Au terme de l’année 2025, l’économie mondiale semble entrer dans une phase de transition plus apaisée. Après plusieurs années marquées par des chocs successifs : pandémie, tensions géopolitiques, inflation élevée ; les derniers indicateurs du quatrième trimestre 2025 dessinent un paysage économique plus stable, bien que toujours traversé d’incertitudes. C’est ce qui ressort du rapport sur la politique monétaire dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) publié en mars 2026. De Washington à Ouagadougou en passant par Bruxelles et Pékin, la croissance résiste, l’inflation recule progressivement, et les politiques économiques s’ajustent avec prudence.

Au quatrième trimestre 2025, l’activité économique mondiale a poursuivi sa progression, mais à un rythme modéré. Aux États-Unis, la croissance du PIB s’est établie à 1,8% en glissement annuel, en léger repli après 2,3% au trimestre précédent. Cette décélération traduit les effets différés du resserrement monétaire passé, malgré un début d’assouplissement de la politique de la Réserve fédérale.

Dans la zone euro, la dynamique reste également contenue, avec une croissance de 1,3%, contre 1,4% précédemment. L’économie européenne continue de composer avec des fragilités structurelles et des incertitudes budgétaires, notamment dans les grandes économies comme l’Allemagne et la France.

Du côté des économies émergentes, le tableau est plus contrasté mais globalement dynamique. La Chine maintient une croissance solide à 4,5%, bien qu’en léger ralentissement. L’Afrique du Sud affiche une progression de 1,9%, confirmant une reprise encore fragile.

En Afrique de l’Ouest en revanche, la dynamique est plus vigoureuse. Le Nigeria enregistre une nette accélération à 5,1%, tandis que le Ghana consolide sa performance à 5,5%. Ces résultats témoignent d’une résilience remarquable dans un environnement international pourtant incertain.

Une inflation en recul, mais sous surveillance

L’un des faits marquants de la période reste la poursuite de la désinflation à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, l’inflation s’établit à 2,7% en décembre 2025, en légère baisse. Dans la zone euro, elle recule davantage pour atteindre 1,9%, repassant sous la barre symbolique des 2%.

Dans les économies émergentes, la situation est plus nuancée. La Chine sort d’une phase de déflation pour enregistrer une inflation modeste de 0,8%, tandis que l’Afrique du Sud voit ses prix progresser à 3,6%.

En Afrique de l’Ouest, la tendance est clairement à la baisse. Le Nigeria enregistre une chute spectaculaire de l’inflation à 15,2% (contre 21,0%), tandis que le Ghana passe de 9,4% à 5,4%. Cette amélioration contribue à soutenir le pouvoir d’achat et la stabilité macroéconomique.

Cependant, les risques persistent. Les tensions géopolitiques et les effets du changement climatique continuent de peser sur les chaînes d’approvisionnement et les prix des matières premières, laissant planer une incertitude sur la trajectoire future de l’inflation.

Des conditions financières plus favorables

Sur les marchés financiers, le quatrième trimestre 2025 a été marqué par une détente des taux d’intérêt à court terme, notamment aux États-Unis où le taux interbancaire a reculé à 3,90%, sous l’effet des mesures d’assouplissement de la Réserve fédérale (FED). En zone euro, la stabilité prévaut, reflétant une posture attentiste de la Banque centrale européenne.

Les marchés obligataires présentent des évolutions contrastées. Les rendements à long terme augmentent en Europe, sous l’effet de préoccupations budgétaires, tandis qu’ils reculent aux États-Unis et en Afrique du Sud, traduisant les anticipations de politiques monétaires plus accommodantes. Sur le marché des changes, l’euro reste globalement stable, signe d’un certain équilibre dans les flux financiers internationaux.

Le marché des matières premières confirme une tendance à la détente des prix énergétiques. Les prix du pétrole ont reculé, tirés par des anticipations d’excédent d’offre mondiale. À l’inverse, les produits hors énergie, notamment les métaux précieux, enregistrent une hausse.

Pour les pays de l’UEMOA, cette évolution se traduit par une légère baisse de l’indice des prix des matières premières exportées, notamment en raison du recul des cours du cacao et de l’huile de palmiste, deux produits stratégiques pour la région.

Evolution de l’encours de la dette publique de l’UEMOA réalisé par la BCEAO

L’UEMOA, un pôle de croissance robuste

Dans ce contexte international, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) se distingue par la solidité de ses fondamentaux. Au quatrième trimestre 2025, la croissance du PIB réel s’est maintenue à un niveau élevé de 6,5%, confirmant le dynamisme de l’ensemble des secteurs économiques. Sur l’ensemble de l’année, la croissance atteint 6,7%, en progression par rapport à 2024. Cette performance s’appuie sur la vitalité des activités agricoles, commerciales et industrielles.

Fait notable, l’inflation dans l’Union est restée négative (-0,8% au quatrième trimestre), traduisant une baisse des prix, notamment des produits alimentaires et des services de restauration. En moyenne annuelle, elle ressort à 0,0%, après 3,5% en 2024.

La gestion des finances publiques dans l’UEMOA montre des signes d’assainissement. Le déficit budgétaire est ramené à 3,7% du PIB en 2025, contre 5,4% un an plus tôt. Parallèlement, la dette publique recule à 63% du PIB.

Les comptes extérieurs s’améliorent également, avec un excédent significatif de la balance des paiements, soutenu par la hausse des exportations et une amélioration des termes de l’échange. Sur le plan monétaire, la masse monétaire progresse fortement (+17,4%), portée par l’augmentation des actifs extérieurs nets et des crédits à l’économie.

La Bourse régionale, elle, affiche une performance remarquable. L’indice BRVM Composite progresse de 8,1% au quatrième trimestre, tandis que la capitalisation boursière bondit de plus de 20% sur l’ensemble de l’année 2025. Cette dynamique reflète une confiance accrue des investisseurs et un approfondissement du marché financier régional.

Évolution des indices sectoriels de la BRVM au troisième trimestre 2025 (Source : BRVM)

Quelles perspectives pour 2026 et 2027 ?

Les perspectives pour l’UEMOA restent globalement favorables. La croissance est attendue à 6,4% en 2026 et 6,3% en 2027, soutenue par les secteurs extractifs, manufacturiers et les services. L’inflation devrait revenir progressivement dans la fourchette cible (1% à 3%), tandis que le déficit budgétaire continuerait de se réduire. Le financement du secteur privé devrait également s’accélérer, avec une hausse attendue des crédits à l’économie.

Toutefois, ces perspectives demeurent exposées à plusieurs risques : instabilité sécuritaire dans certaines zones, volatilité des prix des matières premières, tensions géopolitiques et impacts du changement climatique.

En somme, l’économie mondiale amorce une phase de stabilisation, tandis que l’UEMOA confirme son statut de zone de forte croissance. La combinaison d’une inflation maîtrisée, d’une discipline budgétaire accrue et d’un dynamisme économique soutenu constitue un signal positif.

Mais cette trajectoire reste fragile. Dans un monde toujours incertain, la capacité des économies à renforcer leur résilience face aux chocs climatiques, géopolitiques et financiers, sera déterminante pour transformer cette embellie conjoncturelle en progrès durable.

Hamed Nanéma

Lefaso.net


Source : Rapport sur la politique monétaire dans l’UMOA mars 2026

Source: LeFaso.net