Le procès sur l’assassinat de l’ancienne ministre et ancienne gouverneure Viviane Yolande Compaoré, aussitôt repris ce vendredi 20 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga II, a été renvoyé aux fins d’expertise psychiatrique sur l’accusé. L’audience reprend donc le 13 mars 2026.

En attendant, Me Sosthène Edgar Dabiré estime qu’il était nécessaire que la juridiction ordonne une expertise psychiatrique ; parce qu’après examen du dossier et également un entretien avec son client (l’accusé), il est ressorti des éléments qui interrogent sur son état mental. « C’est pour cette raison que nous avons souhaité que la juridiction puisse ordonner l’expertise pour la manifestation de la vérité. Je précise que cette demande est légale, puisque fondée sur les dispositions du code de procédure pénale. Ensuite, cette demande renforce les droits de l’accusé, parce qu’elle garantit le droit à un procès équitable. Aussi, elle garantit le droit de la défense et même le respect de la présomption d’innocence », soutient Me Dabiré, pour qui le tribunal a donc, en ordonnant cette expertise, dit le droit.

« Si à l’issue de cette expertise, il se révèle qu’effectivement, l’accusé est dément, cela a une implication juridique sur la responsabilité pénale », projette l’avocat, en réaction à une question à cet effet.

Pendant l’audience, le Parquet, qui s’est opposé à la requête de la défense, a soutenu que l’accusé reconnaît suffisamment les faits, qu’il ne les a jamais contestés, qu’il les explique dans les détails. Sur cet argument, Me Sosthène Edgar Dabiré rétorque que « ce n’est pas parce que l’accusé a reconnu immédiatement les faits, qu’au regard de l’examen, le dossier ne révèle pas des éléments qui mettent à mal son état mental ».

Pour le Parquet, depuis toutes les étapes de la procédure, l’accusé a été suffisamment constant dans la relation des faits, leur reconstitution jusqu’à cette date. « Nous n’avons jamais décelé la moindre incohérence de nature à interpeller notre attention sur un déficit mental (il a dit comment il a préparé, comment il est passé à l’acte, quel est son état actuel après avoir commis le fait). En tout état de cause, je pense que les éléments que le conseil a évoqués ne sont pas de nature à entraîner une quelconque non-imputabilité, c’est-à-dire à rendre l’accusé (ndlr) irresponsable pénalement. C’est pourquoi le Parquet a pensé qu’il ne fallait plus renvoyer le dossier, il faut aller tout de suite à la manifestation de la vérité. En ouvrant les débats, nous pensons que c’est de nature à permettre surtout aux ayants droit de la victime de comprendre exactement ce qui s’est passé dans ce dossier et dans des délais raisonnables, au lieu de traîner avec le dossier », avait plaidé le Parquet.

De son avis, la police technique et scientifique a fait un travail formidable, la médecine légale qui a fait une autopsie a rendu des conclusions très claires sur ce qui s’est passé. « Maintenant, il fallait mener les débats contradictoirement en public, pour que ceux qui assistent, l’opinion aussi, puissent comprendre ce qu’il y a dans le dossier ; étant donné que les actes sont couverts par le secret, il n’y a que les débats publics en audience qui permettent aux gens de comprendre ce qui s’est passé exactement. Mais le tribunal a décidé autrement, nous faisons droit à la requête du conseil de l’accusé, c’est une décision qui est déjà rendue, nous allons contribuer à ce que les diligences soient faites dans les délais impartis et nous prenons acte de la décision du tribunal », a confié le procureur du Faso, Prosper Thiombiano.

Armelle Ouédraogo/Oumar Ouédraogo

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Source: LeFaso.net