
Le procès Viviane Compaoré a repris ce vendredi 20 février 2026 au Tribunal de grande instance Ouaga II. Dès l’entame de l’audience, l’avocat de l’accusé, Me Sosthène Dabiré, a sollicité du Tribunal, la réalisation d’une expertise psychiatrique approfondie. Cette demande devrait, selon lui, permettre de garantir les droits fondamentaux de l’accusé et lui permettre de bénéficier d’un procès équitable.
En effet selon Me Dabiré, après avoir longuement échangé avec son client, il a pu déceler plusieurs indices qui l’amènent à penser que celui-ci ne jouit pas de toutes ses facultés mentales. Il évoque notamment des idées délirantes, un raisonnement déconnecté de la réalité, ainsi qu’une perception erronée selon laquelle ôter la vie à la victime mettrait fin à toutes ses difficultés. Autant d’éléments qui, selon le conseil, s’inscrivent dans un tableau compatible avec des troubles psychotiques, marqués par des pensées obsessionnelles, une désorganisation comportementale et une violence extrême.
La figure de la grand-mère, désignée comme source de tous ses malheurs, est présentée comme un élément central d’un délire structuré, typique de certaines pathologies psychiatriques. À cela s’ajoutent des témoignages familiaux qui décrivent un individu socialement marginalisé, renfermé et en isolement relationnel, autant de signes pouvant correspondre à un trouble mental ancien. Autre point soulevé par la défense, l’état de l’accusé au moment de son interpellation. Celui-ci aurait été sous l’effet de substances non identifiées. Ce qui amène l’avocat à se demander si il n’etait pas également sous l’influence de ces substances au moment des faits. Ce qui aurait pu altérer son discernement.
L’expertise permettra donc selon Me Dabiré, d’établir si l’accusé était en état de démence au moment des faits, d’évaluer sa dangerosité actuelle et d’analyser l’impact éventuel de substances psychoactives sur son comportement.
Face à cette requête, le conseil de la partie civile a affirmé ne pas s’opposer à la demande, estimant qu’elle pourrait contribuer à asseoir la conviction de culpabilité. Le procureur, quant à lui, a indiqué ne pas percevoir la plus value d’une telle expertise. Il argue que la demande semble davantage fondée sur les déclarations de l’accusé que sur des incohérences dans ses actes. Selon le ministère public, l’accusé a fait preuve d’une constance notable tout au long de la procédure. Il a reconnu les faits sans ambiguïté, et la reconstitution a permis de confirmer ses déclarations avec précision, sans contradiction majeure. Pour le procureur, ces éléments ne plaident pas en faveur d’un trouble psychique manifeste. Il insiste également sur la nécessité d’une justice rendue dans un délai raisonnable, car cette demande pourrait ralentir inutilement la procédure sans apporter de réelle plus-value.
Le Tribunal a finalement accédé à la requête du Conseil de l’accusé et a ordonné la conduite d’une expertise psychiatrique. Le procès a donc été renvoyé au vendredi 13 mars 2026.
Armelle Ouédraogo/Oumar Ouédraogo
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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