Depuis quinze ans, Paul Zoungrana, donneur du groupe sanguin A positif, fait du don de sang un véritable sacerdoce. Marqué par la perte d’une proche faute de sang disponible pour une transfusion, Paul Zoungrana a transformé sa douleur en engagement. À ce jour, il totalise 61 dons de sang et continue d’œuvrer pour qu’aucune vie ne soit perdue par manque de cette ressource vitale. A l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang célébrée tous les 14 juin, nous publions son portrait.

Tout commence en 2011. Une proche, venue du village pour recevoir des soins à Ouagadougou, est hospitalisée au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo et avait besoin d’une transfusion sanguine urgente. La famille se mobilise alors pour trouver du sang compatible. Malgré les efforts déployés, le sang n’est obtenu qu’à la dernière minute.

« La personne était du groupe O négatif. Nous avons mobilisé toute la famille pour chercher du sang. Ce n’est qu’à la dernière minute qu’on a pu trouver une poche compatible. Malheureusement, c’était déjà trop tard. La personne est décédée. Je me suis dit qu’une personne ne devrait pas mourir par manque de sang, car nous sommes nombreux à être en bonne santé et à avoir du sang. Voir quelqu’un perdre la vie simplement parce qu’il n’y avait pas de sang disponible est quelque chose que je trouve inconcevable », affirme aujourd’hui encore Paul Zoungrana avec émotion.

Ce drame devient le point de départ d’un engagement qu’il n’abandonnera jamais. En effet, quelques mois plus tard, en juin 2011, une campagne de don de sang est organisée au ministère en charge de l’Économie où il travaille. Il décide alors de franchir le pas. Ce premier don a marqué le début d’une longue aventure humaine. Depuis lors, tous les trois mois ou presque, il se rend au Centre national de transfusion sanguine pour accomplir ce qu’il considère comme un devoir citoyen.

« Beaucoup de décès peuvent être évités »

À 61 dons, Paul Zoungrana ne cache pas sa fierté. Pour lui, chaque poche de sang représente une chance supplémentaire pour une personne en détresse.

« Nous avons beaucoup d’accidentés de la circulation, des femmes qui ont besoin de transfusions après un accouchement ou une césarienne, des malades qui dépendent du sang pour survivre. Si chacun accepte de donner un peu de son sang, beaucoup de décès peuvent être évités. Quand je donne mon sang, je suis fier. Je me dis qu’une personne va recevoir cette poche et retrouver la santé. Même si je ne connais pas cette personne, je sais que, quelque part, une vie a été sauvée. C’est cela qui me motive », confie-t-il.

Au cours de son parcours, Paul Zoungrana a également dû faire face à de nombreuses idées reçues. Certains lui ont affirmé que le sang collecté était vendu ou utilisé à des fins occultes. Des rumeurs qu’il balaie du revers de la main. Pour lui, ces fausses idées constituent l’un des principaux freins au don volontaire.

« Les gens racontent beaucoup de choses sans connaître la réalité. Il suffit d’aller au Centre national de transfusion sanguine pour recevoir les bonnes informations. Là-bas, les agents expliquent tout le processus. Rien n’est fait au hasard », rassure-t-il.

À côté de ces préjugés et de sa résilience, son engagement a fini par inspirer son entourage. Soutenu par son épouse et sa famille, il a surtout réussi à transmettre cette valeur à son fils. Dès sa majorité, ce dernier a commencé à donner son sang à son tour. Aujourd’hui, il compte déjà quatre dons et entend suivre les traces de son père.

Pour Paul Zoungrana, le Burkina Faso dispose d’une population de plus en plus sensibilisée à la question du don de sang. Toutefois, il estime que les craintes et les hésitations persistent. « Beaucoup de personnes pensent qu’elles n’ont pas assez de sang pour donner. Pourtant, ce n’est pas à elles d’en décider. Avant chaque don, il y a un entretien médical et des examens. Ce sont les professionnels qui déterminent si vous êtes aptes ou non à donner votre sang », explique-t-il.

À l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang, Paul Zoungrana invite tout un chacun à donner son sang pour sauver les vies. « N’attendez pas qu’un proche soit confronté à l’urgence pour comprendre l’importance du don de sang. Aujourd’hui, je donne pour sauver quelqu’un. Demain, c’est peut-être moi qui aurai besoin du sang d’un inconnu. »

À quelques années de l’âge limite fixé pour les donneurs réguliers, Paul Zoungrana ne compte pas ralentir. Tant que sa santé le lui permettra, il continuera à tendre le bras. Son ambition ? Dépasser un jour la barre des cent dons.

Hanifa Koussoubé

Lefaso.net

Source: LeFaso.net