L’ONG Soleil dans la main a organisé, le samedi 20 juin 2026 à Ouagadougou, une masterclass consacrée à l’architecture écologique et sociale. Cette initiative visait à renforcer les connaissances des étudiants en architecture et en génie civil sur les pratiques de construction durables, adaptées aux réalités climatiques et environnementales du Burkina Faso.

Face à l’intensification des vagues de chaleur au Burkina Faso, comment construire des écoles capables d’offrir un cadre d’apprentissage confortable sans dépendre de la climatisation ? C’est autour de cette question que l’ONG Le Soleil dans la Main a organisé, le 20 juin 2026 à Ouagadougou, une visite pédagogique et une conférence destinées aux étudiants en architecture et en génie civil.

Cette journée d’échanges visait à partager une expérience concrète de construction bioclimatique développée depuis plusieurs années par l’organisation à travers le pays. Plus de cinquante salles de classe conçues selon cette approche ont déjà été réalisées au Burkina Faso.

Les étudiants en train de suivre la conférence

La journée a débuté par une visite du lycée municipal de Boulmiougou, où les participants ont découvert un bâtiment scolaire conçu selon les principes de l’architecture bioclimatique. Guidés par Amssa Ouédraogo, assistant architecte, les étudiants ont observé les matériaux utilisés ainsi que les dispositifs permettant d’améliorer le confort des usagers tout en limitant les besoins énergétiques.

Cette visite a permis de comprendre que l’architecture bioclimatique ne repose pas sur des équipements technologiques complexes, mais sur une conception intelligente du bâtiment adaptée au climat local. Orientation des salles, protection solaire, ventilation naturelle, utilisation de la terre et valorisation de l’éclairage naturel constituent les principaux leviers mobilisés. Les étudiants ont ainsi pu confronter les notions théoriques apprises en classe à leur mise en œuvre concrète sur le terrain.

Amssa Ouédraogo en train train d’expliquer le modèle de construction aux étudiants

L’après-midi, les participants se sont retrouvés à l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) à Kamboinsin pour une conférence animée par David Demange, architecte et directeur des activités de l’ONG, accompagné de Guillaume Renault, ingénieur thermicien.

Placée sous le thème « Architecture écologique et sociale : partage d’expériences de l’ONG Le Soleil dans la Main », la conférence a retracé le processus qui a conduit à la création du modèle d’école bioclimatique développé par l’organisation.

Les intervenants ont rappelé que l’innovation architecturale ne signifie pas nécessairement rompre avec les pratiques traditionnelles. Au contraire, les solutions les plus performantes s’inspirent souvent de principes utilisés depuis des générations dans les architectures vernaculaires africaines : protéger les bâtiments du soleil, favoriser la circulation naturelle de l’air et exploiter l’inertie thermique de la terre.

« Nous nous sommes tournés vers les bâtiments bioclimatiques parce qu’ils apportent une réponse adaptée aux défis climatiques actuels », a expliqué David Demange.

La particularité de l’école bioclimatique réside dans sa capacité à maintenir un meilleur confort thermique sans besoin de ventilation mécanique. Son fonctionnement repose principalement sur la ventilation naturelle. L’air frais pénètre par de larges ouvertures situées sur toute la hauteur du bâtiment tandis que l’air chaud, plus léger, s’évacue par des grilles aménagées au niveau des voûtains Ce phénomène physique, appelé convection naturelle, permet de renouveler l’air en permanence et de limiter l’accumulation de chaleur à l’intérieur des salles de classe.

Christian Koffi, étudiant en Master d’architecture

À ce dispositif s’ajoutent des voûtains en brique de terre compressée qui jouent un rôle essentiel dans la régulation thermique. Grâce à leur forte inertie, ils absorbent une partie de la chaleur pendant la journée et la restituent progressivement lorsque les températures baissent. Cette caractéristique permet d’atténuer les pics de chaleur ressentis par les occupants.

La conception privilégie également l’éclairage naturel, réduisant ainsi le recours à l’électricité en journée. Autour des bâtiments, des arbres de neem contribuent à créer de l’ombre, à rafraîchir l’environnement immédiat et à améliorer la qualité du cadre scolaire.

Au-delà des principes architecturaux, l’ONG a présenté plusieurs résultats issus de travaux menés avec le laboratoire LEMHaD du 2iE et des experts internationaux.

Les études comparant des écoles construites en terre à des bâtiments conventionnels en parpaings montrent qu’en période de forte chaleur, la température intérieure peut être réduite d’environ 2 °C dans les salles bioclimatiques. Cette différence, qui peut sembler modeste, améliore significativement le confort des élèves et réduit les périodes d’inconfort thermique.

Eunice Ouédraogo, étudiante en année de licence en architecture

Les recherches mettent également en évidence une meilleure qualité de l’air intérieur grâce au renouvellement permanent de l’air. Une concentration plus faible en dioxyde de carbone (CO₂) favorise l’attention, la concentration et les capacités d’apprentissage des élèves.

Les bénéfices concernent aussi l’environnement. L’utilisation de matériaux locaux, notamment la terre, permet de diminuer l’empreinte carbone liée à la construction. Les bâtiments fonctionnent sans électricité et avec des besoins énergétiques très faibles, réduisant ainsi leurs émissions sur l’ensemble de leur cycle de vie.

Pour les responsables de l’ONG, cette rencontre constituait avant tout un cadre de dialogue avec les futurs professionnels du secteur.

« L’objectif est de démontrer que ces approches ne sont pas de simples concepts théoriques, mais des solutions concrètes adaptées aux réalités burkinabè. Nous souhaitons inspirer une nouvelle génération d’acteurs capables de concevoir des réponses innovantes, durables et adaptées aux défis environnementaux de notre territoire », a souligné Soujoude Naami, architecte assistante au sein de l’ONG.

L’initiative a été largement saluée par les étudiants présents. Christian Koffi, étudiant en master d’architecture, affirme que cette expérience a renforcé son intérêt pour la conception bioclimatique. De son côté, Eunice Ouédraogo a apprécié l’opportunité de confronter les enseignements théoriques à une réalisation concrète. Quant à Adjaratou Lingani, étudiante en génie civil, elle retient surtout l’importance de la collaboration entre architectes et ingénieurs dans la conception d’infrastructures durables.

À travers cette masterclass et cette conférence, Le Soleil dans la Main réaffirme son engagement en faveur d’une architecture capable de répondre simultanément aux défis climatiques, sociaux et environnementaux. Dans un contexte marqué par des températures toujours plus élevées, l’expérience de l’ONG démontre qu’il est possible de construire des écoles plus confortables, plus sobres en énergie et mieux adaptées aux réalités du Burkina Faso.

Rama Diallo

Lefaso.net

Source: LeFaso.net