
Trois ans après l’avènement de la Révolution Progressiste Populaire (RPP), le Burkina Faso enregistre des avancées significatives dans le domaine du patrimoine culturel. Réformes juridiques, reconnaissance internationale, protection renforcée des biens culturels, institutionnalisation des traditions : le gouvernement, à travers le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT), engage une dynamique de valorisation et de souveraineté culturelle. Dans cette tribune, Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao, directeur du patrimoine culturel au ministère en charge de la Culture, dresse un panorama des acquis majeurs et des perspectives ouvertes pour 2026.
Depuis l’avènement de la Révolution Progressiste Populaire (RPP) sous le leadership du Capitaine-Président Ibrahim Traoré, plusieurs chantiers de développement ont été lancés. Si dans les autres secteurs tels que la sécurité, la santé, l’économie, l’agriculture, etc., les réalisations semblent plus visibles, il existe aussi dans le domaine de la culture des avancées majeures qui méritent d’être portées à la connaissance de l’opinion nationale. Cet article vise à partager avec le lecteur et le citoyen ordinaire ce qui a été accompli dans le domaine du patrimoine culturel, un des fondamentaux de la superstructure même de notre société.
Sous l’impulsion de la RPP, le ministère en charge de la culture a atteint des résultats majeurs dans le domaine de la culture et du patrimoine en particulier. Pour le citoyen ordinaire, le patrimoine culturel peut être compris comme l’ensemble des biens matériels et immatériels qui présentent un intérêt historique, scientifique, archéologique, légendaire, religieux, etc., que ceux-ci appartiennent à des personnes privés ou publics, pourvu que l’intérêt soit déterminé. Dans ce patrimoine, on trouve à titre d’exemples les sites, les monuments, l’architecture, les paysages naturels, les savoirs et savoir-faire dans le domaine de la gastronomie, de la médecine traditionnelle, l’art vestimentaire, etc.., qui nous ont été transmis par nos aïeux. L’Etat intervient ensuite, au nom de cet intérêt qu’il aura déterminé, pour aider les communautés à protéger davantage ce patrimoine en vue de faciliter sa transmission aux générations futures. C’est ce qui justifie le rôle du Gouvernement, à travers le Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT), dans la préservation du patrimoine culturel.
En trois ans seulement de gouvernance de la RPP, le MCCAT a atteint des résultats majeurs dans le domaine de la préservation et de la promotion du patrimoine culturel. Toutefois, d’autres décisions adoptées par le Gouvernement, sous la bannière d’autres ministères, peuvent être interprétées comme contribuant de manière indirecte à la valorisation de notre patrimoine culturel. Mais avant, voici un panorama des grandes réalisations dans le domaine du patrimoine.
1) Le Mois du patrimoine
C’est sans doute l’innovation majeure apportée par la RPP, six mois après son arrivée au pouvoir. Institué en Conseil des ministres le 13 avril 2023 et célébré chaque année entre le 18 avril et le 18 mai, le mois du patrimoine est une période d’intenses activités en relation avec la découverte du patrimoine culturel au niveau national : visites de musées et de sites, organisations de festivals, ateliers de réflexion avec les scolaires, visites des cours royales, journées des communautés ethnoculturelles sont autant de manifestations qui permettent de découvrir le patrimoine national ainsi que le rôle des acteurs publics et privés, intervenant dans la préservation. Le mois du patrimoine permet de vulgariser le concept même du patrimoine.
2) L’adoption d’une nouvelle loi pour protéger mais aussi valoriser le patrimoine culturel au Burkina Faso
La nouvelle loi qui a été adoptée en août 2023 est un exemple d’actualisation des mécanismes nationaux et internationaux dans le domaine de la valorisation du patrimoine culturel. Elle est considérée par certains experts, comme l’un des modèles qui peut inspirer la construction des cadres juridiques nationaux à l’échelle du continent africain. Fruit de la coopération entre le Gouvernement du Burkina Faso et l’UNESCO, la loi n°022 règle des questions telles que les modalités de mise en œuvre des fouilles archéologiques, l’évaluation d’impact culturel, l’organisation de la profession de négociant en biens culturels, le trafic illicite des biens culturels. En outre, elle introduit des dispositions en faveur du retour des biens culturels burkinabè se trouvant à l’étranger. En rappel, cette loi constitue la 3e génération dans l’évolution du dispositif juridique sur le patrimoine culturel, depuis la loi fondatrice de 1985 et qui été adoptée sous le CNR.
Il y a lieu de signaler pour le lecteur que dans le sillage de l’adoption de la nouvelle loi sur le patrimoine culturel, un fait majeur est intervenu 2023. Il s’agit de l’adoption en Conseil des ministres, le 26 septembre 2023, de la première liste des biens classés sur la liste nationale du patrimoine culturel, après l’opérationnalisation de la Commission consultative créée à cet effet. Il faut expliquer que l’inventaire et le classement constituent les cas classiques de protection juridique du patrimoine culturel dans notre pays, le second étant un niveau avancé. Depuis la loi de 2007, le classement existait déjà mais une liste officielle de biens classés n’avait encore été publiée. C’est en 2023 que cette liste nationale du patrimoine culturel verra le jour.
3) Le classement de la Cour royale de Tiébélé sur la liste du patrimoine mondial
C’est l’une des rares fois en Afrique subsaharienne qu’un dossier d’inscription a été intégralement élaboré et conduit avec succès par une expertise locale. Grâce au soutien du Gouvernement du Burkina Faso, le MCCAT a réussi l’inscription de cette architecture traditionnelle qui reflète une des parties charnière de notre identité collective. Quand bien même des défis liés à la conservation persistent, il faut se satisfaire de cet effort de promotion de notre patrimoine culturel, dans un contexte de résilience.
4) La révision de la liste indicative du Burkina Faso à l’UNESCO
Suivant la procédure de classement des patrimoines sur la liste mondiale au sein de l’UNESCO, chaque Etat doit créer une sorte de « liste d’attente » des biens culturels qu’il entend proposer au patrimoine mondial. Il est recommandé que cette liste soit actualisée tous les 10 ans. Le Burkina Faso vient de réussir cet exercice avec de nouveaux biens culturels qui ont été proposés. Au nombre de ces biens culturels, on peut citer la chaîne des mosquées à architecture vernaculaire, le village de Koumi, connu pour son authenticité et l’originalité de ses traditions, la Maison du peuple, théâtre de l’histoire nationale et sous-régionale, etc. L’ensemble de ces biens culturels pourront, à moyen terme, figurer sur la liste du patrimoine mondial, à l’instar de la Cour royale de Tiébélé.
5) L’octroi de la protection renforcée au niveau international à 11 biens culturels burkinabè
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de 1954 concernant la protection des biens culturels en cas de conflits armés, le Burkina Faso, en collaboration avec le Bureau régional de l’UNESCO à Dakar, a obtenu la protection renforcée au profit de 11 biens culturels au nombre desquels figurent le Musée national, des lieux de culte (mosquées et églises), ainsi que des biens culturels majeurs inscrits sur la liste du patrimoine mondial (les Ruines de Loropéni, la Cour royale de Tiébélé, etc.). La protection renforcée signifie que l’UNESCO se joint à l’État partie pour protéger les biens culturels concernés en les marquant d’un signe distinctif (le bouclier bleu), qui est censé les signaler et les mettre à l’abri de toute attaque. C’est la première fois en Afrique qu’un tel processus est conduit de manière régulière, conformément à la procédure internationale, jusqu’à son aboutissement. Grâce à l’engagement du Gouvernement burkinabè, le Burkina Faso se positionne aujourd’hui comme un leader dans l’implémentation de la Convention de 1954, à la suite de cette expérience.
6) L’élaboration d’un répertoire des noms de familles au Burkina Faso
S’appuyant sur les techniques d’inventaire participatifs de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, le MCCAT a entrepris de recenser les noms de familles présents sur le territoire. Comme tout autre inventaire, il est loin d’être exhaustif et pourrait être actualisé et complété. Fruit d’une participation citoyenne, le répertoire des noms de familles pourra sans doute inspirer de nouvelles recherches, gage du développement d’une production intellectuelle et scientifique au plan national.
Toutes ces réalisations et décisions sont à mettre à l’actif du MCCAT, conformément aux idéaux de la RPP qui a replacé la culture au cœur de l’action révolutionnaire. Dans son agenda, à court et moyen terme, le MCCAT œuvre pour que les savoirs et savoir-faire liés la confection du chapeau de Saponé soient reconnus au niveau international, comme le savoir-faire lié à la poterie au Botswana, le savoir-faire des maitres du rhum léger de Cuba, ou encore le Compas d’Haïti tous classés sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
En dehors du MCCAT, d’autres décisions du Gouvernement influencent de manière indirecte la préservation et la promotion du patrimoine culturel. Elles viennent soutenir ou réaffirmer l’importance du patrimoine culturel et montrent l’engagement de la RPP de reconquérir la souveraineté culturelle nationale.
Trois exemples permettre d’illustrer ce propos. En premier lieu, il y a l’institution en mai 2024 de la Journée des Coutumes et Traditions (JCT). L’institution de cette journée, bien que renforçant le caractère laïc de l’Etat, marque la reconnaissance des cultes traditionnels. C’est en cela que la JCT revêt une importance au regard de son caractère culturel. Toutefois, il y a lieu de proclamer que la célébration de la JCT ne saurait se limiter aux seuls sacrifices rituels tous azimuts. La JCT peut être aussi un moment de réflexion, d’évaluation de la vitalité de nos patrimoines en vue de les adapter au monde contemporain. C’est d’ailleurs pourquoi l’adoption d’une loi portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle au Burkina Faso est plus qu’une décision majeure en ce début d’année 2026 au Burkina Faso. Officiellement reconnus, les chefs coutumiers et traditionnels pourront contribuer à la détermination du contenu qui doit être donné à la célébration annuelle de la JCT, au regard de leurs compétences en matière de culture (article 4. b de la loi portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle au Burkina Faso).
Revendiqué depuis leur congrès de Bobo-Dioulasso en 1959, le statut de la chefferie coutumière et traditionnelle marque une étape importante vers la reconnaissance des institutions traditionnelles, tout en permettant de protéger leur dignité et leur autorité morale. Dans le domaine du patrimoine culturel et comparativement aux statuts des chefs traditionnels dans d’autres pays comme le Ghana, le Tchad, le Cameroun, etc., le dispositif juridique du Burkina Faso apporte des innovations qui méritent d’être relevées. En effet, selon l’article 26 de la loi sur le statut de la chefferie coutumière et traditionnelle au Burkina Faso, les palais et résidence des chefs coutumiers et traditionnels, les objets destinés aux rites, ainsi que les lieux et sites sacrés de rites ou d’exercice de coutumes et de traditions font l’objet de protection par l’Etat. Cette disposition est une réaffirmation du rôle du MCCAT, qui a déjà inventorié de nombreux lieux de mémoire ainsi que plusieurs regalia relatifs à la chefferie traditionnelle. L’inventaire régulier du patrimoine au sein du MCCAT inclut les attributs les plus significatifs de l’autorité coutumière et traditionnelle. Du reste, c’est ce que réaffirme l’article 27 de la loi sur le statut de la chefferie traditionnelle qui prescrit un inventaire exhaustif du patrimoine culturel de chaque chefferie coutumière et traditionnelle.
Enfin, le troisième exemple est une autre décision qui montre la cohérence dans l’action gouvernementale. Il s’agit de l’adoption de la loi n°003-2026/ALT du 14 janvier 2026 portant FASO BƱKAOORE. Cette loi qui valorise les mécanismes endogènes de règlements des différends sur la base de l’implication effective des chefferies coutumières et traditionnelles revêt aussi une importance pour la promotion du patrimoine culturel. En effet, le MCCAT a déjà inventorié les savoirs et savoir-faire dans le domaine de la justice et de la médiation traditionnelle dans différents groupes ethnoculturels. Un répertoire de l’ensemble des détenteurs des savoirs traditionnels d’une manière générale est en cours d’élaboration. C’est pour cela que la loi sur le statut de la chefferie coutumière et traditionnelle et la loi BƱKAOORE constituent, ensemble, des leviers juridiques importants pour une revitalisation du patrimoine culturel. Au final, l’année 2026 ouvre de bonnes perspectives vers la codification du droit coutumier au Burkina Faso.
Par Bély Hermann Abdoul-Karim NIANGAO
Directeur du Patrimoine Culturel
Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT)
belniangao@gmail.com
Source: LeFaso.net

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