Le 15 octobre 2026 marque le 39ᵉ anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons, tués en 1987 au Conseil de l’entente, à Ouagadougou. Parmi eux figurait Babou Paulin Bamouni, journaliste, écrivain et alors directeur de la presse présidentielle. Près de quatre décennies après cette tragédie, sa fille Céline Bamouni s’est engagée à garder sa mémoire vivante à travers la Fondation internationale Babou Paulin Bamouni « pour la promotion de l’intégrité et de l’excellence dans le journalisme ». À travers cette initiative, elle entend perpétuer l’héritage d’un journaliste engagé, attaché à la probité et au professionnalisme, tout en contribuant à la formation et à l’épanouissement des nouvelles générations de journalistes. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, elle revient sur le parcours de son père, quelques souvenirs qu’elle garde de lui et les ambitions de la fondation.

Lefaso.net : Le 15 octobre 2026 marque les 39 ans de la disparition de votre père, Babou Paulin Bamouni, assassiné aux côtés de Thomas Sankara et d’autres compagnons. À l’approche de cette date, quel est votre état d’esprit ?

Céline Bamouni : Je me rends compte chaque année que le temps est passé aussi vite que l’année d’avant et j’ai toujours l’impression que cette tragédie s’est déroulée hier. Je me revois en petite fille insouciante qui devient subitement orpheline sans vraiment réaliser à cette époque que je ne reverrais plus mon père. Ma petite consolation est qu’il est mort en martyr, pour avoir défendu ses idéaux. Il n’était pas juste au mauvais endroit au mauvais moment. Il y était parce qu’il avait la révolution ancrée en lui et l’histoire retiendra cela. Et de fait sa lutte n’a pas été vaine.

Vous avez justement créé la Fondation Babou Paulin Bamouni plusieurs années après la disparition de votre père. À quel moment avez-vous ressenti la nécessité de créer cette structure et pour quels objectifs ?

L’idée de cette fondation qui se nomme « Fondation internationale Babou Paulin Bamouni pour la promotion de l’intégrité et de l’excellence dans le journalisme » est née juste après les exhumations des restes mortels de mon père et des autres compagnons en 2015 pour les besoins de l’enquête en vue du procès « Thomas Sankara et ses compagnons » (le 25 mai 2015, NDLR). Nous avions ressenti le besoin après toutes ces années de rendre hommage à notre père Babou Paulin Bamouni qui fut, en plus d’être régulièrement cité comme compagnon assassiné avec Thomas Sankara le 15 octobre 1987, avant tout un illustre journaliste de presse écrite et un écrivain. Un homme qui aimait son métier de journaliste engagé et un révolutionnaire d’avant-garde. Nous devions perpétuer sa mémoire et nous avons souhaité le faire à travers une fondation qui allait promouvoir ce noble métier qu’il a exercé avec probité et professionnalisme.

La fondation entend notamment œuvrer en faveur des journalistes. Quels types d’actions envisagez-vous ou avez-vous déjà mis en œuvre ?

Nous allons accompagner des étudiants et des professionnels qui souhaitent se perfectionner en journalisme à travers des formations de qualité, octroyer des bourses d’études en journalisme à des étudiants méritants et défavorisés, créer une académie de journalisme et aussi communiquer suffisamment afin de susciter des vocations en journalisme. Nous avons noué des partenariats avec certaines écoles de journalisme de la place ainsi qu’avec certains organes de presse. Et nous allons très prochainement organiser des rencontres pour présenter la fondation et faire découvrir à la jeune génération le journaliste qu’a été Babou Paulin Bamouni. La dédicace du livre autobiographique de Paulin Bamouni est également à venir incessamment.

Dans dix ou vingt ans, quel héritage aimeriez-vous que la Fondation Paulin Bamouni ait laissé au journalisme et à la société burkinabè ?

Je voudrais que Babou Paulin Bamouni inspire de nombreuses générations de journalistes et le journalisme africain en particulier, que son intégrité, son professionnalisme, sa résilience, son combat pour sa patrie demeurent et servent d’exemple, que sa mémoire reste vive dans les esprits. L’académie de la Fondation œuvrera pour cela. Et perpétuera sa vocation, son courage, son engagement et sa détermination. Il a réalisé son rêve d’être journaliste. C’était une vocation pour lui. Journaliste ou rien. C’est un modèle à suivre.

Au-delà de l’écrivain et du journaliste que l’histoire a retenus, quel père était Babou Paulin Bamouni dans l’intimité familiale ? Quels souvenirs personnels, peut-être les plus simples, gardez-vous de lui ?

Un papa attentionné malgré ses nombreuses occupations, un papa qui ne ratait pas l’occasion d’immortaliser les anniversaires et les rencontres de famille avec sa caméra et son appareil photo et un papa ancien instituteur qui veillait à nos résultats scolaires.

Comment décririez-vous votre père à une personne qui ne l’a pas connu, en cinq qualificatifs ou cinq traits de caractère ?

Tempérament calme. Altruiste. Résilient. Obstiné. Rigoureux

Quel héritage votre père vous a laissé, non seulement en tant que sa fille, mais aussi en tant que femme et citoyenne ?

Il nous a transmis beaucoup même si nous ne l’avons pas eu longtemps à nos côtés. Indéniablement nous avons tous trois hérité de son courage et de sa discipline.

39 ans que votre père a disparu. Si vous l’aviez aujourd’hui et que vous pouviez lui raconter votre parcours à la fois personnel et professionnel, la fondation que vous avez créée et la manière dont vous faites vivre sa mémoire, que lui diriez-vous ?

Ce serait quand même long de lui faire un résumé de ma vie depuis son assassinat. 39 ans ! Je préférerais plutôt qu’il soit vivant à nos côtés pour être témoin de mon parcours d’enfant à adulte, de jeune femme à mère et de responsable professionnel. Mais néanmoins je pourrais lui dire que je m’en suis pas mal sortie malgré les péripéties de la vie et cela grâce à Dieu. Il le voit de là où il est. Et nous ne manquerons pas de lui rendre hommage et davantage avec la Fondation, c’est notre devoir ! J’espère qu’il est fier de nous. Paix à son âme.

Entretien réalisé par DTS

Lefaso.net

Source: LeFaso.net