À l’occasion de la Journée mondiale du sommeil, célébrée le 13 mars 2026, la Société burkinabè de pneumologie (SOBUT) a réuni pneumologues, neurologues, cardiologues et autres spécialistes autour d’une table-ronde consacrée au syndrome d’apnées du sommeil. Au-delà de l’état des lieux présenté, la rencontre a surtout mis en lumière la nécessité pour le Burkina Faso de se doter d’un laboratoire du sommeil capable d’améliorer le diagnostic, la prise en charge et la recherche sur les troubles du sommeil.

Placée sous le thème « Syndrome d’apnées du sommeil au Burkina Faso : état des lieux et regards croisés pluridisciplinaires », la rencontre organisée à Ouagadougou a permis aux spécialistes de partager les réalités locales d’une pathologie encore insuffisamment connue du grand public. Présentant les données disponibles, Dr Bougma, pneumologue, a rappelé que le syndrome d’apnées du sommeil ne relève pas d’une seule spécialité médicale. « Le syndrome d’apnées du sommeil est une pathologie transversale qui mobilise plusieurs disciplines, d’où l’importance de croiser les expertises pour améliorer la prise en charge », a-t-il expliqué. Son exposé s’est appuyé sur une étude du groupe sommeil de la Société africaine de pneumologie de langue française, portant sur quinze pays francophones africains. Cette étude, en cours de publication, analyse les ressources humaines, les outils diagnostics et les moyens thérapeutiques disponibles jusqu’en décembre 2025.

Selon ces données, le Burkina Faso compte 29 praticiens formés en pathologie respiratoire du sommeil, dont onze réellement actifs. Ce chiffre place le pays au troisième rang derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal en nombre brut de professionnels formés. Mais rapporté à la population, cela représente environ 1,3 praticien pour un million d’habitants, soit une cinquième position parmi les quinze pays étudiés.

Des moyens diagnostics encore concentrés dans le privé

L’un des constats majeurs concerne l’accès au diagnostic. Au Burkina Faso, aucun centre ne dispose encore de polysomnographie, examen considéré comme la référence pour confirmer l’apnée du sommeil. Le pays dispose uniquement de polygraphies ventilatoires, avec onze centres identifiés. Tous appartiennent au secteur privé, et la quasi-totalité se trouve à Ouagadougou, avec un seul centre hors de la capitale. Le coût moyen d’une polygraphie ventilatoire est estimé entre 69 et 122 euros, un coût jugé relativement plus accessible par rapport à plusieurs pays voisins. En Côte d’Ivoire, ce coût varie entre 114 et 259 euros, tandis qu’au Sénégal, il peut atteindre 229 euros. Cette accessibilité relative ne gomme cependant pas les disparités territoriales. Pour de nombreux patients vivant hors de la capitale, l’accès à un diagnostic spécialisé reste difficile, dans un contexte où les troubles du sommeil sont souvent banalisés ou assimilés à de simples fatigues liées au rythme de vie, à la chaleur ou au stress quotidien.

Cette table-ronde a refusé du monde.

Un laboratoire du sommeil avec une approche pluridisciplinaire

Pour le président de la SOBUT, Dr Abdoul Risgou Ouédraogo, l’enjeu dépasse désormais le simple constat statistique. « Le syndrome d’apnées du sommeil constitue un problème majeur de santé publique de par ses nombreuses complications cardiovasculaires et les accidents de circulation », a-t-il indiqué. Il souligne que cette pathologie reste encore sous-diagnostiquée au Burkina Faso, alors même que ses signes deviennent fréquents dans plusieurs services hospitaliers : pneumologie, cardiologie, neurologie ou médecine interne. Selon lui, les manifestations respiratoires liées à l’apnée représentent aujourd’hui environ 10% des motifs de consultation en pneumologie. La SOBUT porte désormais un projet structurant : la mise en place d’un laboratoire du sommeil. « Ce laboratoire du sommeil sera la base d’une prise en charge exhaustive des patients et aussi un centre de recherche », a affirmé le Dr Ouédraogo. L’objectif est de disposer d’équipements plus complets permettant de diagnostiquer non seulement l’apnée du sommeil, mais aussi d’autres troubles encore peu explorés localement : insomnies sévères, troubles neurologiques du sommeil, troubles cardiorespiratoires nocturnes ou hypersomnies.

L’une des particularités de cette table-ronde réside dans la diversité des spécialités représentées. Aux côtés des pneumologues, plusieurs experts ont participé aux échanges, notamment le Pr Martial Ouédraogo, le Pr Valentin Yaméogo et le Pr Napon. Cette pluralité illustre la nature même des troubles du sommeil, qui peuvent avoir des répercussions neurologiques, cardiovasculaires, respiratoires et métaboliques. Le futur laboratoire envisagé devrait ainsi fonctionner comme une plateforme collaborative où plusieurs spécialités interviendraient dans l’évaluation et le suivi des patients.

« Il s’agit d’une pathologie encore sous-diagnostiquée et méconnue au Burkina Faso », a fait savoir Dr Abdoul Risgou Ouédraogo, président de la SOBUT, concernant l’apnée du sommeil.

Des signes souvent négligés par les patients

Les spécialistes présents ont également insisté sur la vigilance à adopter face à certains signes nocturnes. Le ronflement régulier, la somnolence diurne, l’endormissement au volant ou en réunion, les réveils nocturnes répétés ou encore certaines hypertensions difficiles à équilibrer doivent alerter. « Tout ronflement ne signifie pas forcément apnée du sommeil, mais la majorité des patients qui ronflent doivent être considérés comme suspects », a rappelé le Dr Abdoul Risgou Ouédraogo. Les médecins recommandent particulièrement aux personnes souffrant d’hypertension résistante, malgré plusieurs traitements, de consulter afin d’écarter un trouble respiratoire du sommeil.

Au Burkina Faso, où l’offre de soins spécialisés continue de se structurer progressivement, la question du sommeil s’impose désormais comme un champ émergent de santé publique. La création d’un laboratoire du sommeil pourrait permettre non seulement de renforcer le diagnostic local, mais aussi de développer des recherches adaptées aux réalités nationales : habitudes de sommeil, impact du climat chaud, urbanisation, stress professionnel et maladies chroniques. À terme, les spécialistes espèrent également voir émerger une société savante burkinabè dédiée au sommeil, à l’image de ce qui existe déjà au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Une évolution qui pourrait, selon la SOBUT, donner davantage de visibilité à un domaine médical encore discret, mais dont les enjeux touchent directement la qualité de vie, la sécurité routière et la prévention cardiovasculaire.

Farida Thiombiano

Lefaso.net

Source: LeFaso.net