Pathologie exclusivement masculine, l’hydrocèle reste encore méconnue du grand public, alors même qu’elle peut lourdement affecter la qualité de vie des patients. Le Dr Tibila Roland Zoungrana, chef de service de chirurgie générale, en décrit les contours avec pédagogie et franchise. C’était lors de la visite officielle du ministère de la Santé, à l’Hôpital du district de Boulmiougou, le vendredi 13 février 2026, dans le cadre de la commémoration de la journée mondiale de lutte contre les Maladies tropicales négligées (MTN).

« L’hydrocèle, c’est une accumulation de liquide autour du testicule », explique-t-il. Cette poche d’eau, plus ou moins volumineuse selon les cas, peut rapidement devenir invalidante. Nous avons déjà pris en charge une hydrocèle qui contenait près de deux litres de liquide. Cela représente environ deux kilos supplémentaires à supporter », précise-t-il. Au-delà du poids physique, le retentissement psychologique et social est considérable. Gêne dans l’intimité, difficultés dans les relations sociales, inconfort permanent ; la maladie pèse lourd, à tous les sens du terme.

Une maladie aux causes multiples

Contrairement à certaines idées reçues, l’hydrocèle n’a pas toujours une cause identifiable. Le Dr Zoungrana distingue deux grandes formes. La première est l’hydrocèle dite primitive, la plus fréquente. Elle survient sans cause évidente. « Elle résulte d’un déséquilibre entre la sécrétion et la réabsorption du liquide vaginal autour du testicule », explique-t-il. Son installation est progressive, parfois sur plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seconde est l’hydrocèle secondaire, qui doit systématiquement faire rechercher une cause sous-jacente. Parmi les origines possibles figurent une infection (épididymite ou orchite) ; un traumatisme scrotal ; une tumeur testiculaire ; une chirurgie inguino-scrotale antérieure ; la filariose, particulièrement importante en Afrique subsaharienne. « En zone endémique, notamment en Afrique de l’Ouest, la filariose est une cause majeure d’hydrocèle. La lutte contre les maladies tropicales négligées est donc essentielle pour réduire les formes sévères », a insisté le spécialiste.

Des symptômes souvent discrets au départ

Selon le Dr Zoungrana, l’un des pièges de l’hydrocèle est sa discrétion initiale. Les premiers signes sont généralement une augmentation du volume d’un testicule ; une sensation de pesanteur ; l’absence de douleur dans la majorité des cas. « Beaucoup d’hommes ne consultent pas parce que ce n’est pas douloureux », observe le chirurgien.

L’hydrocèle n’est pas toujours immédiatement visible à l’œil nu. Une petite hydrocèle peut passer inaperçue, avec peu de déformation scrotale. Elle est parfois découverte fortuitement à l’échographie. Certains patients décrivent simplement une sensation de lourdeur. L’évolution peut être lente, progressive et silencieuse.

Le médecin chirurgien prévient que certains signes doivent toutefois alerter et pousser à consulter rapidement. Il s’agit notamment d’une augmentation rapide du volume scrotal, d’une douleur aiguë, de la présence d’une masse dure au niveau du testicule ou d’une gêne fonctionnelle au niveau des bourses.

Un impact réel sur la vie quotidienne

Si l’hydrocèle peut sembler bénigne sur le plan médical, son retentissement dans la vie quotidienne est loin d’être négligeable. Pour une petite hydrocèle, l’impact est souvent limité. En revanche, lorsqu’elle devient volumineuse, les conséquences sont évidentes : gêne à la marche, écartement des cuisses, frottements cutanés, difficulté à courir ou à s’accroupir. Dans les formes géantes, parfois observées en Afrique de l’Ouest, notamment au Burkina Faso, la marche peut devenir lente, pénible et fatigante.

Le sommeil peut également être perturbé. Certains patients ont du mal à trouver une position confortable. En position allongée, ils décrivent une sensation de traction ou de tension au niveau des bourses. Certains dorment jambes légèrement écartées ou utilisent un soutien improvisé pour soulager la pression.

Intimité et sexualité

Le retentissement sur la vie intime est souvent sous-estimé. Sur le plan physique, il peut exister une gêne mécanique lors des rapports, voire une douleur si la tension est importante. Sur le plan psychologique, l’asymétrie scrotale peut entraîner une gêne esthétique, une baisse de confiance en soi et un évitement des rapports. « La fertilité n’est généralement pas altérée », rassure le Dr Zoungrana. Toutefois, une compression chronique importante ou une pathologie associée peut parfois poser problème.

L’impact sur la vie professionnelle dépend largement du métier exercé. Les travailleurs manuels ou agricoles peuvent rencontrer de grandes difficultés lors de port de charges pénible, de station debout prolongée douloureuse, de frottements avec les vêtements. Même les professions sédentaires ne sont pas épargnées ; la position assise prolongée peut majorer l’inconfort.

Des conséquences psychologiques et sociales

L’hydrocèle touche une région intimement liée à l’identité masculine. Et les conséquences psychologiques peuvent être profondes : atteinte de l’image corporelle, sentiment de corps anormal et anxiété. « Cela peut se traduire par une peur d’un cancer testiculaire, une inquiétude sur la fertilité, et une crainte d’aggravation. Une hydrocèle réactionnelle peut entretenir cette angoisse », a expliqué le Dr Zoungrana.

Certains hommes évitent les vestiaires, les activités sportives ou encore les situations où leur corps pourrait être exposé. Sur le plan social, une hydrocèle volumineuse peut entraîner isolement et repli sur soi. « Dans certains contextes culturels, une tuméfaction scrotale importante peut être associée à des croyances traditionnelles, générer de la stigmatisation et retarder la consultation médicale », a-t-il souligné.

Les plus exposés sont les hommes d’âge moyens et les personnes âgées

Les hommes d’âge moyen et les personnes âgées sont les plus fréquemment concernés. Les populations vivant en zone endémique de filariose présentent également un risque accru. Enfin, les patients ayant une pathologie testiculaire préalable sont plus exposés aux formes secondaires.

Avant toute intervention, une échographie scrotale est indispensable. « C’est l’examen clé », insiste le chirurgien. Elle permet de confirmer la présence de liquide, visualiser le testicule, éliminer une tumeur, rechercher une épididymite associée, et détecter d’éventuelles complications. La ponction évacuatrice peut soulager temporairement le patient. Toutefois, la récidive est très fréquente et le risque infectieux réel. « Ce n’est pas un traitement de référence », précise le spécialiste. Le traitement définitif reste donc chirurgical.

Un patient bénéficiant d’une prise en charge chirurgicale de l’hydrocèle entièrement gratuite grâce au Programme national de lutte contre les Maladies tropicales négligées (PN-MTN)

Une intervention simple mais un suivi crucial

Le Dr Tibila Roland Zoungrana explique que l’intervention peut être réalisée sous anesthésie locale avec sédation, rachianesthésie ou anesthésie générale selon le cas et le volume de l’hydrocèle. Le patient est installé en décubitus dorsal. Après désinfection, une petite incision est pratiquée sur le scrotum pour exposer la vaginale testiculaire contenant le liquide. Les tissus sont disséqués avec précaution afin de préserver les structures neurovasculaires. Le liquide est aspiré et son aspect est analysé. Sa couleur est claire dans les formes primitives, trouble ou sanglant en cas de pathologie associée.

Le chirurgien procède ensuite à la résection de la vaginale testiculaire, suivie d’une hémostase soigneuse. La fermeture se fait en plusieurs plans, avec parfois un drainage si l’hydrocèle était très volumineuse. L’intervention dure en moyenne entre 45 minutes et une heure pour les formes simples, et peut aller jusqu’à deux heures pour les hydrocèles volumineuses ou bilatérales. « En général, l’acte chirurgical est assez simple et le patient cicatrise bien », rassure le spécialiste. Toutefois, le véritable défi se situe souvent après l’opération.

Les risques de complications

Même pratiquée par un chirurgien expérimenté, la cure d’hydrocèle n’est jamais totalement dénuée de risques. Des complications précoces peuvent survenir dans les jours ou les semaines suivant l’intervention, notamment un hématome, une infection de la plaie opératoire, une douleur post-opératoire plus marquée que prévu ou encore un œdème scrotal parfois impressionnant mais le plus souvent transitoire.

À plus long terme, des complications tardives restent possibles, même si elles sont rares. La récidive de l’hydrocèle est estimée entre 5 et 10% des cas, atrophie testiculaire (moins de 1%), persistance d’un liquide résiduel, douleur chronique ou hypersensibilité, voire quelques troubles esthétiques liés à la cicatrice ou à une légère asymétrie. D’où l’importance capitale du suivi post-opératoire. « Si la plaie s’infecte, cela peut devenir une catastrophe », avertit le Dr Zoungrana, insistant sur le respect strict des consignes d’hygiène, des contrôles médicaux et du repos recommandé pour garantir une guérison complète et limiter les séquelles.

Les consignes post-opératoires

Les consignes post-opératoires sont précises et ne doivent souffrir d’aucune négligence. Le patient doit assurer une hygiène locale douce et régulière afin de prévenir toute infection, tout en évitant les bains prolongés durant les deux à trois premières semaines. Le port d’un suspensoir ou d’un slip de soutien est recommandé pendant une à deux semaines pour maintenir le scrotum et limiter les tensions sur la cicatrice. Un repos relatif est indispensable durant les 48 à 72 premières heures, suivi d’une reprise progressive des activités.

Les efforts physiques, le sport et le port de charges lourdes sont à proscrire pendant deux à quatre semaines. La reprise immédiate d’une vie normale n’est donc pas conseillée. Il faut généralement attendre trois à quatre semaines pour une cicatrisation satisfaisante. Quant à la récupération complète, elle intervient en moyenne entre quatre et six semaines, avec disparition progressive de l’œdème et retour à un confort scrotal optimal.

La prévention n’est pas toujours possible

Selon Dr Tibila Zoungrana, la prévention n’est pas toujours possible, notamment dans les formes primitives dont l’origine demeure souvent inexpliquée. En revanche, il est possible de réduire significativement le risque des formes secondaires grâce à certaines mesures simples mais essentielles. Il s’agit entre autres de la lutte contre la filariose par les traitements antiparasitaires et la protection contre les moustiques en zone endémique, le traitement rapide et approprié des infections génitales.

À cela s’ajoutent la prévention des infections sexuellement transmissibles, la protection contre les traumatismes scrotaux et un suivi médical rigoureux après toute chirurgie inguinale. Pour le Dr Zoungrana, le message est clair : l’hydrocèle se soigne efficacement, à condition d’oser consulter. « Ce n’est pas une fatalité. Plus on intervient tôt, plus la prise en charge est simple et les complications rares », insiste-t-il. Briser le silence autour de cette pathologie masculine constitue ainsi un véritable enjeu de santé publique, car derrière une apparente « poche d’eau » peut se dissimuler une souffrance physique, psychologique et sociale qu’il est aujourd’hui possible de soulager durablement grâce à une prise en charge adaptée.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net