaires qui tourne autour de 500 millions ou 1 milliard, il va construire la nation. Et construire la nation, pour nous, ça passe par quoi ? Aider les tenants du pouvoir à faire en sorte que toutes les activités portant pour la majeure partie des citoyens… ça pourrait aussi être des entrepreneurs qui, à l’avenir, à partir de l’Académie des leaders, vont construire des écoles, des centres de santé, contribuer à faire des routes, contribuer à scolariser des enfants démunis, contribuer à prendre en charge des familles qui sont vraiment dans le besoin. C’est pour cela que nous avons mis en avant ce slogan qui est universel pour l’Académie des leaders. Chaque année, ce sera le même slogan.
Selon vous, quels sont les freins à l’entrepreneuriat des jeunes au Burkina ?
Vous savez, l’entrepreneuriat, c’est d’abord le courage. Et ce qui manque chez beaucoup de jeunes au Burkina Faso, c’est peut-être le courage. Il y en a qui ont peur de franchir le pas. Mais si vous franchissez le pas, vous devez déjà savoir que ce ne sera pas facile. Ceux qui l’ont fait vous diront que ça a été difficile, mais qu’ils ont pu. Le premier obstacle à l’entrepreneuriat, c’est l’hésitation. Quand vous hésitez, vous avez arrêté d’entreprendre. Parce qu’il n’y a pas d’entrepreneuriat facile. Regardez toutes les personnalités aujourd’hui qu’on cite. Certaines ont commencé il y a 30 ans, d’autres il y a 40 ans. Mais au début, ce n’était pas gagné. Les jeunes Burkinabè sont de vrais combattants. Moi, j’ai beaucoup d’estime pour la jeunesse burkinabè parce qu’elle est résiliente et brave. Vous savez que nous avons longtemps constitué la main-d’œuvre pour un pays de la sous-région. Nous partions dans leurs champs pour le cacao et le café. Et avec le temps, on s’est dit non, il ne faut pas continuer comme ça. Il faut construire chez nous. Et construire chez nous, c’est l’engagement. Lors des témoignages, je pense qu’il y a un entrepreneur qui disait que quand on regarde comment les jeunes se comportent, souvent on se pose des questions. Quand vous avez un téléphone de 500 000 à 1 million de francs CFA, c’est une entreprise ambulante que vous tenez. Comment peut-on reconvertir tout ça en business ? C’est une question de choix personnel. Et nous pensons que les jeunes ne doivent pas avoir peur d’entreprendre. C’est vrai qu’il y aura des mécanismes de financement étatiques, le secteur privé va accompagner. Mais l’entrepreneuriat, la réussite passe d’abord par l’individu. Si vous êtes courageux, vous avancez. Si vous êtes sérieux, vous avancez.
Et nous pensons que les éléments qui ont été donnés par les différents panélistes la dernière fois honnêteté, courage, engagement, abnégation, quand vous arrivez à mettre tout cela ensemble, ça va marcher. Souvent, on a peur parce qu’on se dit que les impôts vont venir nous mettre la pression, après les banques. Tout cela est un processus. Au début, ça peut être difficile, mais à la longue, vous avez tous les leviers en votre possession pour relever les défis. Donc, nous encourageons les jeunes à entreprendre. Même avec 1 000 francs, on peut entreprendre. Si vous vendez un paquet de mouchoirs en papier au bord de la route et que vous le revendez à 1 200 francs CFA, vous avez 200 francs de bénéfice. C’est comme ça que certains se sont construits. Donc, nous pensons que, l’un dans l’autre, chacun peut le faire. N’ayez pas peur, car la peur est le début de l’échec.
En quoi cette initiative s’inscrit-elle dans une dynamique de développement endogène ?
On a parlé de développement endogène parce que c’est dans l’air du temps. Et cela n’a jamais été suspendu dans les débats publics. Personne ne peut sous-traiter son développement au profit de l’autre. Regardez la géopolitique mondiale actuelle, où certains dirigeants disent « mon pays d’abord ». Chacun doit être fier de sa nation. Nous sommes Burkinabè, fiers de l’être, fiers d’être Africains. Cette fierté africanisée doit nous amener à nous poser les bonnes questions. Le développement endogène et la souveraineté se construisent aussi à l’échelle du continent africain. Le Burkina peut produire des choses que la Côte d’Ivoire ou le Mali ne produisent pas, et vice versa. Il faut donc une collaboration étroite dans les échanges commerciaux. La libre circulation des biens et des personnes, les échanges économiques majeurs sont des leviers essentiels. Former des jeunes capables de porter cette vision partout en Afrique est fondamental.
Est-ce que tout le monde peut ou doit entreprendre ?
Non, malheureusement. L’entrepreneuriat, c’est d’abord une question de courage. Certaines personnes aiment leur confort. On ne peut pas les contraindre à entreprendre. Il y a des gens nés pour se battre et d’autres qui n’ont jamais connu le manque. La vie ne commence pas au même niveau pour tout le monde. Certains doivent rattraper avant d’avancer. Tout le monde peut entreprendre, à condition d’en avoir le courage. Aujourd’hui, la fonction publique n’emploie même pas 2 % de la population. Les milliers de diplômés que nous voyons chaque année ont besoin d’entreprises pour être absorbés. L’État fait ce qu’il peut, mais ce sont les entreprises privées qui doivent prendre le relais.
Avez-vous un message à adresser aux jeunes pour les prochaines étapes de l’Académie des leaders ?
La jeunesse est un état d’esprit. On ne vieillit pas tant qu’on refuse de vieillir dans la tête. La souffrance peut être un tremplin vers le succès. Il ne faut jamais être fataliste. Faites-vous confiance. N’abandonnez jamais. Ne triez pas les métiers. Avancez. Beaucoup d’étudiants travaillent aujourd’hui comme vigiles pour subvenir à leurs besoins. Ce sont des modèles de réussite en devenir. Ce n’est pas facile, c’est difficile. Mais là où s’arrête le découragement commence la victoire des persévérants. Les jeunes qui souhaitent participer l’Académie des leaders peuvent prendre attache avec Tiiga Group Communication pour avoir toutes les informations. Nous pensons que l’avenir est prometteur avec cette initiative.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net


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