Le Barreau du Burkina Faso marque une étape historique de son existence. À l’occasion du cinquantenaire de l’Avocature, placé sous le patronage du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, l’Ordre des avocats tient sa rentrée solennelle ce jeudi 29 janvier 2026 à Ouagadougou. Les festivités, qui se déroulent du 26 au 31 janvier, s’articulent autour du thème évocateur : « 50 ans d’une avocature en mouvement ».

L’événement dépasse largement les frontières nationales. Une douzaine de pays ont répondu présents, témoignant de l’aura et du rayonnement du Barreau burkinabè. Il s’agit notamment du Bénin, du Togo, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger, du Tchad, du Cameroun, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, du Sénégal, de la République démocratique du Congo et de la Belgique.

Cette forte mobilisation internationale illustre la place qu’occupe l’Avocature du Burkina Faso dans le concert juridique africain et au-delà, ainsi que la solidarité qui unit les défenseurs du droit face aux défis contemporains.

Selon le président du comité d’organisation, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, les activités ont démarré dès le 26 janvier. Elles ont été ponctuées par la prestation de serment d’une vingtaine de nouveaux avocats, moment fort marquant la relève et la continuité de l’institution.

À cela se sont ajoutées des activités sportives, dont la très attendue Coupe du Bâtonnier du Burkina Faso, ainsi que la tenue d’un colloque international consacré aux enjeux actuels et futurs de la profession d’avocat dans un contexte de mutations politiques, sociales et sécuritaires.

Prenant la parole, le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso, Me Batibié Benao, n’a pas caché l’orgueil légitime et la fierté qui animent l’institution qu’il dirige. Il a rappelé que depuis cinquante ans, l’avocat burkinabè incarne la voix de la défense, se dresse comme un rempart face aux libertés fragilisées et demeure une sentinelle vigilante des droits fondamentaux.

« Nous avons traversé les tempêtes de l’histoire. Parfois objets et souvent acteurs de réformes judiciaires. Toujours témoins vivants de transitions politiques diverses. Nous laissons assurément des traces », a-t-il souligné avec gravité.

Pour le bâtonnier, l’avocat burkinabè ne saurait être réduit à un simple plaideur. Il est, selon ses mots, le cœur battant d’un État où doit régner la primauté du droit. Une profession investie d’une mission exigeante : dire le droit, défendre les libertés et rappeler sans relâche que nul n’est au-dessus de la loi.

Dans cette dynamique, Me Batibié Benao a profité de la tribune pour plaider en faveur de l’accès effectif au juge pour toutes les personnes privées de liberté et en attente d’être entendues par la justice.

Des plaidoyers forts et sans détour

Le bâtonnier a également évoqué des situations précises qui, selon lui, interrogent profondément les fondements mêmes du métier d’avocat.

« Nous plaidons pour l’accès au juge de notre confrère Guy Hervé Kam, à qui les portes de Thémis ont été refermées derrière lui. Nous plaidons pour l’abandon des poursuites initiées contre notre confrère Arno Sampébré, dont les faits reprochés nous inquiètent tous », a-t-il déclaré.

Il a mis en garde contre les atteintes potentielles au secret professionnel, aux effets du mandat ad litem et à la portée réelle de la protection des témoins devant la justice, des piliers essentiels de l’exercice de la profession.

Face à ces interpellations, le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a apporté une réponse empreinte de fermeté et de solennité. Il a rappelé que l’action gouvernementale s’inscrit dans un esprit de sacrifice et de responsabilité historique.

« La mission que nous menons aujourd’hui est une mission qui se mène dans un esprit de sacrifice. Nous ne craignons pas la justice des hommes, mais la justice de l’histoire. Rassurez-vous, nous ne voulons pas qu’il y ait justice seulement pour des privilégiés, mais qu’il y ait justice pour tous », a-t-il affirmé.

Au-delà des célébrations, ce cinquantenaire apparaît comme un moment de réflexion profonde sur le rôle de l’avocat dans le Burkina Faso d’aujourd’hui et de demain. Une avocature en mouvement, fidèle à ses valeurs, consciente de ses responsabilités et résolument tournée vers la défense de l’État de droit, au service de tous les citoyens.

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Source: LeFaso.net