Le Burkina Faso peut se vanter de regorger de jeunes talents qui innovent, osent et participent au développement économique. Wendemi Sidney Augustin Sawadogo, âgé de 31 ans, en est un. Avec son entreprise « Ouaougba Excellium Engineering », il a révolutionné la fabrication mécanique au Burkina Faso, avec des solutions industrielles sur mesure. Parcours d’un prodige du génie mécanique.

Son signe astrologique est Scorpion. Parmi les traits principaux de ce signe figurent la passion, la détermination, le courage et la résilience. Son parcours est la preuve qu’il coche toutes ces cases. Augustin Sawadogo est né le 18 novembre 1995 à Ouagadougou. Il est le « lagaré » (benjamin) de sa mère.

Il a une enfance normale, mais à l’âge de 6 ans, il est affecté par le décès de sa génitrice, Geneviève Savadogo/Ouédraogo. Cette épreuve douloureuse ébranle la famille. Mais Augustin, élève studieux, réussit à garder le moral haut. Brillant, il obtient son Certificat d’études primaires (CEP) en terminant major de sa promotion. Avec ce premier diplôme, il est orienté au lycée Nelson-Mandela à Ouagadougou où il fait un parcours sans faille en décrochant le Brevet d’études du premier cycle (BEPC).

Wendemi Sidney Augustin Sawadogo confie avoir été affecté par le décès de sa mère. Il dit s’être appliqué à l’école afin de lui rendre hommage.

Le nouveau breveté ambitionne de poursuivre ses études dans le cycle général. Mais son père, Joseph Savadogo, un militaire, a d’autres projets. Il lui préconise d’opter pour un lycée technique. Il accepte à contrecœur et est finalement orienté au lycée technique de Ouagadougou (aujourd’hui lycée technique national Aboubacar-Sangoulé-Lamizana). Augustin Sawadogo s’inscrit en technique industrielle et poursuit son cursus en fabrication mécanique. En 2015, il obtient le baccalauréat technologique. Mais il n’a toujours pas abandonné son rêve, celui de bénéficier de l’enseignement général. Il souhaite s’inscrire en Économie dans une université privée. Le nouveau bachelier nourrit l’ambition de travailler dans un bureau. Il imagine même les futures tenues qu’il va porter : des costumes-cravates. Là encore, son père refuse catégoriquement. Il souhaite qu’il évolue purement dans le génie mécanique.

Voyant ses projets tomber à l’eau, Augustin Sawadogo tente le tout pour le tout. Il sollicite alors l’aide de ses enseignants du lycée. Ces derniers rencontrent son père pour une médiation afin de le convaincre. Joseph Savadogo promet de réfléchir à la doléance de son fils. Une fois les hôtes partis, il lui fait comprendre qu’il ne reviendra pas sur sa décision : il souhaite qu’il soit un expert en génie mécanique, car c’est l’avenir du Burkina Faso, argumente-t-il.

Son père lui propose de tenter sa chance en intégrant l’université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso. Pour ce faire, il doit composer un test. Augustin Sawadogo ne conteste pas, mais il a un plan : il va expressément échouer pour ne pas se rendre dans la cité de Guimbi Ouattara. Coïncidence, le jour-J, il y a la tentative de coup d’État du général Gilbert Diendéré. Le test est finalement repoussé à une date ultérieure. Le jeune homme replie sur Ouagadougou. Pendant cette période, il s’ennuie. Pour s’occuper, il se documente davantage sur le génie mécanique. Le jour de la composition est reprogrammé. Ses frères lui expliquent qu’intégrer une université publique permettra à la famille d’économiser. Ils promettent de lui reverser l’argent qui devait être destiné à son inscription dans un institut privé. Tous ces arguments finissent par le convaincre de réussir son test. Augustin Sawadogo s’applique et le réussit avec brio. Sur 200 candidatures, il est classé 3e. À l’université Nazi-Boni, il s’inscrit dans la filière Génie mécanique et productique. Il obtient son Bac+2 en technologie. Durant cette période, il finit par tomber amoureux du génie mécanique. Suivant toujours les conseils de son père, il se rend au Ghana. Il s’inscrit à l’université Kwame-Nkrumah pour l’obtention du Bachelor. Là-bas, Augustin Sawadogo fait la fierté de son pays : il est major de sa promotion.

Augustin Sawadogo était « un crack » à l’école, selon ses proches.

Plusieurs entreprises remarquent son potentiel. Elles lui proposent des postes alléchants, mais il refuse. Il vise un objectif : rentrer au pays afin de participer, à son échelle, à la vulgarisation du génie mécanique encore peu développé. Sa soif d’apprendre ne tarit pas. Une fois dans son Burkina natal, il poursuit ses études et obtient un master en Management des projets et un second en électromécanique. En 2021, Augustin Sawadogo fait ses premiers pas dans le monde professionnel. Son talent est repéré par de grandes entreprises de la place. Malheureusement, il va encore être éprouvé par la vie.

Son père va tirer sa révérence. Malgré la tristesse qui l’envahit, il fait preuve de résilience. Pour lui, la meilleure manière de lui rendre hommage est d’exceller dans le domaine du génie mécanique. Il se souvient que son père lui soufflait constamment à l’oreille d’entreprendre après avoir acquis de l’expérience au sein des entreprises. Il garde ce conseil dans un coin de sa tête.

Le père d’Augustin Sawadogo a refusé certaines opportunités professionnelles afin de mieux encadrer ses enfants après le décès de leur mère. Son fils s’est lancé dans l’entrepreneuriat pour lui rendre hommage.

Au sein des sociétés dans lesquelles il travaille, Augustin Sawadogo fait un constat amer : lorsque des pièces d’une machine sont endommagées, tout est à l’arrêt. Il faut les commander à l’extérieur du Burkina Faso et patienter souvent pendant une longue période. Cette situation constitue un manque à gagner. Il mène alors la réflexion pour y remédier. Il trouve la solution, mais n’a pas les moyens financiers pour concrétiser son projet. Augustin Sawadogo prend alors une décision drastique : réduire considérablement son train de vie afin d’épargner. Il vend sa voiture et se déplace avec sa vieille moto. Il n’achète aucun bien (parcelle, maison ou matériel de luxe). Et pourtant, il perçoit un « gros » salaire. Il confie que ses collègues n’ont pas compris ce mode de vie. Certains ont ressenti de la peine à son égard pensant qu’il traverse une situation difficile. D’autres, en revanche, l’ont regardé avec un air moqueur. Mais rien ni personne n’empêche le jeune homme de réaliser ce rêve qu’il mûrit en silence.

La machine à commande numérique, une solution concrète

Tout en travaillant, Augustin Sawadogo suit une formation en ligne afin de se perfectionner davantage. Puis, s’envole pour l’Empire du Milieu afin de se former à l’utilisation de la machine à commande numérique. Il souhaite l’importer dans son Burkina natal. Cette machine-outil est pilotée par un ordinateur qui exécute automatiquement des opérations d’usinage à partir d’un programme informatique. Son utilisation requiert un savoir-faire que peu de professionnels, surtout au Burkina Faso, maîtrisent. En Chine, Augustin Sawadogo se forme au sein de l’entreprise qui fabrique la machine. Il est conscient qu’en cas de difficultés, il devra solliciter les services d’un expert en Chine ou dans un autre pays, ce qui le rendrait dépendant. Il décide alors de s’inscrire dans une école en Chine afin d’allier théorie et pratique. Cela lui permet d’être autonome. À la suite de cette formation pointue, il plie bagage et rentre au bercail. Après cette aventure, il met officiellement en place son entreprise. En 2025, Ouaougba Excellium Engineering voit le jour avec pour slogan : « Une force innovante au Burkina Faso, révolutionnant la fabrication mécanique avec des solutions industrielles sur mesure ».

Augustin Sawadogo propose des solutions de fabrication de pièces mécaniques, même les plus complexes, aux entreprises ainsi qu’aux particuliers. Et ce, dans des délais courts et à des prix abordables. La machine à commande numérique permet de fabriquer les pièces de trois différentes manières. Premièrement, lorsque le client dispose du modèle exact de la pièce souhaitée, celui-ci est analysé et reproduit à l’aide d’un logiciel de conception assisté par ordinateur, avant d’être fabriqué grâce à la machine-outil. Deuxièmement, si le client possède déjà le dessin technique de la pièce, l’équipe procède à sa programmation, puis à sa fabrication conformément aux spécifications fournies. Troisièmement, dans le cas où le client ne dispose ni du modèle ni du dessin technique, mais uniquement de l’empreinte ou de l’emplacement destiné à accueillir la pièce, des relevés sont effectués afin d’assurer la conception complète et adaptée de la pièce. Quand aucune empreinte n’est disponible, une nouvelle pièce est entièrement conçue en fonction des besoins exprimés.

La machine à commande numérique permet de fabriquer des pièces mécaniques en série, par milliers, en un temps record.

Augustin Sawadogo explique que la machine à commande numérique est déjà utilisée par certaines grandes entreprises au Burkina Faso. Mais, elles ne l’utilisent que pour leurs besoins spécifiques. Il est donc celui qui l’a démocratisée. Désormais, plus besoin de se rendre à l’extérieur du pays : les pièces sont reproduites localement grâce à ce « Burkinbila » (fils du Burkina Faso).

Augustin Sawadogo se décrit comme perfectionniste. Il a à cœur de reproduire des pièces de qualité. Il ne pense pas forcément au profit, mais à la satisfaction de ses clients. Il se fixe comme objectif que les pièces qu’il propose durent le plus longtemps possible.

Une pièce mécanique en cours de fabrication

Le père d’Augustin Sawadogo a eu neuf enfants. Dans sa passion, le jeune entrepreneur a pu compter sur l’accompagnement de ses frères et sœurs. L’un de ses aînés, Tindwendé David Elvis Savadogo, dit ne pas être surpris par sa trajectoire professionnelle. Il révèle que son cadet a toujours fait preuve d’une grande ambition et d’une réelle créativité. Déjà au lycée, il se distinguait par sa capacité à se projeter dans l’avenir. La famille a décelé chez lui un esprit d’initiative et une volonté constante d’innover. Elvis Savadogo confie toutefois que son petit frère a un principal défaut : l’obstination. Lorsqu’il s’engage dans un projet, il lui est difficile de s’en détacher. Mais cette ténacité constitue également l’une de ses plus grandes qualités. C’est précisément cette détermination qui lui permet d’accomplir de grands projets. Son obstination peut ainsi être perçue à la fois comme une force et comme une faiblesse, analyse son frère aîné.

Elvis Savadogo se dit fier de son frère cadet. Il formule le vœu qu’il révolutionne le domaine de la mécanique au Burkina Faso.

Dans cette quête visant à rendre son pays moins dépendant de l’extérieur en matière de pièces mécaniques, le jeune prodige est confronté à plusieurs difficultés. Il se heurte à des préjugés. Certains doutent de la crédibilité de son expertise. « Ils supposent qu’il est peu probable que cela soit possible localement », confie-t-il, peiné. Ces derniers continuent donc de passer leurs commandes à l’international. Heureusement, d’autres lui font confiance. Grâce à la qualité de son travail, il est recommandé et fournit souvent des pièces en grande quantité aux entreprises. Il se réjouit de constater que la majorité de sa clientèle est satisfaite et choisit de le recontacter en cas de besoin.

Achille Ouédraogo est l’un des clients du jeune entrepreneur. Il ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Augustin Sawadogo qu’il côtoie depuis plusieurs années. Il le décrit comme sage, intelligent et déterminé pour son jeune âge. Achille Ouédraogo se dit satisfait des prestations du jeune entrepreneur. Il encourage d’ailleurs les entreprises à faire confiance à ce prodige du génie mécanique, car ses pièces sont de qualité.

L’entreprise a des clients dans certains pays voisins

Autre défi rencontré par Augustin Sawadogo : la difficulté à trouver des ressources humaines maîtrisant ce savoir-faire. Il compte quatre collaborateurs au sein de son entreprise. Judicaël Kevin Ouédraogo fait partie de son équipe depuis le début. Il qualifie son jeune patron de « rigoureux » et de « bienveillant ». Il fait savoir qu’il a la culture de la transmission, ce qui fait de lui un modèle. Judicaël Kevin Ouédraogo renchérit en précisant que l’entrepreneur est « allergique à la paresse ». Pour mieux collaborer avec lui, il faut donc travailler sans relâche.

Judicaël Kevin Ouédraogo (à droite) confie qu’Augustin Sawadogo est un excellent formateur en génie mécanique.

À ce jour, aucune femme ne fait partie de l’équipe, ce que regrette Augustin Sawadogo. Il affirme d’ailleurs accorder une préférence à leur recrutement, estimant que ce métier exige une grande précision. Une qualité qu’il associe à leur sens du détail et à leur rigueur. Il espère toutefois que cette situation évoluera, car les femmes s’orientent encore timidement vers cette filière. Il rappelle qu’au cours de sa formation à l’université Nazi-Boni, sa promotion n’a compté qu’une femme pour 22 hommes. Ce qui illustre le faible taux de présence féminine dans ce domaine. Malgré les nombreux obstacles sur son chemin, rien n’ébranle le jeune entrepreneur qui vise les étoiles. D’ici dix ans, Augustin Sawadogo rêve de détenir le plus grand atelier d’Afrique de l’Ouest en termes de fabrication mécanique. Il espère également ouvrir un centre de formation pour vulgariser le génie mécanique au Burkina Faso. Il souligne que dans un pays qui ambitionne d’être une puissance industrielle, il est essentiel de disposer d’experts capables d’empêcher l’arrêt des machines. Il ne souhaite pas qu’à cause d’une panne ou par manque de pièces au Burkina Faso, les activités soient ralenties.

Le jeune entrepreneur rêve d’acquérir d’autres machines afin de répondre à la demande nationale.

Aux jeunes qui souhaitent embrasser cette carrière ou se lancer dans l’entrepreneuriat, ce modèle d’abnégation conseille de mûrir la réflexion et de proposer des solutions locales aux besoins des populations.

Samirah Bationo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net