À chaque drame impliquant un car de voyage, c’est l’indignation. Mais jusqu’à quand cette indignation, quand des familles pleurent un fils, une fille, un père, une mère… Après le tollé dans les quartiers et sur les réseaux sociaux, l’on accusera la route d’avoir été trop gourmande, et la vie reprendra son cours… en attendant le prochain drame.

La route ne tue pas ; elle subit. Ce qui tue, c’est la culture de l’irresponsabilité entretenue au quotidien par des Burkinabè qui ont érigé la vitesse en vertu. Accuser la route est l’échappatoire facile de ceux qui refusent de regarder le conducteur dans les yeux. Certes, l’état de certaines chaussées laisse à désirer, mais trop souvent, à regarder plus près, on pourrait penser que certains chauffeurs sont dopés par des substances chimiques ou courent après une prime de rendement.

Le passager, complice malgré lui

Le point le plus troublant réside dans la psychologie du voyageur. Pourquoi celui qui paie pour sa sécurité devient-il le complice de son propre danger ? Oser interpeller un chauffeur sur sa conduite est devenu un acte d’« héroïsme » isolé. Le passager qui demande de ralentir subit souvent les foudres de ses propres voisins de siège.

Nous en avons fait les frais en 2013 sur la RN1, à proximité du rond-point de Sakoincé. « On est pressé ! », a lancé un passager lorsque nous avons demandé au conducteur, qui tentait d’effectuer un dépassement dangereux juste avant un virage, de ralentir. Il ne voulait pas que son collègue, au volant d’un autre car, lui dame le pion avant le carrefour.

Nous avons répondu à ce passager : « Mais pressés pour aller où ? Pour gagner dix minutes sur un trajet de deux heures au prix de vies entières ? » Cette solidarité dans l’erreur est l’une des raisons des drames que nous constatons sur les routes. Les passagers doivent comprendre que le chauffeur travaille pour eux. Une protestation groupée a plus de poids qu’une plainte isolée.

Sensibiliser ne suffit plus, il faut contraindre

Le chauffeur est souvent le dernier maillon, celui qui paie pour un système qui le dépasse. Avec un repos insuffisant et une formation parfois obsolète, il doit aussi gérer la pression des horaires. Le chauffeur qui roule à vive allure porte une responsabilité personnelle, mais il ne doit pas être seul à porter le chapeau.

L’État est garant de la sécurité publique. À ce titre, il est responsable de la réglementation et de son application effective. Lorsque les mêmes compagnies sont impliquées dans plusieurs accidents sans être sanctionnées, le citoyen est en droit de se poser des questions. L’inaction devient une forme de responsabilité.

Le ministère en charge des Transports ne peut plus se contenter de spots publicitaires de sensibilisation. Tous les cars des compagnies de voyage doivent être plombés ; aucun car ne devrait pouvoir dépasser les 90 km/h.

Certes la responsabilité pénale est personnelle, mais il faudrait rendre les dirigeants de ces compagnies de voyage pénalement responsables en cas d’accident s’il est prouvé, à l’issue d’enquêtes, qu’il a encouragé implicitement ou explicitement la vitesse ou négligé la sécurité des passagers.

Par exemple si une compagnie impose des temps de trajets intenables et sanctionne les chauffeurs trop lents, alors le dirigeant de cette compagnie devrait être poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui. Les familles de victimes devraient pouvoir se constituer pour attaquer en justice certaines compagnies en cas d’accidents mortels.

Les forces de sécurité routières devraient également effectuer des tests toxicologiques ou des éthylotests sur les chauffeurs lors des contrôles routiers sur les grands axes.

Le rôle des passagers

Les passagers témoins d’excès de vitesse de la part d’un conducteur de car ou de tout autre véhicule devraient avoir le réflexe de signaler systématiquement les faits, en appelant les numéros verts ou en notant le numéro de plaque et le nom de la compagnie afin de porter plainte à la police ou la gendarmerie ou de la direction de la compagnie dès l’arrivée. Espérant que la direction de la compagnie prendra les mesures disciplinaires qui siéent.

La lutte contre les accidents ne se gagnera pas uniquement avec de nouvelles voies. Elle se gagnera quand la vie humaine vaudra plus qu’un simple coup d’accélérateur. Le chauffeur qui roule trop vite est un danger public, et le passager pressé et silencieux est son complice.

HFB

Lefaso.net

Source: LeFaso.net