
Dans la fraîcheur matinale ou sous le soleil écrasant de Ouagadougou, ils travaillent en silence. Ils sont formateurs agricoles, éducateurs, sportifs ou encore animateurs communautaires. De façon efficace mais discrète, des volontaires nationaux sillonnent des quartiers et des villages pour transmettre un savoir, réparer une route, éveiller un enfant ou rapprocher des habitants. À Marcoussis, Komsilga, Tanghin-Dassouri et d’autres localités, leurs gestes permettent le développement. Ce sont de jeunes femmes et hommes ordinaires qui ont choisi de donner un peu de leur temps pour transformer le quotidien de leur communauté.
À Marcoussis, en périphérie de Ouagadougou, dans de petits périmètres au milieu des planches de culture, Wendpanga Cédric Ouédraogo et ses camarades ont formé des habitants à la culture hors-sol. Consultant formateur et spécialiste en agriculture hors-sol, il a choisi de devenir volontaire national il y a cinq mois. Une décision qui, dit-il, n’a rien d’un hasard. « J’avais envie de contribuer dans la communauté. Je me suis dit que ce que je savais faire pouvait servir ailleurs que dans un bureau », raconte-t-il. Pendant plusieurs semaines, il a travaillé avec un groupe de femmes du quartier Marcoussis. Ensemble, ils ont appris à cultiver autrement. Sans terre, parfois avec de simples contenants, en maîtrisant l’eau et les nutriments.
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Il se souvient qu’au début, les femmes regardaient les installations avec scepticisme. « Elles ne connaissaient pas du tout la culture hors-sol. Il fallait d’abord expliquer, puis montrer, et surtout pratiquer. » Alors, aux côtés des volontaires, les femmes ont essayé de planter, d’arroser et d’observer. De nombreuses spéculations y ont été introduites telles que la laitue, l’aubergine, le piment, la tomate, etc. Selon Cédric Ouédraogo, aujourd’hui, certaines de ces femmes produisent déjà assez pour vendre. « Maintenant, elles maîtrisent la technique. Elles peuvent produire et générer des revenus pour leurs besoins. Ça, c’est ma plus grande fierté », se réjouit le jeune volontaire.

Des routes réparées à la force des bras
Dans d’autres quartiers, d’autres scènes racontent un autre visage du volontariat. Dans un quartier de l’arrondissement 9 de Ouagadougou, des habitants ont travaillé avec des sacs de sable. Séverin Kiendrebéogo, volontaire national, se souvient que, muni de casques rouges, de gilets fluorescents et de brouettes improvisées, ils ont donné vie à des chantiers collectifs. Séverin est volontaire national chargé du suivi et de l’évaluation dans le cadre du projet de renforcement des capacités des jeunes au Sahel. Mais sur le terrain, il met surtout les mains à la terre. Avec les habitants, il a participé à la réhabilitation de routes en terre grâce à une technique japonaise appelée Do-Nou. Le principe est simple, selon lui. Remplir des sacs de terre ou de latérite, les disposer méthodiquement pour stabiliser les voies et permettre aux véhicules de circuler même après les pluies. « Ce qui est intéressant avec cette technique, c’est qu’elle peut être reproduite partout. On utilise des matériaux disponibles localement. Les habitants peuvent eux-mêmes réparer leurs routes », explique-t-il. Dans certains quartiers où les camions ne pouvaient plus passer, les pistes ont été remises en état. Les habitants peuvent se déplacer sans patauger dans la boue et les motos circulent plus facilement. Mais au-delà des routes réparées, Séverin parle surtout de la dynamique humaine. « On a travaillé avec les populations et aussi avec des personnes déplacées internes. Tout le monde participait. Ça a vraiment renforcé la cohésion sociale », insiste-t-il, ajoutant que plus de 2 000 personnes ont été formées à cette technique. « Quand je passe et je vois une route qu’on a faite ensemble avec les habitants, je me souviens que j’ai participé à ça. Je suis fier. »

L’école comme refuge
À Komsilga, dans le village de Siguinvoussé, c’est l’éveil et l’éducation qui ont animé le volontariat des jeunes. Bibata Gansonré, volontaire nationale depuis deux ans, accompagne les tout-petits dans leurs premiers pas vers l’école. Les activités semblent simples avec la prélecture, le graphisme, l’éveil, les petits travaux manuels. Mais la réalité derrière ces exercices est plus complexe, à en croire la jeune dame. « Au début, ce n’était pas facile », confie-t-elle. Beaucoup de ces enfants viennent de familles déplacées ou très modestes.
Certains arrivaient sans parler français. D’autres arrivaient le ventre vide. « Quand ils arrivent, on sent que la faim les fatigue. Ils demandent souvent à manger. » Grâce au projet de Renforcement des capacités des jeunes (PRCJ) de l’Agence japonaise de développement (JICA), un goûter est distribué à 10h puis à midi. Des vêtements et du savon ont également été fournis. Des gestes simples, mais qui changent beaucoup la donne, selon Bibata. « Maintenant, les enfants parlent français. Ils écrivent un peu. Et les parents viennent souvent dire merci. »
La directrice d’un centre privé à Siguinvoussé, Monique Nacoulma, se souvient des premiers mois. « Les enfants, en venant au centre, pleuraient. Certains ne savaient pas dire bonjour mais maintenant, le matin, il y a les plus petits qui arrivent à dire bonjour et au revoir en rentrant. Les parents sont contents maintenant », détaille-t-elle, faisant aussi savoir que ces enfants étaient au nombre de 20.

Le sport pour se retrouver
Youssouf Kafando a travaillé avec des groupes d’élèves durant son volontariat. Il est membre de l’équipe nationale burkinabè de baseball5 et volontaire dans le domaine du sport et de la cohésion sociale. Le baseball5, indique-t-il, est une version simplifiée du baseball adaptée aux jeunes. « C’est ma première année dans le programme », dit-il avec le sourire. Youssouf fait savoir que son expérience en tant que volontaire national le satisfait pleinement. Pour les enfants avec lesquels il a travaillé, l’expérience était aussi nouvelle qu’enrichissante. « Ils étaient très contents d’apprendre ce sport. Et pour moi aussi, c’est une grande joie de transmettre », affirme le jeune homme, qui confie qu’au fil des séances, les équipes se forment, les stratégies s’affinent et les amitiés se nouent. Pour Youssouf, le sport est bien plus qu’un jeu. « À travers le sport, on peut créer beaucoup de relations. C’est une bonne chose pour la jeunesse. »
Une mobilisation structurée
Derrière ces histoires individuelles, c’est un dispositif national qui s’est déployé pour un développement par le volontariat. Pour ce qui concerne Cédric, Sévérin, Bibata, Monique et Youssouf, c’est en 2025 qu’ils ont été retenus parmi 103 volontaires nationaux à Ouagadougou, Koubri, Pabré, Komki-Ipala, Saaba et Komsilga.
Le directeur général du Programme national de volontariat, Djourmité Nestor Noufé, évoque une dynamique collective. Selon lui, ces jeunes ont été engagés dans des domaines très concrets de réhabilitation de routes, de renforcement des capacités agricoles, d’appui au préscolaire ou encore de promotion du sport. « Au total, les interventions ont permis de toucher 3 455 personnes, dont 1 550 femmes et plus de 200 personnes déplacées internes », précise le directeur général. Mais derrière ces chiffres, insiste-t-il, il y a surtout des transformations de mentalités, des compétences transmises et des communautés qui travaillent ensemble. La coopération japonaise, partenaire du projet, a vu en ce programme une manière d’investir durablement dans la jeunesse. Le bilan des actions fait le 11 mars 2026 dans les différentes communes montre qu’une approche multisectorielle agriculture, infrastructures, éducation ou sport peut produire des effets durables.

C’est en octobre 2025 que le Groupement d’intérêt public-Programme national de volontariat au Burkina Faso (GIP-PNVB) et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ont lancé cette deuxième phase de ce Projet de renforcement des capacités des jeunes au Burkina Faso. Le programme s’étend dans sept communes du Kadiogo à Ouagadougou, Saaba, Tanghin-Dassouri, Komki-Ipala, Komsilga, Pabré et Koubri, avec une attention particulière portée aux personnes déplacées internes et aux communautés qui les accueillent, souvent confrontées aux difficultés d’accès aux revenus, à la mobilité, etc.
Pour Séverin Kiendrebéogo et ses collègues, le volontariat est avant tout une école. « On apprend beaucoup. On travaille ensemble. Et on fait quelque chose pour le pays. » Grâce à ces jeunes qui donnent de leur temps et de leur énergie, des routes ont été réparées, des femmes cultivent pour se nourrir et des enfants continuent de courir, d’écrire et de jouer.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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