À partir de mars 2026, les téléspectateurs pourront découvrir la série « Femmes au foyer ». Cette œuvre cinématographique met en lumière les contraintes sociales et culturelles auxquelles les femmes sont confrontées. Réalisée par Kady Traoré, la série s’inscrit dans une démarche engagée. Dans un entretien avec Lefaso.net, elle revient sur la place de la femme dans le septième art et sur les convictions qu’elle défend à travers ses créations.

Lefaso.net : De quoi parle la série « Femmes au foyer » ?

Kady Traoré : La série « Femmes au foyer » aborde la question de l’autonomisation des femmes, de leur insertion professionnelle ainsi que des difficultés qu’elles rencontrent dans leur carrière. Elle met en lumière le parcours de cinq femmes intellectuelles qui font le choix de poursuivre une carrière ambitieuse tout en aspirant à une vie de famille épanouie. À travers leurs expériences, la série explore les contraintes sociales et familiales qui freinent souvent l’ascension professionnelle des femmes et questionne les obstacles structurels qui entravent leur pleine réalisation.

N’avez-vous pas peur que les téléspectateurs critiquent la série parce qu’elle traite des questions de genre ?

Il est vrai que j’aborde des questions à forte portée féministe, et la critique me paraît légitime. Quoi que l’on fasse, les sujets liés aux femmes, leur indépendance, leur émancipation ou leur autonomisation suscitent inévitablement des réactions et des débats. Ces discussions existent également au sein même des femmes, car toutes ne partagent pas la même vision de l’autonomisation. Certaines préfèrent un modèle plus traditionnel et revendiquent d’autres choix de vie.

Il est donc normal que ces thématiques génèrent des points de vue divergents. Cependant, l’essentiel est qu’aujourd’hui des droits et des mécanismes existent pour favoriser le développement et l’épanouissement des femmes, tant sur le plan professionnel que familial. Pour ma part, je considère que mon rôle est précisément de susciter la réflexion et le débat. Si mon travail contribue à ouvrir des discussions sur la condition des femmes, alors j’en serai pleinement satisfaite.

En quoi le cinéma peut-il contribuer à l’égalité des sexes ?

Le cinéma peut contribuer de manière déterminante à l’égalité des sexes, car il repose sur la puissance de l’image. L’image façonne les mentalités et laisse des traces durables, notamment chez les enfants. C’est pour cette raison qu’il est important de faire attention à ce que l’on diffuse, car ce que l’on voit reste longtemps ancré dans l’esprit. Même lorsqu’un film se présente comme une simple fiction, il ne l’est jamais totalement.

Kady Traoré est également actrice, productrice et scénariste

Derrière chaque histoire, il y a toujours un message qui influence, consciemment ou non, le public. L’image possède donc un pouvoir réel et considérable. Si le cinéma peut favoriser l’émancipation des femmes, c’est parce qu’il permet de déconstruire des idées reçues transmises dès le plus jeune âge. Depuis l’enfance, on répète souvent que « la place de la femme est à la cuisine », que certains métiers ne sont pas faits pour les femmes et que certaines responsabilités sont réservées aux hommes. Or, à travers l’image, le cinéma peut montrer tout le contraire.

Il peut révéler aux femmes l’étendue de leurs capacités et mettre en avant des modèles féminins inspirants : des femmes qui réussissent, qui travaillent comme techniciennes, électroniciennes, scientifiques ou occupent des postes à responsabilité. En montrant à la petite fille qu’elle est capable et légitime dans tous les domaines, l’image participe progressivement au changement des mentalités. Le cinéma devient ainsi un véritable outil d’éducation et de transformation sociale, capable d’accompagner l’avancée vers une plus grande égalité entre les femmes et les hommes.

Certaines œuvres cinématographiques participent aux stéréotypes et à la dévalorisation des femmes. Comment y remédier ?

Je pense que nous avons également besoin, à notre niveau, d’une véritable formation au féminisme. Le terme est souvent mal compris. Lorsqu’on parle de féminisme, certains imaginent des femmes qui voudraient devenir des hommes, lutter contre eux ou prendre leur place. Or, ce n’est pas cela. Le féminisme consiste simplement à vouloir le bien-être et l’épanouissement des femmes. C’est souhaiter qu’elles évoluent professionnellement, qu’elles aient accès à des opportunités équitables, à des soins de santé de qualité, à un travail et à un salaire à la hauteur de leur travail.

C’est aussi vouloir le bien de sa mère, de sa sœur, dans une société où de nombreuses structures ont longtemps été pensées principalement en faveur des hommes. Par ailleurs, certaines œuvres exploitent les stéréotypes dans le seul but d’attirer l’audience. Mettre en scène une femme qui demande constamment de l’argent à un homme ou qui use de stratagèmes pour obtenir des avantages peut sembler efficace pour capter l’attention du public. Cependant, ce procédé est dangereux. Il renforce l’idée que les jeunes filles seraient légères, opportunistes ou prêtes à faire des avances pour obtenir un poste ou des privilèges.

Certes, de tels comportements peuvent exister, mais ils ne sont pas propres aux femmes. Des hommes adoptent également des attitudes similaires, notamment lorsqu’ils cherchent à tirer profit du statut ou de l’influence d’une femme. Ces réalités concernent les deux sexes. Exploiter ces représentations uniquement pour générer de l’audience contribue néanmoins à légitimer des modèles problématiques et à les présenter, implicitement, comme des voies possibles de réussite. En tant que producteurs et réalisateurs, nous avons donc la responsabilité de veiller au contenu que nous diffusons et aux messages que nous transmettons.

Quelles sont, selon vous, les difficultés rencontrées par les femmes cinéastes ?

Je ne dirais pas que les femmes cinéastes souffrent davantage que les hommes dans le milieu. Les difficultés sont globalement les mêmes, notamment en ce qui concerne l’accès au financement, qui demeure un obstacle majeur pour tous les professionnels du secteur. Toutefois, du côté des femmes, un effort particulier doit être fait en matière de formation. Il n’y a pas encore suffisamment de femmes formées aux métiers du cinéma.

Encourager les femmes à s’orienter vers des formations professionnelles, que ce soit dans le cinéma ou dans d’autres domaines, est essentiel. La formation reste le principal levier pour leur permettre de défendre leurs projets et de débattre d’égal à égal avec les hommes. Il faut également reconnaître une réalité : il y a davantage d’hommes réalisateurs et producteurs que de femmes. Les femmes sont encore sous-représentées dans ces fonctions.

Or, nous avons besoin de regards féminins dans les récits qui sont racontés. Le point de vue des femmes apporte une sensibilité et une lecture différentes, indispensables à la richesse et à la diversité des œuvres. Les difficultés spécifiques apparaissent surtout au niveau technique. Même lorsque des femmes disposent des mêmes qualifications que les hommes, elles ne sont pas toujours acceptées ou choisies. À compétences égales, par exemple entre une camerawoman et un cameraman formés de la même manière, le choix se porte souvent sur l’homme. Cette marginalisation dans les métiers techniques image, son, ingénierie, électricité et autres spécialités constitue un véritable frein.

Par ailleurs, les actrices sont fréquemment confrontées à d’autres formes de difficultés, notamment le harcèlement et les propositions indécentes liées à l’obtention de rôles. Ces pratiques représentent un problème sérieux qui doit être combattu. En définitive, si la présence des femmes semble davantage tolérée dans des fonctions visibles comme la réalisation ou le jeu d’actrice, elles restent fortement marginalisées dans plusieurs métiers techniques du cinéma. Il est donc nécessaire de renforcer leur formation, de promouvoir leur expertise et de lutter contre les discriminations persistantes afin de garantir une réelle égalité dans le secteur.

Quel est l’intérêt de l’implication des femmes dans le cinéma ?

L’intérêt d’avoir davantage de femmes dans le cinéma réside avant tout dans la diversité des récits et des points de vue. Une plus grande présence féminine permet de mettre en lumière des expériences et des vécus encore insuffisamment représentés à l’écran. Les femmes traversent de nombreuses épreuves et réalités spécifiques. Qu’il s’agisse de périodes de paix, de guerre ou de crise, elles en subissent souvent les répercussions de manière particulière.

Lors de crises économiques, par exemple, les femmes ressentent fortement les impacts, notamment parce qu’elles sont très impliquées dans la gestion du foyer et l’accompagnement des enfants. Avoir davantage de réalisatrices permettrait ainsi de proposer plus de récits portés par des regards féminins, ancrés dans des expériences vécues. Là où un homme peut raconter en imaginant certaines réalités, une femme peut, dans bien des cas, témoigner d’expériences qu’elle a elle-même traversées. Il est donc essentiel de favoriser la présence des femmes dans le cinéma afin d’enrichir les narrations, de diversifier les perspectives et de mieux refléter la pluralité des vécus.

Que doivent faire leurs confrères pour les accompagner dans ce défi ?

Il est également essentiel d’éduquer les hommes à la cause féminine. Il faut cependant rester lucide : Les hommes ne vont pas céder leur place simplement parce que vous êtes des femmes. On ne leur dira pas automatiquement : « Vous êtes formées, voici la place qui vous revient ». La reconnaissance ne s’obtient pas sans effort. Se former est indispensable, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi lutter, travailler avec rigueur et persévérance pour s’imposer dans des espaces encore largement dominés par les hommes. Parallèlement, il est crucial de sensibiliser ces derniers aux enjeux de l’égalité. On cite souvent l’idée selon laquelle « éduquer une fille, c’est éduquer une nation ».

Email de Kady Traoré : athena.filmsbf@yahoo.fr

Cela demeure vrai, mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. Une fille instruite, consciente de ses droits et émancipée, risque de se retrouver confrontée à des hommes qui n’ont pas été sensibilisés à ces questions et qui ne partagent pas la même compréhension. Elle devra alors se battre en permanence pour se faire accepter, que ce soit dans son foyer ou dans son milieu professionnel. C’est pourquoi il faut éduquer à la fois les filles et les garçons. Il convient de développer chez les uns et les autres une conscience de l’égalité.

Cette égalité ne signifie pas une similitude physique ou physiologique. Il est évident que certaines différences existent. Mais l’égalité recherchée concerne les capacités intellectuelles, les opportunités et les droits. Les femmes et les hommes disposent des mêmes facultés intellectuelles ; encore faut-il leur offrir les mêmes conditions pour les développer.

Lorsque les filles sont davantage sollicitées pour les tâches domestiques pendant que les garçons consacrent ce temps au travail scolaire, on ne peut exiger les mêmes résultats. L’égalité passe donc aussi par une répartition équitable des responsabilités au sein de la famille. Dans le cinéma comme ailleurs, il est indispensable de sensibiliser les hommes à ces enjeux. Même s’ils ne cèdent pas facilement leur place, l’essentiel est qu’ils ne rendent pas le parcours des femmes plus difficile qu’il ne l’est déjà.

À une femme qui souhaite se lancer dans une carrière cinématographique, quel conseil lui donneriez-vous ?

Le conseil que je donne systématiquement aux femmes est celui de la formation. On ne peut pas espérer entrer dans un métier et voir les portes s’ouvrir immédiatement. Certes, il existe des parcours autodidactes, mais même dans ce cas, il est indispensable d’acquérir des bases solides. Aujourd’hui, de nombreuses opportunités de formation sont proposées aux femmes. Il est essentiel de les saisir afin de développer des compétences réelles, de maîtriser son sujet et de pouvoir défendre ses idées avec assurance. La formation permet d’atteindre un niveau professionnel qui autorise un échange d’égal à égal, notamment dans un milieu encore largement dominé par les hommes.

Pour se faire un nom et s’imposer durablement, il faut investir dans l’apprentissage et le perfectionnement. Par ailleurs, il est évident que la recherche de l’égalité ne peut se faire sans l’implication des hommes. Leur engagement est indispensable pour construire un environnement véritablement équitable et inclusif.

Samirah Bationo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net