
Dans le cadre de la mise en œuvre du Projet régional pour l’autonomisation des femmes et le dividende démographique en Afrique subsaharienne plus (SWEDD+), une formation de renforcement de capacités a été organisée les 20 et 21 janvier 2026 au profit des hommes et femmes de médias, conformément à la composante 1.1 du projet dédiée à la Communication pour le changement social et comportemental (CCSC). En marge de cette formation, Joanny Compaoré de la Direction générale de la famille et de l’enfant a animé une communication sur le mariage des enfants au Burkina Faso. Selon ses révélations, cette pratique est en recul au pays des hommes intègres mais demeure toujours préoccupante.
Selon les données présentées, le mariage d’enfants est une union qui implique au moins une personne âgée de moins de 18 ans, qu’elle soit célébrée de manière civile, religieuse ou coutumière. Cette pratique, considérée comme une violation des droits humains des femmes et des enfants, reste particulièrement répandue en Afrique subsaharienne et au Burkina Faso, notamment en milieu rural.
Les statistiques présentées lors de cette séance de formation indiquent toutefois une légère baisse du phénomène ces dernières années. En effet, l’enquête démographique et de santé (EDS V) de 2021 révèle que 38,2 % des femmes âgées de 20 à 24 ans étaient en union avant l’âge de 18 ans, contre 51,6 % en 2015 et 53 % en 2010. La proportion des mariages avant 15 ans est également passée de 10,2 % en 2010 à 7,8 % en 2021. Cependant, les disparités restent marquées entre les zones urbaines et rurales où la pratique demeure plus fréquente.
La communication a également mis en lumière plusieurs formes de mariages d’enfants observées dans certaines communautés. Il s’agit notamment du don de filles, qui vise à renforcer les liens entre familles ; de l’échange de filles entre deux familles appelé « litho » ; du rapt ou encore des unions imposées à la suite d’une grossesse précoce.
Les causes du mariage d’enfants sont d’ordre économique et socio-culturel…
À entendre Joanny Compaoré, plusieurs facteurs expliquent la persistance de cette pratique. Les causes économiques figurent parmi les plus importantes car la précarité pousse certains parents à marier leurs filles afin de réduire les charges familiales. À cela s’ajoutent des facteurs socioculturels tels que le respect des traditions, la crainte des grossesses hors mariage, le faible accès à l’éducation ou encore l’ignorance des conséquences et de la législation en vigueur.
Mais cette pratique néfaste n’est pas sans conséquences sur la vie des victimes. Elles sont multiples et touchent plusieurs dimensions de la vie des jeunes filles. Cette pratique entraîne souvent la déscolarisation, accentue les inégalités entre les sexes et expose les victimes à des violences domestiques. Sur le plan sanitaire, elle favorise les grossesses précoces, les complications lors de l’accouchement, les fistules obstétricales ainsi qu’une hausse de la mortalité maternelle et infantile.
Face à ces défis, le Burkina Faso a engagé diverses initiatives pour lutter contre ce phénomène. Le pays a ratifié plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits de l’enfant et a adopté en 2015 une stratégie nationale de prévention et d’élimination du mariage d’enfants. Des plateformes multisectorielles ont également été mises en place pour coordonner les actions, tandis que des campagnes de sensibilisation et des programmes de maintien des jeunes filles à l’école sont menés dans plusieurs régions.
Des milliers d’adolescentes victimes ou à risque bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement psychosocial, de formations et d’activités génératrices de revenus. Par ailleurs, plus de 6 000 villages ont publiquement déclaré l’abandon du mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines dans leurs communautés.
Le communiquant a terminé en indiquant que malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent, notamment l’insuffisance des ressources, la persistance des pratiques socioculturelles néfastes, la faible coordination des actions et l’application insuffisante des textes juridiques. C’est pour cela qu’il a souligné le rôle essentiel des médias dans la lutte contre ce fléau. Il a invité les journalistes à relayer les politiques de protection des enfants, à sensibiliser les populations et à accompagner les initiatives qui visent à mettre fin au mariage d’enfants.
H.K
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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