En mars, le monde entier met la femme à l’honneur. Et le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les hommages, célébrations et activités festives rythment généralement cette date symbolique. Mais cette année, au Burkina Faso, le ton change. À l’initiative de la ministre en charge de la famille et de la solidarité Passowendé Pélagie Kaboré, la commémoration se veut plus sobre, plus engagée, et surtout plus réfléchie. Il ne s’agira plus de festivités, mais d’un véritable cadre d’échanges et de réflexion sur la condition féminine et les défis à relever. Ce 4 mars 2026, lefaso.net a tendu son micro à quelques citoyens afin de recueillir leurs points de vue.

Dans les rues de la capitale ouagalaise, l’annonce a suscité de nombreuses réactions positives. En effet, dès les premières heures qui ont suivi la déclaration de la ministre de la famille et de la solidarité, les discussions se sont multipliées. Les citoyens qui ont accepté de se prêter à notre micro estiment que célébrer le 8 mars dans la sobriété redonnera tout son sens à cette journée symbolique qui célèbre la place centrale qu’occupe la femme dans la société.

Au marché de Gounghin, les commerçants, à l’instar d’Issaka Nana, saluent l’initiative prise par la ministre. À l’entendre, au Burkina Faso, les femmes ignorent le sens de cette journée et la célèbrent autrement. « Je soutiens totalement la décision de la ministre. Je suis un mari de trois épouses. Après une dizaine d’années de mariage, j’ai eu une altercation violente avec ma première épouse à cause de la manière dont elle voulait célébrer le 8 mars. En effet, celle-ci voulait aller dans un bar avec les jeunes filles de ma sœur. Ma mère et moi-même nous sommes opposés. Suite à une mauvaise réponse de sa part, nous nous sommes disputés. Et, depuis ce jour, j’ai interdit tout ce qui est en rapport avec le 8 mars dans ma famille. Car les femmes ont transformé cette journée qui était censée être un jour de réflexion en une journée où elles effectuent des sorties qui n’ont pas lieu d’être. Mais par-dessus tout, certaines en profitent pour tromper leurs époux », explique le commerçant.

Issaka Nana a confié que le 8 mars a été la cause d’une dispute avec sa femme

Même son de cloche chez Rasmata Bargo. Devant ses articles, la quadragénaire confie également que la décision du lieutenant-colonel Passowendé Pélagie Kaboré est très salutaire. « J’encourage l’initiative entreprise par la ministre. Car les actes que certaines femmes posent généralement lors du 8 mars ne sont pas dignes de femmes au foyer. Pour moi, le 8 mars, à la base, est l’occasion pour nous, femmes, de nous réunir, de créer un cadre d’échanges et de mener des réflexions riches pour nos familles ainsi que le futur de nos enfants et de mener des réflexions concourant au développement du pays. Et non un jour pour faire des djandjoba, des célébrations à n’en point finir dans des débits de boissons », a-t-elle fait entendre.

« Je n’ai pas connu le 8 mars comme une fête où l’on doit organiser des djandjoba », lance Rasmata Bargo

Le débat s’invite également chez les commerçants spécialisés dans la vente des poulets. Roland Compaoré indique que cette idée de fêter le 8 mars n’était pas une initiative qu’il appréciait. « Je suis d’avis avec l’initiative. Si cela ne dépendait que de moi, j’aurais voté pour qu’on reverse l’argent des djandjoba au profit des personnes nécessiteuses car elles sont dans le besoin », a-t-il laissé entendre.

Roland Compaoré souhaite que les fonds du djandjoba soient utilisés pour aider ceux qui sont dans le besoin

Pour lui, l’initiative de la ministre intervient comme une occasion de changer les mentalités.

De son côté, Awa Cissé voit le 8 mars autrement même si elle soutient la décision de la ministre. « Je soutiens l’initiative car il faut fêter dignement aussi. Mais moi j’aimerais que, pour la seule journée qui nous est dédiée, les hommes nous remplacent en ce jour spécial en faisant le marché et la cuisine afin de nous permettre de nous reposer », a-t-elle souhaité.

En tout état de cause, la décision de la ministre de la famille et de la solidarité de célébrer autrement le 8 mars 2026 apparaît aux yeux des citoyens burkinabè comme une décision forte et significative. La réaction des citoyens face à cette décision montre qu’elle répond à un besoin réel. Ainsi, l’on peut se permettre de dire que cette décision apparaît comme une porte d’ouverture vers une prise de décision plus engagée et responsable, mais surtout un chemin vers la reconnaissance de la place centrale qu’occupe la femme dans l’édification du pays.

Awa Cissé formule le vœu que les hommes prennent le relais le jour du 8 mars

Par ailleurs, pour célébrer le mois de la femme, un plan minutieux a été élaboré. Il s’agit notamment d’une marche sportive qui s’est déroulée le 3 mars dernier. À cela s’ajoutent la réalisation d’infrastructures de production et de transformation des produits locaux, la mise en place de jardins maraîchers au profit des femmes en passant par l’organisation d’une journée de participation des femmes bâtisseuses de paix. Aussi, le mois de la femme sera marqué par des activités de sensibilisation, des causeries-débats ainsi que des prières œcuméniques.

À noter que le 8 mars 2026 est placé sous le thème : « Bâtir une paix durable au Burkina Faso, quelle contribution de la femme et des filles à la promotion du vivre-ensemble ? »

Muriel Dominique Ouédraogo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net